Le salut des âmes t’empêche-t-il de dormir ?

Saint Dominique - évangélisation

Non, le salut des âmes ne t’empêche pas de dormir sur tes deux oreilles ? Et pourquoi ? Pourquoi donc ne faudrait-il pas s’inquiéter comme le firent tant de saints ? Prenez Saint Dominique, par exemple, qui passait souvent des nuits à prier. Pourquoi priait-il ? Pour lui-même, pour les pécheurs dans le monde, et pour le salut des âmes (*). L’évangélisation n’était pas pour lui un vain mot.

Le serviteur de Dieu saint Dominique était doué d’une égalité d’âme que rien n’ébranlait, sinon quand il était troublé par la compassion et par la miséricorde ; et parce qu’un coeur content épanouit le visage on voyait, à sa douceur extérieure, la paix qui régnait au dedans de lui. Dans la journée, personne n’était plus simple que lui avec les frères et ses compagnons, tout en observant les règles de la bienséance; la nuit personne n’était plus exact aux offices et à la prière. Il consacrait le jour au prochain et la nuit à Dieu. Il avait fait de ses yeux comme une fontaine de larmes. Souvent quand on levait le corps du Seigneur à la messe, il était ravi en esprit comme s’il avait vu présent J.-C. incarné : c’est pour cela que pendant longtemps, il n’assista pas à la messe avec les autres. Il avait aussi la coutume de passer très souvent, la nuit, dans l’église, en sorte qu’il semblait n’avoir pas ont presque pas de lieu fixe pour prendre son repos : et quand la nécessité de dormir le surprenait à la suite de ses fatigues, il se reposait ou bien devant l’autel, ou bien la tète inclinée sur une pierre. Chaque nuit il prenait lui-même trois fois la discipline avec une chaîne de fer : une fois pour soi-même, une seconde fois pour les pécheurs qui vivent dans le monde, et une troisième fois pour ceux qui souffrent dans le purgatoire. Élu, un jour, à l’évêché de Couserans, d’autres disent de Comminge, il refusa nettement, protestant devoir plutôt quitter la terre que de consentir jamais à une élection dont il serait l’objet.

On lui demandait un jour pourquoi il ne restait pas à Toulouse, ou dans le diocèse de cette ville, plutôt que dans le diocèse de Carcassonne, il répondit : « C’est parce que, dans le diocèse de Toulouse, je rencontre bon nombre de personnes qui m’honorent, et que à Carcassonne, au contraire, tout le monde me fait la guerre. » Quelqu’un lui demandait dans quel livre il avait le plus étudié : « C’est, dit-il, dans le livre de la charité. »

Une fois qu’étant â Bologne il passait la nuit, dans l’église, le diable lui apparut sous la figure d’un frère. Saint Dominique, croyant que c’en était un, lui faisait signe d’aller se reposer comme les autres. Or, celui-là lui répondait par signes comme s’il se moquait de lui. Mors saint Dominique ne voulant savoir quel était celui qui méprisait ainsi ses ordres, alluma une chandelle à la lampe et regardant sa figure reconnut tout de suite, que c’était le diable. Le saint l’accabla de reproches et le diable se mit à l’insulter pour avoir rompu le silence ; alors saint Dominique lui déclarant qu’il lui était permis de parler en sa qualité de maître des frères, il le força de lui déclarer en quoi il tentait les frères au choeur. Le diable lui répondit : « Je les fais arriver tard et sortir tôt. » Il le conduisit ensuite au dortoir et lui demandant de quoi il y tentait les frères. Il dit : « Je les fais trop dormir, se lever tard, et de cette manière, ils y restent pendant l’office et de temps en temps, je leur suggère de mauvaises pensées. » Puis il le mena ait réfectoire, et lui demanda de quoi il y tentait les frères; alors le démon se met à sauter sur les tables, en répétant souvent ces paroles : « Plus et moins, plus et moins. » Et comme saint Dominique lui demandait ce qu’il voulait dire par là, il répondit : « Il y a quelques frères que je tente. de manger plus; et par conséquent de manquer souvent à la règle en mangeant trop : d’autres, de manger moins, afin qu’ils deviennent sans force dans le service de Dieu et dans la pratique de leurs règles. » De là il le conduisit au parloir, en s’informant de quoi il y tentait les frères. Alors le diable se mit à tourner la langue dans sa bouche avec vitesse et faisait entendre un bruit confus étrange. Saint Dominique lui demandant ce que cela voulait dire, le diable répondit : « Ce lieu est tout à moi : car quand les frères se rassemblent pour parler, je m’applique à les tenter de parler sans ordre, d’entremêler des paroles inutiles et de telle façon que l’un n’attende pas l’autre. » Enfin saint Dominique conduisit le diable au chapitre, mais quand il fut arrivé à la porte, le démon n’y voulut absolument pas entrer : « Ici, dit-il, je n’entrerai jamais; c’est pour moi un lieu de malédiction et un enfer. Je perds ici tout ce que j’ai gagné ailleurs : car quand j’ai fait tomber un frère en quelque négligence, il s’en purifie de suite dans, ce lieu de malédiction et s’avoue coupable devant tout le inondé : c’est ici qu’on leur donne des avis, ici qu’ils se confessent, ici qu’ils s’accusent, ici qu’ils sont frappés, ici qu’ils sont absous; et de cette manière, je vois avec douleur que j’ai perdu tout ce que je me réjouissais d’avoir gagné ailleurs. » Après avoir dit ces mots, il disparut.

  • Selon Thierry d’Apolda, c. XV, contemporain de Saint Dominique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *