La Fontaine vole au secours de Chantal Sébire

« Le trépas vient tout guérir, mais ne bougeons d’où nous sommes : plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes. » Et si la morale de La Fontaine était toujours d’actualité ? Quand on regarde le regretté Vincent Humbert, et maintenant Chantal Sébire qui pense aller mourir en Suisse, on peut se demander si “mourir dans la dignité” ne signifie pas tout simplement capituler devant le poids de la souffrance. Cela me rappelle notre ami Paul, tétraplégique et pourtant heureux de vivre, qui nous livrait ici même son témoignage poignant, avant de mourir quelques mois plus tard des suites de sa maladie. Avec La Fontaine, une vraie leçon de courage, sans rien renier de leurs souffrances.

La mort et le bûcheron

Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.

Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?

Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d’un malheureux la peinture achevée.

Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu’il faut faire
C’est, dit-il, afin de m’aider
À recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.

Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d’où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C’est la devise des hommes.

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