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Le nouveau Directoire de la catéchèse suggère une catéchèse “kérygmatique”

Le conseil pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation a rendu public le 25 juin le nouveau Directoire pour la catéchèse. Ce long document a été approuvé par le Pape François le 23 mars dernier, il évoque la formation des catéchistes, l’écologie, mais aussi la question d’une catéchèse “kérygmatique” ou encore… Internet. Extraits de la conférence de presse de Mgr Rino Fisichella, Président de ce Conseil.

La publication d’un Directoire pour la catéchèse est un événement joyeux dans la vie de l’Église. Pour ceux qui se consacrent à l’immense tâche de la catéchèse, cela peut être considéré comme un défi positif car il leur fait apprécier la nature dynamique du mouvement catéchétique, qui a toujours eu une présence significative dans la vie de la communauté chrétienne. Le Directoire de la Catéchèse est un document du Saint-Siège et confié à toute l’Église. Beaucoup de temps et de travail ont été consacrés à sa préparation, et sa publication intervient après une large consultation internationale. Aujourd’hui, nous présentons l’édition italienne. Cependant, les traductions sont disponibles en espagnol (éditions séparées pour l’Amérique latine et l’Espagne), portugais (éditions séparées originaires du Brésil et du Portugal), anglais (éditions séparées originaires des États-Unis d’Amérique et du Royaume-Uni), français, allemand et polonais . Le Directoire s’adresse en premier lieu aux évêques, premiers catéchistes du Peuple de Dieu en raison de leur responsabilité première dans la transmission de la foi (réf. N. 114). La responsabilité de la catéchèse s’étend également aux conférences épiscopales avec leurs commissions catéchétiques respectives, qui contribuent à l’élaboration d’un projet national, espérons-le, visant à soutenir le travail des diocèses individuels dans ce domaine (réf. N. 413). Cependant, ceux qui sont les plus directement impliqués dans l’utilisation du Directoire restent les prêtres, les diacres, les personnes consacrées et les millions de laïcs et catéchistes laïcs qui, avec générosité, dur labeur et espoir, offrent quotidiennement leur ministère dans leur diverses communautés. Le dévouement avec lequel ils travaillent, en particulier dans une période de transition culturelle comme la présente, est le signe tangible de la façon dont la rencontre avec le Seigneur peut transformer un catéchiste en un authentique évangélisateur.

Aujourd’hui, ce que nous présentons est essentiellement le troisième Directoire catéchétique depuis le Concile Vatican II. Le premier de 1971, le Directoire général de catéchèse, et le second de 1997, le Directoire général de catéchèse, ont marqué ces cinquante dernières années de l’histoire de la catéchèse. Non seulement ces textes ont eu un rôle primordial, mais ils ont également contribué à faire progresser la catéchèse, notamment en renouvelant sa méthodologie et en tenant compte des considérations pédagogiques. La nécessité d’un nouveau Directoire est née du processus d’inculturation qui caractérise la catéchèse d’une manière particulière et qui, surtout aujourd’hui, demande une attention particulière.

Aujourd’hui, l’Église est confrontée à un grand défi sous la forme d’une culture numérique. Se focaliser sur un phénomène qui s’impose comme mondial exige que ceux qui sont responsables de la formation ne tergiversent pas. Contrairement au passé, où la culture se limitait au contexte géographique, la culture numérique est intimement liée à la mondialisation en cours et détermine même son développement. Les instruments créés au cours de cette dernière décennie manifestent une transformation radicale des comportements qui influencent avant tout la formation de l’identité personnelle et des relations interpersonnelles. La vitesse du changement linguistique, et avec elle, les relations comportementales, nous permet d’entrevoir un nouveau modèle de communication et de formation, qui affecte inévitablement aussi l’Église dans le monde complexe de l’éducation.

Les diverses manifestations de la présence de l’Église dans le vaste monde d’Internet sont certainement un fait positif, mais la culture numérique va beaucoup plus loin. Elle va à la racine de la question anthropologique qui est décisive dans tous les contextes de formation et qui ne peut pas priver la vérité et la liberté. La simple pose de ce problème nécessite la vérification de l’adéquation de toute proposition de formation quelle que soit sa provenance. Pour l’Église, cependant, cette vérification est particulièrement nécessaire à la lumière de sa «compétence» sur l’humanité et de sa prétention à la vérité.

Cette prémisse est peut-être, en soi, suffisante pour exiger un nouveau Directoire pour la Catéchèse. Il n’est pas exagéré de dire que vingt ans à l’ère numérique sont comme un demi-siècle avant son apparition. D’où la nécessité d’avoir un Directoire qui examinerait avec un réalisme profond les évolutions culturelles récentes en tenant compte des exigences de la catéchèse. C’est pour cette raison que ce texte présente non seulement les problèmes inhérents à la culture numérique, mais suggère également les voies à suivre pour que la catéchèse devienne une proposition susceptible d’être comprise et adaptée aux exigences de son contexte.

La catéchèse doit donc être intimement liée à l’œuvre d’évangélisation et ne peut en être séparée. Elle doit assumer les caractéristiques mêmes de l’évangélisation, sans tomber dans la tentation de s’y substituer ou de vouloir imposer ses prémisses pédagogiques à l’évangélisation. Dans cette relation, la primauté appartient à l’évangélisation et non à la catéchèse. Cela nous permet de comprendre pourquoi, à la lumière d’Evangelii gaudium, ce Directoire se distingue par son soutien à une « catéchèse kérygmatique ».

Le cœur de la catéchèse est l’annonce de la personne de Jésus-Christ, qui dépasse les limites de l’espace et du temps pour se présenter à chaque génération comme la bonne nouvelle offerte pour atteindre le sens de la vie. Dans cette perspective émerge une caractéristique fondamentale que la catéchèse doit s’approprier: la miséricorde. Le kérygme est une annonce de la miséricorde du Père envers le pécheur qui n’est plus considéré comme une personne exclue, mais comme un invité privilégié au banquet du salut, qui consiste en la rémission des péchés. Si nous le souhaitons, c’est dans ce contexte que l’expérience du catéchuménat acquiert de la force comme expérience du pardon offert et de la nouvelle vie de communion avec Dieu qui s’ensuit.

La centralité du kérygme doit cependant être reçue dans un sens qualitatif non temporel. Elle nécessite en effet d’être présente dans toutes les phases de la catéchèse et dans chaque catéchèse. C’est la «première annonce» qui est toujours faite parce que le Christ est la seule chose nécessaire. La foi n’est pas quelque chose d’évident à invoquer dans les moments de besoin, mais un acte de liberté qui engage toute la vie. Le Directoire fait donc sien la centralité du kérygme exprimé toujours dans un sens trinitaire comme un engagement de toute l’Église. La catéchèse telle qu’exprimée par le Directoire se caractérise par cette dimension et ses répercussions sur la vie des gens. Dans cette vision, l’ensemble de la catéchèse acquiert une valeur particulière qui s’exprime dans l’approfondissement constant de notre compréhension du message évangélique. En bref, la catéchèse est destinée à conduire à la connaissance de cet amour chrétien qui conduit ceux qui l’ont embrassé à devenir des disciples évangélisateurs.

Le texte se déroule en abordant différents thèmes qui ne font référence qu’à l’objectif sous-jacent. Une première dimension est la mystagogie présentée à travers deux éléments complémentaires: une appréciation renouvelée des signes liturgiques de l’initiation chrétienne, puis, la maturation progressive du processus de formation dans lequel toute la communauté est impliquée. La mystagogie est une voie privilégiée à suivre, mais elle n’est pas facultative dans le parcours catéchétique. Son caractère obligatoire découle du fait que par lui nous sommes de plus en plus insérés dans le mystère qui est cru et célébré. C’est la conscience de la primauté du mystère qui conduit la catéchèse à ne pas isoler le kérygme de son contexte naturel. La proclamation de la foi est encore une annonce du mystère de l’amour de Dieu qui devient humain pour notre salut. La réponse de chacun ne peut aller au-delà de l’acceptation du mystère du Christ en soi pour éclairer le mystère de son expérience personnelle (Gaudium et spes, 22).

Une autre nouveauté du Directoire est le lien entre l’évangélisation et le catéchuménat dans ses différents sens (réf. N.62). Il est urgent de réaliser une «conversion pastorale» afin de libérer la catéchèse de certains blocages qui empêchent son efficacité. Le premier tel étranglement peut être identifié dans le modèle scolaire, selon lequel la catéchèse de l’initiation chrétienne est entreprise sous un paradigme scolaire. Le catéchiste remplace l’enseignant, la salle de classe devient la salle de catéchèse, le calendrier scolaire est identique à celui de catéchèse, etc. Une seconde est la mentalité par laquelle la catéchèse devient la condition pour recevoir un sacrement d’initiation particulier, avec un vide conséquent s’ouvrir une fois l’initiation terminée. Un troisième est l’exploitation d’un sacrement au nom de la stratégie pastorale, de sorte que le délai de confirmation est dicté par la nécessité de ne pas perdre le petit troupeau de jeunes restant dans la paroisse plutôt que par l’importance que le sacrement possède de elle-même dans l’économie de la vie chrétienne.

Le pape François a écrit que «proclamer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre est non seulement quelque chose de juste et de vrai, mais aussi quelque chose de beau, capable de remplir la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même au milieu des difficultés. Chaque expression de la vraie beauté peut ainsi être reconnue comme un chemin menant à une rencontre avec le Seigneur Jésus … Une formation dans la via pulchritudinis doit donc faire partie de notre effort pour transmettre la foi »(Evangelii gaudium, 167). Une approche novatrice de la catéchèse réside dans la voie de la beauté, surtout en faisant mieux connaître le grand patrimoine en termes d’art, de littérature et de musique que possède chaque Église locale. C’est pourquoi le Directoire a placé la voie de la beauté comme l’une des «sources» de la catéchèse (réf. N ° 106-109).

Une dernière dimension offerte par le Directoire se trouve dans son effort pour nous insérer progressivement dans le mystère de la foi. Cette caractéristique ne peut être déléguée à une seule dimension de la foi ou de la catéchèse. La théologie explore le mystère révélé avec les outils de la raison. La liturgie célèbre et évoque le mystère de la vie sacramentelle. La charité reconnaît le mystère du frère ou de la sœur qui tend la main. La catéchèse, de la même manière, nous guide progressivement à accepter et à vivre le mystère complètement dans notre existence quotidienne. Le Directoire adopte cette vision lorsqu’il demande que la catéchèse soit formulée de manière à maintenir l’unité du mystère tout en articulant les différentes phases de son expression. Le mystère, embrassé dans sa réalité profonde, nécessite le silence. Une véritable catéchèse ne sera jamais tentée de tout dire sur le mystère de Dieu. Au contraire, sa tâche est de nous guider vers la contemplation du mystère en faisant du silence sa conquête.

Le Directoire présente donc la catéchèse kérygmatique non pas comme une théorie abstraite, mais plutôt comme un instrument à forte valeur existentielle. Cette catéchèse trouve sa force dans la rencontre qui permet d’expérimenter la présence de Dieu dans la vie de chacun de nous. Un Dieu proche, qui nous aime et qui suit les événements de notre histoire car l’Incarnation du Fils l’engage directement. La catéchèse doit impliquer tout le monde, le catéchiste et le catéchisé, à vivre cette présence et à se sentir impliqué dans l’œuvre de miséricorde. Bref, ce type de catéchèse nous permet de découvrir qu’avant d’être une proposition morale, la foi est vraiment une rencontre avec une personne et que le christianisme n’est pas une religion du passé, mais un événement du présent. Une telle expérience favorise la compréhension de la liberté personnelle comme le fruit de la découverte de la vérité qui nous libère (réf. Jean 8:31).

Une catéchèse qui donne la primauté au kérygme est le contraire de toute imposition, même celle d’un corpus de preuves incontournables. L’option de la foi, en fait, avant de considérer le contenu auquel adhérer par son assentiment, est un acte de liberté parce qu’on découvre qu’on est aimé. Dans ce contexte, il est bon d’examiner attentivement ce que le Directoire propose concernant l’importance de l’acte de foi dans sa double articulation (réf. N. 18). Pendant trop longtemps, la catéchèse s’est concentrée sur la divulgation du contenu de la foi et sur les meilleures méthodes pédagogiques pour y parvenir, en omettant le moment le plus crucial qui est l’acte de décider de la foi et de donner son assentiment.

Nous espérons que ce nouveau Directoire pour la Catéchèse sera une véritable aide et un soutien pour le renouvellement de la catéchèse dans le seul processus d’évangélisation que l’Église ne se lasse pas de mener depuis deux mille ans, afin que le monde vienne à la rencontre de Jésus de Nazareth, le fils de Dieu a fait l’un de nous, pour notre salut.

Source (anglais) : bulletin du bureau de presse du Saint-Siège