Les évangéliques à la conquête du monde

Les évangéliques à la conquête du monde - Patrice de Plunkett

Interview de Patrice de Plunkett, auteur de l’enquête Les évangéliques à la conquête du monde (Perrin).

Anuncioblog : Comment avez-vous mené votre enquête ?

Patrice de Plunkett – Dans le présent et le passé ! Pendant des mois, j’ai « testé » des cultes évangéliques en France et dans le monde, discuté avec des convertis (souvent d’ex-catholiques), parlé avec des pasteurs… J’ai aussi enquêté dans le passé, pour trouver les sources de ce protestantisme évangélique qui explose partout aujourd’hui. J’ai découvert avec surprise qu’il remonte à l’époque de Calvin, dont c’est le 500e anniversaire en 2009. Et qu’il a des liens avec l’histoire de France : par exemple le phénomène extraordinaire des « petits prophètes des Cévennes », pendant la guerre des Camisards contre Louis XIV : déjà du pentecôtisme ! Les Américains n’ont rien inventé !

Que représentent aujourd’hui les évangéliques en France et dans le monde ?

Une force démographique croissante et très prosélyte. En comptant les pentecôtistes et les néo-pentecôtistes, 400 millions de gens dans le monde et près de 400 000 en France ! Dans le monde, le mouvement évangélique est de moins en moins « made in USA » et de plus en plus asiatique, africain, sud-américain. En France, une nouvelle église évangélique ouvre tous les dix jours entre Dunkerque et Marseille. Ce qui m’a frappé dans ces assemblées, c’est le nombre de jeunes, et l’origine sociale modeste : ce sont des foules plus pauvres et plus jeunes que la moyenne des paroissiens catholiques français aujourd’hui.

D’où vient leur force ?

De l’intensité de leur foi. Mettons de côté les explications polémiques habituelles (« l’argent américain », le « marketing », voire la « manipulation » etc). Ce que j’ai constaté en parlant avec eux, c’est une ardeur à croire et à communiquer leur foi. J’ai aussi constaté qu’ils prêchent un christianisme abrupt : le péché, la repentance, le Ciel, l’enfer, la passion sanglante du Christ ! Tout ce dont le catholicisme « light » des années 1970-1980 ne voulait plus parler « parce que c’est le contraire de ce qu’attendent les gens »… Erreur complète, puisque les évangéliques remplissent leurs temples avec cette prédication-là. Il faut croire que la recherche spirituelle des gens n’est pas ce que croient les médias…

Comment y voir clair parmi toutes les dénominations évangéliques ?

En lisant mon enquête ! En effet, « l’évangélisme » (si l’on peut dire) est un tempérament plus qu’une théologie : chez les évangéliques « libres » de la rue d’Alésia à Paris, par exemple, le culte est d’une sobriété austère ; chez les pentecôtistes d’un peu partout, il est très expansif, avec des prises de parole constantes des fidèles « inspirés par l’Esprit »… L’univers évangélique est vaste, mouvant, contradictoire. Sous une apparente communauté de vocabulaire ou de musiques, les origines géographiques et nationales comptent de plus en plus – ainsi l’exemple coréen. D’autre part, les fidèles évangéliques sont mobiles, passent souvent d’une Eglise à l’autre. Et les Eglises elles-mêmes sont animées d’un mouvement de « scissiparité » inextinguible : elles se divisent, se séparent, se reproduisent, d’une façon déconcertante aux yeux des catholiques. C’est cela qui caractérise le monde évangélique, plus que des questions de doctrines. Il faut tout de même distinguer les néo-pentecôtistes adeptes de « l’Evangile de la prospérité » (« si vous êtes pauvres ou malades, c’est que vous ne priez pas assez et que vous ne donnez pas assez à votre Eglise ») : cela, ce n’est plus du christianisme, et c’est condamné par les autres évangéliques.

Qui sont les plus proches des catholiques ?

Sur quel plan ? Vous pouvez discuter pendant deux heures avec un pasteur évangélique qui exprime les mêmes positions que l’Eglise catholique sur des questions d’aujourd’hui (droit à la vie, bioéthique, écologie, économie) ; puis il vous dit : « Puisque nous sommes des frères en Christ, pourquoi refusez-vous l’intercommunion ? Avec votre façon de vouloir définir le mystère de l’eucharistie, vous vous placez au dessus de Christ… C’est un contre-témoignage. » Et là, que répond le catholique ? Il sait que la foi dans la Présence réelle eucharistique est le cœur du catholicisme, et qu’on ne peut pas écarter cette question. Mais il souffre de ne pouvoir partager cela avec un frère séparé. Donc les plus « proches » peuvent être en même temps « lointains »… Le Saint-Esprit seul peut démêler cela. Et il est à l’œuvre, comme on l’a vu au Forum chrétien international de Nairobi en 2007, où des représentants des Eglises catholique, orthodoxes et évangéliques (y compris pentecôtistes) ont dialogué à un niveau de profondeur spirituelle qui les a tous impressionnés.

Catholiques et évangéliques, peut-on évangéliser ensemble ou faut-il aussi les évangéliser ?

S’agissant de chrétiens séparés mais ayant une foi intense, oui, seul le Saint-Esprit seul peut faire quelque chose… Cela n’empêche pas de discuter jusque sur le plan théologique. Mais il faut savoir à quel genre d’évangélique on parle, et quelle idée (éventuellement inexacte ou anachronique) il se fait de l’Eglise « romaine » ; d’où mon livre ! Il faut aussi connaître la foi de l’Eglise catholique, mais c’est un autre aspect de la question.

Les méthodes d’évangélisation des évangéliques sont souvent considérées comme « prosélytes », que ce soit sur Internet, à la télévision avec leurs prêches vigoureux, leurs outils marketing, leurs louanges charismatiques et leurs appels à l’Esprit Saint : peut-on s’inspirer de leur méthodes dans notre évangélisation, notamment dans les médias ?

On peut s’inspirer de leur langage clair et direct : et dans ce domaine les catholiques ont de sérieux progrès à faire, pour sortir de leur vocabulaire évasif et vague (celui des années 1970-1980) ; ou obscur parce que technique et archaïque (les spécialistes) ; ou plaintif-agressif (les intégristes). On peut aussi s’inspirer de la chaleur humaine des évangéliques : leurs communautés pratiquent l’entraide d’une façon spontanée et irrésistible, que les paroissiens catholiques devraient vraiment imiter. Mais la paroisse catholique reverdira quand la foi en la Présence réelle eucharistique, trésor de l’Eglise et cœur du Corps, renaîtra partout. C’est la sève qui irriguera la vie sociale des paroisses et en refera des pôles d’attraction. C’est cela qu’il faut approfondir, au lieu de croire qu’on résoudra la crise actuelle simplement avec de la musique et des postures ! C’est d’ailleurs de la foi catholique en l’eucharistie que viendra (aussi) le remède à la désertification des séminaires. Tant qu’on n’aura pas repris conscience de ce qu’est l’eucharistie, il n’y aura pas de vocations, c’est évident.

Que manque-t-il, finalement, aux évangéliques, par rapport à ce que nous avons dans l’Eglise catholique ?

La Présence réelle, justement. Mais j’ai été traité d’hérétique par un internaute du site évangélique BlogDei à cause de cette réponse ! Ne nous cachons pas la difficulté et n’hésitons pas à l’aborder avec nos interlocuteurs évangéliques, dans la douceur et le respect comme le demande Pierre dans sa première épître.

Quelle est la conclusion de votre enquête ?

Pour le grand public : la montée des évangéliques montre la persistance de la recherche religieuse dans l’esprit des gens d’aujourd’hui. Pour les catholiques : il ne faut pas évacuer le problème en cataloguant les évangéliques a priori, faute de comprendre ce qu’ils sont. Car on les rencontre déjà à tous les coins de rue, et ça ne fera que s’amplifier… L’urgence est de s’informer sur eux, et de savoir en quoi leur façon d’évangéliser n’est pas celle de l’Eglise catholique. Objectif : bien baliser le terrain de la nouvelle évangélisation, que les catholiques et les évangéliques mènent en parallèle.

Les évangéliques à la conquête du monde, éditions Perrin – cliquez ici pour l’acheter sur Amazon

6 réflexions au sujet de « Les évangéliques à la conquête du monde »

  1. Mikael

    Pourquoi ne parle-t-on pas plus du livre « Un évangélique parle aux catholiques » de Charles-Eric de Saint Germain ? Il permet de donner une vision moins illuministes des évangéliques, et plus enracinée dans l’Ecriture sainte…

  2. Infonaute1

    Pouvez -vous nous expliquer ce qu’est « La présence réelle » qui manquerai justement aux pentecotistes ?

  3. Claude

    La vrai question est celle ci ;comment devenons nous chrétiens .Est-ce à la naissance par quelques goutes d’eau le jour du baptême ,ou par le moyen de la foi .Que dit le nouveau testament .Il est évidant comme nous le lisons dans toute l’écriture et dans la deuxième épître de Paul aux Ephésiens que c’est par le moyen de la foi (Ephés. 2/8 .Comment parvient on à la foi qui sauve ?Par la prédication de l’évangile ;comme Paul l’écrit dans sa lettre aux Corinthiens.Si donc j’ai cru être chrétien par le baptême à ma naissance ,je suis dans l’erreur car je ne pouvais croire puisque c’est par la foi .Je suis donc perdu aux yeux de Dieu ,dans mes péchés.Il serait intéressant d’étudier tout le chapître 2 d’Ephésiens « Vous étiez mort par vos offenses .mais maintenant vous êtes ressucités c’est à dire vous avez reçus la vie de Dieu .Vous êtes né de nouveau (Jean 3/16).Etre chrétien c’est cela ni plus ni moins.

  4. mathieu c

    votre discours est censé.
    Mais qu’en est-il lorsque le prêtre vous refuse l’eau de la vie comme vous l’appelez ?
    Qu’en est-il lorsque le prêtre par son mépris, sa jalousie, son inintérêt etc. vous détourne de l’envie même de connaître Jésus ?
    Ces prêtre là doivent-ils être légion ?

  5. Etoile

    Bonjour, j’aimerai aussi savoir que signifie pour vous « la vraie Présence réelle eucharistique »?
    Merci

  6. athome

    tien 5 évangélistes prosélytes qui posent des questions, si vous deviez dominer le monde, je donne pas cher de notre peau.
    pour vous côtoyez de prés, je trouve ça assez effrayant!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *