« Je ne suis pas en perdition ! »

Un samedi après-midi avec Aïn Karem, place Stalingrad à Paris.

Hier après-midi, première sortie en famille avec notre tout petit Karol. Après avoir longtemps hésité entre prendre la voiture pour se mettre au vert et faire un petit tour à l’apostolat de rue de la communauté Aïn Karem le long du canal Saint Martin, nous penchons finalement pour ce dernier.

La mission commence par une prière. Quelques minutes plus tard, parmi les passants, je vois arriver Jean, éducateur à la retraire, que j’avais croisé deux ans plus tôt, et avec qui j’avais pris un verre au Jaurès, le bar du coin.

– Ah, justement, Jean-Baptiste, je me demandais si tu serais là, avec votre bande et le gars debout sur sa caisse !

Je lui présente ma femme et mon fils Karol « comme le précédent pape ». Il sourit et me dit :
– Le précédent pape était super, on lui doit d’avoir éradiqué le communisme. (Dans la bouche d’un fils de communistes, ça ne manque pas de sel).
– Mais l’actuel aussi est super !
– Ah bon, tu trouves ? (S’en suit une longue discussion dont vous pouvez facilement imaginer la teneur.) Et puis je lui demande :
– Alors, Jean, dis-moi, tu n’as toujours pas envie de te convertir ?
– Non, ça, jamais, me répond-il un brin espiègle, mais j’apprécie ce que tu fais ! Tu as raison d’être là.
Et la discussion continue…

Quelle belle attitude d’ouverture !

Un peu plus tard, un autre passant s’arrête et nous dit qu’il croit en Dieu « à sa façon ». Mélange de spiritualités protestantes, boudhistes, catholiques – mais sans Jésus – on ne comprend pas bien ce à quoi il croit. Je lui énonce le kérygme. Il n’écoute que d’une oreille. A la fin de notre discussion, je lui demande si je peux prier pour lui.
– Vous croyez que je suis en perdition ? me répond-il.
– Je n’ai pas dit ça, je vous fais juste une proposition. Vous avez sûrement des intentions particulières à confier au Seigneur ?
– J’ai surtout besoin de papiers d’identité ! m’avoue-t-il.
– C’est d’accord, nous allons prier pour ça. Et aussi pour que vous rencontriez personnellement Jésus !

Il s’en va tout heureux.

Enfin, il y a cette jeune femme, sans doute très blessée, qui se jette sur nous et nous reproche avec véhémence de vouloir imposer notre vision du monde. « Vous dîtes qu’avoir un enfant un grand bonheur, mais c’est votre opinion, ok, votre opinion ! » Elle est tellement furieuse qu’elle reste cinq bonnes minutes, sans entendre grand chose de ce que nous voulons lui dire. « Votre façon de faire, nous dit-elle, c’est du racolage public ! Ce devrait être interdit ! »
– Puis-je prier pour vous ? lui dis-je simplement une fois qu’elle a vidé son sac.
– Mais je ne suis pas en perdition ! me répond-elle violemment. Elle a les larmes yeux. « Vous comprenez, les familles cathos, y’en a marre ! », nous dit-elle avant de tourner les talons. Je me dis secrètement qu’elle est sans doute du planning familial. Mais peut-être que la prochaine fois, nous irons plus loin avec elle ?

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