Emmaüs ne fait pas dans l’évangélisation ?

Pas si sûr, mais c’est en tout cas ce qu’explique le délégué général adjoint de l’association, au journal suisse 24 heures (lire ici).

Expliquant ce que sont les « maraudes » organisées par Emmaüs, ce responsable déclare « nous voulons développer avec eux (les sans-logis) un accompagnement social au long cours. Attention : nous ne faisons pas de l’évangélisation. Lorsqu’il a créé Emmaüs, l’abbé Pierre a voulu que ce mouvement reste laïque. »

Disant cela, on laisse supposer que l’évangélisation emploie des moyens coercitifs, ou en tout cas qu’elle profiterait, dans le cade d’Emmaüs, de la faiblesses des pauvres gens. Mais qu’est-ce qu’évangéliser si ce n’est dire Celui au nom de qui on aide les autres ?

Qu’est-ce qu’évangéliser si ce n’est respecter la liberté de celui à qui on veut donner l’amour de Dieu ? Ne serait-ce pas une grande contradiction pour une association fondée par un catholique et dont le nom lui-même est tiré de la Bible ?

Il y a peu, Anuncioblog titrait d’ailleurs en reprenant les propos de Benoît XVI : Emmaüs, la route ou tout homme peut rencontrer le Christ. L’association du même nom doit-elle rester étrangère à cette mission ? C’est difficile à croire.

Pour Benoît XVI, la charité est d’ailleurs l’âme de l’évangélisation. C’est ce qu’il nous disait dans son message pour la Journée missionaire Mondiale 2006 : « La mission, si elle n’est pas guidée par la charité, si elle n’est pas suscitée par un profond acte d’amour divin, risque de se réduire à une simple activité philanthropique et sociale. L’amour que Dieu nourrit pour chaque personne constitue, en fait, le cœur de l’expérience et de l’annonce de l’Évangile et tous ceux qui l’accueillent en deviennent témoins, à leur tour » (lire ici).

Tout récemment, la proposition n°39 du Synode sur la Parole de Dieu nous rappelait que « le combat pour la justice est la transformation constitutive de l’évangélisation (cf. Evangelii Nuntiandi, 19). ». « La Parole de Dieu aide en effet à reconnaître les signes de Dieu dans toutes les difficultés de l’homme engagé à rendre le monde plus juste et plus habitable ; elle soutient l’identification des « signes des temps » présents dans l’histoire ; elle pousse les croyants à s’engager pour ceux qui souffrent et sont victimes des injustices » (lire ici).

De plus, l’évangélisation n’est pas réservée aux prêtres et aux religieux, car c’est l’affaire de tous les baptisés. Que l’abbé Pierre ait voulu que ce mouvement reste laïque n’empêche donc pas ses membres, en particulier chrétiens, de proposer le Christ avec amour, dans un débordement du coeur. Sinon, quel sens aurait leur action ?

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