Habiter Internet

Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se passe dans la rue. Pourtant, j’y vais quand-même. Oh, je me suis posé la question : et si je boycottais la rue ? Et si, pour protéger mes enfants de ce qui s’y passe, je leur interdisais d’y aller ? Ce serait plus facile, il y a tant de dangers, tant de gens bizarres, sans parler de la violence et des accidents. Après tout, on peut bien se passer de la rue, car ce n’est qu’une voie de communication.

Non, je n’ai pas bu, je vais bien, merci. Je sais bien que ces réflexions sont un peu surréalistes. Je veux juste dire que, dans quelques années, celles que d’aucuns se font sur Internet paraîtront tout aussi étranges, voire plus. Je crois que beaucoup de chrétiens n’ont pas pris la mesure du Net, de ce qu’il représente aujourd’hui pour l’humanité. De son influence, de la façon dont il a modifié la vie humaine. Omniprésent, incontournable, globalisant, presque neurologique dans son fonctionnement, le Net n’est pas seulement un média comme le livre ou la télévision en leur temps. Il apporte une dimension nouvelle à la vie humaine, qui jusque là avait des sphères bien définies délimitant les relations interpersonnelles : mon corps, mes proches, mon travail, mon club, ma paroisse, ma ville, mon pays… Le Net dépasse, transcende, traverse et pénètre tout cela à la fois, s’en inspirant, le nourrissant. Pour moi, il n’a pas remplacé, limité ou atrophié les « vraies relations dans la vraie vie », comme disent ses opposants, il les a enrichies, prolongées, multipliées, il en a créé de nouvelles. Et comme chrétien, je suis aussi chrétien sur Internet.

Je crois profondément – et c’est une vérité à méditer – que si Dieu avait voulu que je naisse au Moyen-Age, eh bien, il aurait pu le faire ! Je crois que l’époque dans laquelle nous vivons est très précisément l’époque dans laquelle nous sommes appelés à la sainteté, au témoignage de vie, à la charité active, à la prière, à l’évangélisation, avec toutes ses composantes, ses limites, ses péchés et ses possibilités technologiques. Je crois que nous sommes appelés, chacun à sa façon, à habiter le Net, à l’évangéliser, et à l’humaniser. A ne pas le laisser seulement aux commerçants, aux pornographes et aux journalistes, aux gouvernements, aux pirates et aux sectes, aux jeux en ligne et aux réseaux sociaux.

Prenons donc nos claviers de pèlerins, allons donc sur les places et sur les parvis, annonçons dans la joie Jésus-Christ, oui, habitons le Net !

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