Pentecôte à l’Isle-Adam : témoignages d’évangélisation de rue

Flyer Pentecôte

Depuis le jeudi de l’Ascension, le 21 mai, et jusqu’à la veillée de la Pentecôte, des paroissiens de l’Isle-Adam (Val d’Oise) sortent dans la rue pour annoncer la bonne nouvelle ! Ces « évangélisateurs » sont soutenus par des « priants » qui se relaient à la Chapelle de la Vierge de l’église de l’Isle-Adam (nous avions eu la joie de leur faire un topo sur l’évangélisation). Voilà – déjà – des témoignages bouleversants cette évangélisation de rue.

Extraits

Mardi soir, ce fut l’une des plus belles rencontres. Avec Odile, nous nous sommes approchées d’un groupe de trois personnes, deux hommes et une femme. Nous approchant et demandant quelques minutes d’attention, un des hommes, avec un chapeau, nous dit « vous tombez très mal ! ». Alors que nous allions repartir en disant que nous étions paroissiennes et venions juste les inviter à une veillée le monsieur nous dit « mais peut être que vous tombez justement très bien ! ». Ce monsieur se nommant Aymeric nous apprend qu’il s’interposait dans une dispute très chaude entre un couple, Brigitte et Loïc. Loïc est sous l’emprise de l’alcool a des accès de violence depuis quelques temps vis-à-vis de Brigitte qui ne le supporte plus et a mis un terme momentané à leur relation. Loïc l’avait suivi sur le parking du casino et importunait Brigitte et c’est alors que Michel s’était interposé entre eux pour calmer Loïc.

Après avoir compris la situation et priant intérieurement, nous trouvons ensemble les mots pour calmer Loïc. Nous leur proposons le tract et la phrase biblique et Brigitte écrit une intention de prière. C’est alors qu’Aymeric nous dit qu’il n’a jamais été très pratiquant mais qu’il est sur le point de rejoindre le « grand patron » et qu’il commence à mettre de l’ordre dans sa vie. Il sort un boitier de sa poche de chemise branché à un cathé et dit à Loïc que la vie est trop courte pour la gâcher. Un silence rempli de sens s’installe entre nous tous. Plein de respect pour cet homme, Loïc se calme et accepte de laisser repartir Brigitte et nous promet de lui laisser la liberté de le recontacter.

Ils s’en vont tous les deux et nous restons avec Aymeric. Nous nous parlons et Aymeric nous remercie chaleureusement de ce temps de rencontre. Nous lui demandons de choisir une petite phrase qu’il pioche au hasard « c’est je suis le Bon Pasteur qui conduit ses brebis et les amène vers le Père ». Il a les larmes aux yeux et dit « cette phrase c’était pour moi ! ».

En priant pour lui je repense à la rencontre de l’apôtre Pierre avec le mendiant de la Belle Porte ; je ne peux pas grand chose pour cet homme mais je ressens l’envie de le bénir je le lui propose et il est rempli d’émotion. J’ai envie de l’embrasser mais n’ose pas le faire. Nous échangeons Odile lui et moi une poignée de main très chaleureuse. Nous promettons de le porter dans la prière le soir même et samedi soir et nous repartons. Nous sommes toutes les deux émues par cette rencontre.

Hier soir j’étais avec Gérard qui me dit « ne t’attend pas à vivre des rencontres supers car j’ai prié juste avant pour demander au Seigneur de ne pas recueillir des fruits pour ne pas être rempli d’orgueil ». Nous rencontrons des personnes accueillantes à notre proposition.

Juste après la messe d’hier soir, mercredi, allant rechercher ma voiture garée sur le parking du casino, je vois la silhouette d’Aymeric assis sur le même banc. Il espérait nous revoir. Je prends le temps de rester près de lui. Il me parle de son cancer du pancréas, des regrets de sa vie, de son envie d’être en paix avec Dieu et me demande s’il pourrait se confesser même après tant d’années ! Bien évidemment je lui dis que oui, au contraire et que le Père l’attend. Je ne sais pas si cela sera possible ce samedi soir. Il va essayer de venir à la veillée malgré sa grande fatigue. Je lui parle du sacrement des malades et il souhaite le recevoir car il a peur de sa mort prochaine. Il ressent la présence de Dieu depuis quelques temps mais il ressent de l’angoisse. Nous nous quittons en récitant un Notre Père.

Et cet après midi avec Eric je ne revois pas Aymeric mais j’aperçois Loïc qui parle avec le groupe des personnes qui restent sur le parking à boire des bières. Je vais à sa rencontre. Il me reconnait et me redit avec un grand sourire et les yeux pleins d’émotions « au fait merci beaucoup pour mardi ! ». Il avait compris qu’il devait respecter la liberté de Brigitte et se soigner. L’Esprit Saint commençait à faire son oeuvre en lui.

Je vous présenterai Aymeric samedi soir, il a 75 ans environ de grosses lunettes aux verres un peu orangés, il porte un chapeau vert pour cacher son crâne nu, il a la voix de Michael Lansdale. Je le confie dès à présent à votre prière.

Parmi toutes les rencontres faites aujourd’hui une m’a marquée celle avec un jeune d’environ 18-20 ans, Anthony, vêtu de noir, épingles à nourrices partout sur les vêtements, piercing, le visage fermé. S’approchant de lui il nous dit qu’il n’est pas libre samedi mais qu’il donnera l’invitation à son père qui est croyant. Nous lui proposons de prendre une petite phrase pour son père et il en demande une pour lui aussi. Je suis embêtée en l’entendant lire cette phrase sévère qui condamne ceux qui restent avec un esprit de vengeance et sont violents. Il nous dit spontanément « merci » les yeux plein de larmes. Il nous dit avec pudeur qu’il avait des idées de vengeance envers quelqu’un et qu’il allait les mettre en pratique. Il nous a dit que cette parole reçue l’en dissuadait juste à temps et qu’il ne ferait donc pas l’irréparable. Lui proposant de déposer dans la prière son fardeau et la personne qui l’avait blessé, il a écrit avec fougue sur le bout de papier et nous a dit un grand « merci » et « Que vous soyez remerciés pour cette initiative. » Eric et moi avons rendu grâce pour lui.

Une maman de l’école Notre Dame qui ce samedi ne pourra pas venir car elle sera marraine de baptême de sa meilleure amie adulte dans une paroisse de l’Oise. Elle nous partage son émotion à l’idée d’être marraine et sa responsabilité alors qu’elle même n’est pas vraiment croyante. Elle demande qu’on prie pour Nadine.

Je revois les visages souriants de Pierre, Kevin, Hammed, Etienne… ces hommes squattant le parking du Casino. je les vois depuis 3 jours et parlons souvent debouts ou accroupis à côté d’eux. Franck travaillait dans le bâtiment et a perdu son boulot à cause de la boisson. Il propose spontanément de donner un coup de main gratuitement pour des petits travaux pour la paroisse. Vous le verrez probablement un jour.

Matthieu a un peu plus de 30 ans et est toujours accompagné de son chien noir. Il vient de se faire tabasser par quelqu’un et a un énorme oeil au beurre noir qui lui ferme la paupière gauche. Nous isolant Gérard et moi avec lui hier il nous dit que la vie c’est de la merde et qu’il n’a aucun copain . Je lui propose une petite phrase qu’il garde précieusement et dès qu’il m’a dit son prénom je souris, car la veille avec Odile, un homme a demandé qu’on prie pour son pote Matthieu qui risque de mourir à cause de l’alcool. Quand je dis cela à Matthieu, il a un éclair dans son oeil ouvert et me dit en souriant « je sais qui vous a dit cela ». Il reconnaît qu’il a au moins un pote et que c’est important de pouvoir compter sur un ami et qu’il pourra toujours compter sur le Seigneur.

Hammed cherche du travail comme paysagiste et a du mal à nous lâcher, Gérard et moi. Il a besoin qu’on parle avec lui. Il nous accompagnera jusqu’au parvis de l’église mais nous dit que sa religion l’empêche de rentrer.

Et puis il y a ce jeune de 12 ans environ, antillais probablement, qui nous dit cet après midi à Eric et à moi qu’il est Témoin de Jéhovah. Nous lui demandons quelle phrase il aime dans la Bible : il cite Jésus qui dit si on vous frappe sur une joue, tendez l’autre. Il dit que cette phrase l’incite à toujours rechercher la paix autour de lui et à donner de l’amour. Il refuse l’invitation car ses parents ne seraient pas contents, mais accepte une petite phrase biblique qui parle de la Miséricorde. Il est ravi et s’en va guilleret.

Il y a Christine, la soeur d’Eva, qui reçoit avec beaucoup d’émotions la phrase « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur… ». Ses yeux se remplissent de larmes et elle nous remercie chaleureusement et écrit avec empressement une intention sur le papier, un peu frustrée qu’il soit si petit. Nous la rassurons sur le fait que le Seigneur saura comprendre la suite de ce qu’elle voulait dire.

Il y a encore Philippe, homme d’environ 75 ans qui viendra samedi. Il a connu la guerre d’Algérie et en a beaucoup souffert. Il est lourdement handicapé de sa jambe mais plein de reconnaissance pour Dieu et dit que sa propre souffrance est rédemptrice. Il ne souhaite pas qu’on prie pour lui mais plutôt pour son père de 93 ans hospitalisé à Chantepie Mancier.

Il y a Grégoire, allure gothique, ami de notre fils Matthieu qui a promis avant hier de déposer des invitations dans la salle d’attente de son père dentiste à l’Isle-Adam. Je le recroise ce soir et avec un grand sourire vient me voir et me dit spontanément « ça y est, j’ai déposé les pubs chez mon père »

Il y a encore Marie qui fait du ménage chez Lucie et qui est révoltée de voir le comportement de chrétiens et qui du coup remet en cause sa foi et se pose beaucoup de questions; elle viendra samedi pour voir un peu et on l’a invité au parcours Alpha.

Il y a cette femme dont le mari atteint de la maladie de Charcot est devenu aigri et méchant. Elle pleure d’incompréhension et de révolte devant un Dieu qui a permis cela. La souffrance l’a éloignée de Dieu mais elle veut bien qu’on prie pour elle et son mari.

Dans plus de 90 % des cas les personnes sont accueillantes, nous écoutent, acceptent avec plaisir une petite parole de vie, écrivent quasiment toutes une intention. Je suis frappée que même si certaines paroles nous semblent à nous dures et à priori hors de propos, elles font échos à ce que vivent les personnes. Ces personnes-là ne sont pas choquées quand elles lisent par exemple « qu’elles doivent remettre de l’ordre dans leur vie », « se convertir », quand une parle de « châtiment ». Elles disent « oui c’est vrai ». La Providence Divine fait bien les choses et chacun semble recevoir ce dont il a besoin : consolation, encouragement, exhortation à changer…

N.B. Les noms ont été changés. Le Père Cariot, curé de l’Isle-Adam, est interrogé dans mon livre Dieu est de retour au chapitre sur l’évangélisation en paroisse.

Source : Les 3 clochers

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