Quels sont les points forts et les points faibles des médias catholiques ?

ROME, Mardi 3 juillet 2007 (ZENIT.org) Quel est l’enjeu des médias catholiques aujourd’hui ? Quels sont leurs points forts ? Quels sont leurs points faibles ? Entretien avec le père Tomasz Trafny, vice-coordinateur du projet STOQ.

Dans un entretien accordé à ZENIT et SRM, le père Trafny, membre du Conseil pontifical de la Culture et vice-coordinateur du projet STOQ (Science, Theology, and the Ontological Quest) analyse la situation des médias catholiques aujourd’hui.

Q : Pour Marshall Mac Luhan ‘le médium est le message’. Ne pensez vous pas que dans le cas de l’information et de la communication catholique, c’est l’inverse, à savoir que le message est plus important que les moyens qui sont utilisés pour le diffuser ?

P. Trafny : La thèse de Mac Luhan a certes pris un pli absolutiste. C’est un risque qui, dans le cas des médias laïcs, est souvent réalité ; mais dans la conception chrétienne du monde et dans celle de la communication il y a une grande différence entre le contenu et les moyens qui sont utilisés pour transmettre ce contenu.

C’est un grand risque. L’homme peut confondre le message et le moyen qui devrait servir à transmettre le message. Aujourd’hui, malheureusement, ce risque prend un nouveau pli; les médias montrent une force d’incision telle qu’ils finissent par prendre la place du message proprement dit.

Concrètement, Mac Luhan avait donc raison de dire que le medium est le message, mais il le disait en pensant au bouleversement des rythmes que cela entraîne, au bouleversement des manières de penser et d’agir, de nous comporter. Et aujourd’hui nous voyons bien que les médias sont en train de provoquer un grand chaos, un chaos à la fois comportemental et conceptuel, dans la mesure où ils ne tiennent plus compte du contenu, mais de ce qui les rend important.

Je pense que les médias catholiques doivent continuer à faire la distinction entre le medium et le message ; à montrer clairement que le message est le message évangélique, que c’est le Christ en personne, et que c’est sur Lui qu’est centrée toute notre attention ; car nous faisons facilement la confusion entre le Christ et notre vision des choses, en allant même jusqu’à nous substituer à Lui.

Q : Nouveaux médias, nouveaux langages, liés aux technologies mais aussi aux différentes manières de s’exprimer. Les médias traditionnels ont eux aussi renouvelé leurs contenus et leurs langages. Que pensez-vous, de ce point de vue, des médias catholiques? Quels sont leurs points forts et ceux que vous considérez , éventuellement, critiquables ?

P. Trafny : L’un de leurs points forts est sûrement l’intérêt qu’ils portent aux médias. Beaucoup de catholiques sentent le besoin de promouvoir l’Evangile et le message évangélique à travers les médias.

Il faut remettre ces moyens au service des grandes valeurs humaines : au service de la vérité, du bien, de la beauté ; on voit bien que beaucoup font des efforts, s’y intéressent. Mais surtout on voit qu’ils se tiennent au courant des nouvelles technologies, qu’ils étudient les nouveaux langages, apprennent les nouvelles expressions, et font un large usage des nouveaux médias, comme internet, surtout internet, car c’est probablement le moyen de communication le moins cher.

Et l’on ne peut oublier ces nouvelles facultés de Communication, nées pour préparer à ce genre de travail, à cette manière d’agir, ni ignorer ces nouvelles radios et télévisions qui sont en plein essor.

Je vois beaucoup de points positifs à ce niveau-là, mais il y a aussi des points faibles qui, d’un autre côté, fragilisent ces médias catholiques. Tout d’abord le peu d’intérêt à s’engager financièrement. Je pense aux cas de certains hommes d’affaires catholiques qui n’éprouvent ni le besoin ni l’intérêt d’apporter leur soutien à ce type de communication, ou à une quelconque activité sociale.

Beaucoup d’hommes d’affaires ne voient pas la nécessité de contribuer financièrement à l’essor de ces facultés qui veulent développer et adapter l’univers catholique aux exigences du monde moderne. Je pense à ce propos que l’Amérique pourrait être un modèle à imiter. Les businessmen, surtout les croyants, font preuve là-bas d’une grande sensibilité envers les médias chrétiens. Il s’agit certainement de l’un des côtés les plus négatifs que l’on connaît de l’Europe.

Autre point faible : le contenu. Même s’il est bon, de bonne qualité, il n’est pas toujours présenté de façon adéquate, alors qu’il est important d’étudier attentivement le public auquel nous adressons les messages. La forme aussi est importante : il faut faire attention à ce que ces messages puissent être perçus de façon plus incisive, plus personnelle.

La manière de lancer ou de transmettre les messages chrétiens est souvent très statique, en ce sens qu’ils manquent souvent d’attrait. Alors que les médias laïcs sont très dynamiques, voire même agressifs. Ils savent vous attirer. Ils vous impliquent plus. Ce sont-là, très certainement, les points faibles et fragiles de nos médias.

Q : Les médias laïcs se caractérisent également par des mécanismes de superposition médiatique, de création de personnages et d’événements/cas médiatiques. Pensez-vous que de tels mécanismes de communication, en protégeant la valeur des contenus et des « personnages », et en entretenant un rapport correct avec le public, puissent être utilisés, et peuvent fonctionner aussi pour la communication catholique, en terme de diffusion et d’apostolat ?

P. Trafny : Je pense que nous nous sommes déjà habitués à ce type de création de personnage médiatique. Les médias sont fortement influencés par des personnes qui pensent être en mesure d’exprimer des opinions dans n’importe quel domaine des activités humaines, alors que nous nous apercevons qu’elles n’ont absolument pas la qualification, ni professionnelle ni institutionnelle, pour le faire.

Je pense que les médias catholiques ont surtout besoin de centrer leur attention sur de vrais témoignages de la vie chrétienne. Voila pourquoi le seul et unique personnage médiatique, si nous pouvons le définir ainsi, doit être le Christ. Mais un vrai témoin, qui vit personnellement l’Evangile, l’exprime dans sa vie quotidienne, devient en soi un bon communicateur, et transmet très clairement son message aux autres.

Nous n’avons donc pas besoin de créer des personnages, mais nous avons besoin de donner de la visibilité à ceux qui vivent profondément l’Evangile, en les invitant à témoigner de leur vie.

Les médias ont cette grande opportunité de pouvoir faire connaître aux personnes la beauté de la vie chrétienne, de leur faire voir que l’Evangile peut être vécu dans la vie de tous les jours. De cette façon, les médias deviennent effectivement les instruments d’une sorte d’action pastorale, des instruments d’évangélisation. Téléspectateurs et auditeurs peuvent retrouver une motivation, un nouvel élan, peuvent être impliqués affectivement, personnellement, dans un style de vie différent de celui que leur propose le monde d’aujourd’hui.

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