Archives de l’auteur : Jean-Baptiste Maillard

La nouvelle évangélisation est en marche !

Evangélisation de plage lors du festival Anuncio

Evangélisation de plage lors du festival Anuncio

La création du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation suivie du motu proprio Ubicumque et semper (“partout et toujours”) l’instituant, l’annonce d’un prochain synode des évêques à Rome sur ce thème en 2012, une exhortation apostolique sur la Parole de Dieu qui en parle largement, les prédications de l’Avent au Vatican sur la même question… Décidemment, Benoît XVI met bel et bien l’Eglise en ordre de bataille pour que les catholiques se lancent tous dans une nouvelle évangélisation.

Si le sujet est quelquefois galvaudé, souvent mal compris car mal expliqué, parfois utilisé pour se donner bonne conscience ou démontrer qu’on est bien à la page, les catholiques retrouvent une meilleure compréhension de la mission que le Christ lui-même nous a confiée.

Beaucoup s’interrogent : d’où vient la nouvelle évangélisation ? Est-ce une formule passée de mode, une mouvance parmi d’autres, un label réservé à des spécialistes qui le revendiquent, une pratique réservée aux évangéliques ? Combien de fois Benoît XVI en a-t-il parlé depuis son élection ? En quoi est-elle « nouvelle » ? Pourquoi le “Premier monde” a-t-il besoin d’une nouvelle évangélisation ? Comment, concrètement, la mettre en oeuvre ?

C’est sur ce dernier aspect que les questions sont les plus nombreuses : est-ce la place d’un prêtre en boîte de nuit pour annoncer le Christ ? D’un séminariste dans une belle voiture sur l’auto-route pour témoigner de sa foi grâce à l’auto-stop ? D’une religieuse sur une plage au milieu des deals pour parler de sa rencontre avec Jésus ? D’une troupe de laïcs sur Internet pour évangéliser le continent numérique, Facebook compris ?

Prochains rendez-vous :

– Je suis l’invité, demain jeudi, sur Radio Notre Dame, de 16h à 17h, dans le cadre du Radio don, par Marion Duchêne, rédactrice en chef. (Pour soutenir Radio Notre Dame comme média d’évangélisation : leur page “aidez-nous“).

– Mardi 14 décembre, je donnerai une conférence au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, à partir de mon livre Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France (voir ici). Places limitées, pour s’inscrire : conferences@dieuestderetour.com.

4 ans d’Anuncioblog : l’émission sur RCF

A l’occasion des quatre ans d’Anuncioblog, j’étais aujourd’hui l’invité de Maryse Chauveau sur RCF. L’occasion de revenir sur la genèse de ce blog, ces quelques mois passés pour l’évangélisation, les dernières actualités avec la création par Benoît XVI du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation et l’annonce d’un prochain synode des évêques sur ce thème…

A noter également, Anuncioblog a été cité dans cet article de La Croix.

Ecouter directement l’émission :

Dieu est de retour dans La Croix

Benoît XVI arrive samedi 6 novembre à Compostelle, où, en 1989, Jean-Paul II avait exhorté les jeunes à redécouvrir les racines de leur foi et à être « d’ardents messagers de la nouvelle évangélisation ». Depuis, ce concept a fait son chemin dans l’Église de France…

Un article passionnant signé Céline Hoyeau à lire sur La Croix.com, sous le titre « La nouvelle évangélisation concerne toute l’Eglise »

Dans ce petit panorama, on retrouve des expériences de mon livre Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France :

Des étudiants évangélisant sur les plages l’été (raconté dans mon livre), un prêtre qui passe ses nuits en discothèque pour parler de Jésus aux jeunes (raconté dans mon livre), des laïcs proclamant leur foi dans les rues, debout sur une caisse de bois… (raconté dans mon livre), la nouvelle évangélisation serait-elle l’apanage des communautés nouvelles et des jeunes convertis des JMJ ? (…)

« Le “levain dans la pâte” était pertinent quand il fallait d’abord renouer le dialogue »

Pour autant, si la bannière « nouvelle évangélisation » a catalysé les énergies de milliers de catholiques, elle a aussi pu en agacer d’autres, qui redoutaient des velléités prosélytes, une volonté de reconquête catholique ou un retour à des positions anté-conciliaires. La nouvelle évangélisation a, de fait, souvent été présentée en réaction à « un certain enfouissement de la foi qui, à force de trop vouloir être le “levain dans la pâte”, s’est pratiquement dissoute comme du beurre dans une soupe bien chaude », selon les mots de Jean-Baptiste Maillard, dans un livre consacré au sujet (1).

« La pastorale du “levain dans la pâte” était pertinente dans un monde où il fallait d’abord renouer le dialogue, après la rupture qui s’est accomplie entre l’Église et la société moderne, et où un long témoignage silencieux était nécessaire pour regagner la confiance », analyse le P. Henri-Jérôme Gagey, professeur au Theologicum de l’Institut catholique de Paris.

Lire l’article dans son intégralité : La-Croix.com

(1) Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France, L’Œuvre, 20€.

Citoyens des cieux : l’album de feu !

Quand la pop-louange devient évangélisation…

J’ai pu profiter en avant-première du nouvel album de Glorious, Citoyens des cieux, dans les bacs le 15 novembre. Emprunté à un collègue, je dois avouer que je l’ai écouté en boucle tout le week-end de la Toussaint, et plus particulièrement lors d’un aller-retour en province…

Les chansons sont de très bonne facture, on gagne encore en qualité musicale et en profondeur. Les paroles sont puissantes, dynamiques, stimulantes, remplies de l’Esprit Saint.

En écoutant ce disque, on se tourne vers Dieu. A travers la louange, la prière des musiciens et du public est largement palpable.

Deuxième aveu : pour la première fois, je me suis vraiment mis à prier en écoutant un CD de pop-louange, moi qui d’habitude préfère la vivre en direct live !

J’ai alors senti comme un vide immense chez mes voisins dans le TGV, ce vide de ne pas connaître Dieu ou du moins de ne pas vivre de relation intime avec le Christ. Et j’ai eu alors une folle envie de Le leur annoncer ! Le plus fort, dans cette histoire, c’est que ma petite épouse a eu la même sensation, au même moment, à plusieurs centaines de kilomètres de distance. C’était pour elle au volant de notre voiture, en écoutant le précédent album de Glorious, Génération louange. Elle me l’a raconté le soir-même…

Alors merci Glorious de nous permettre de prier avec vous, pour que l’Esprit Saint nous rende témoins de la miséricorde ! « Nous voici, Jérusalem ! »

Acheter le disque : sur Amazon

Pour en savoir plus : www.glorious.fr et www.lyoncentre.fr

Soeur Anne-Claire, cistercienne : « retrouver la compréhension de la mission que le Christ nous a confiée »

Des Hommes et des dieux, le film de Xavier Beauvois avec Lambert Wilson et Michaël Lonsdale a atteint 2 millions d’entrées après quatre semaines en tête du box-office français. Fort de 90% d’avis favorables chez les spectateurs, jeunes et vieux, selon l’Observatoire de la satisfaction (un score exceptionnel), au niveau de popularité d’Avatar et de Bienvenue chez les Ch’tis selon l’Express qui en a fait sa Une, il a été choisi pour représenter la France aux Oscars et il est déjà vendu partout dans le monde. Nicolas Sarkozy l’a même vu en projection privée à l’Elysée… Mais qui étaient donc les moines de Tibhirine, enlevés par les islamistes algériens puis assassinés en 1996 ? Leur père abbé, Christian de Chergé, était un ami proche d’une de nos abbayes françaises, Notre Dame de Bonneval, en Aveyron, près de Rodez. Ce monastère de l’ordre cistercien de la stricte observance, comme Tibhirine, fabrique du chocolat. Dans mon livre Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de France, paru l’an dernier aux éditions de L’Oeuvre, j’ai interrogé l’une de ces religieuses, soeur Anne-Claire, qui nous parle de l’évangélisation. Reportage en images.

Une vallée perdue du Nord-Aveyron, sans autres habitants que ceux d’un vieux monastère fortifié, blotti sur un versant. De la forêt à perte de vue. Un torrent, avant de descendre vers le Lot, alimente le monastère en électricité ; mais si l’on ignore ce détail, on se croirait facilement au XIIe siècle, quand quelques moines cisterciens se sont installés dans la « bonne vallée » pour ensuite rayonner alentour par leur travail et leur prière. Aujourd’hui l’abbaye Notre Dame de Bonneval demeure un site témoin de la radicalité du « choix du désert » par le monachisme, et même une sorte d’anticipation du paradis si l’on en croit le Père Abbé de Notre-Dame des Neiges, Père Immédiat (1) de Bonneval : « Nul ne peut rester indifférent devant la fondation en un tel lieu aride et retiré d’une sorte de paradis, d’un jardin ouvert, presque suspendu ». (2)

Bonneval a été habité de 1147 à 1791 par des moines cisterciens. Ces derniers ayant été chassés par la Révolution, des cisterciennes-trappistines ont pris le relais en 1875 sur la demande de l’évêque de Rodez. Elles ont relevé les ruines, installé une chocolaterie pour « vivre du travail de leur mains » ainsi que le demande saint Benoît dont elles suivent la Règle, comme tous les cisterciens (3). Elles sont aujourd’hui trente, de 29 à 98 ans. L’histoire continue…

Mais à quoi sert un tel monastère aujourd’hui ? Ces sœurs se soucient-elles des besoins de l’Eglise, de la question de l’évangélisation ? Ont-elles même seulement la possibilité de participer à cette évangélisation ? En réalité elles y participent à leur manière, comme nous l’explique l’une d’elles, Sœur Anne-Claire, qui vient de prononcer ses vœux définitifs.

La vie consacrée, réponse possible à la quête du bonheur

Avant d’entrer à Bonneval, Sœur Anne-Claire était une jeune femme aux multiples activités, jouissant d’une excellente situation professionnelle en tant qu’ingénieur dans un grand groupe. Mais cela ne lui suffisait pas. Issue de cette « génération Jean-Paul II » que le Pape polonais avait appelée à « mettre le feu au monde entier » (4), elle souhaitait davantage pour sa vie. « La situation professionnelle, aussi bonne soit-elle, ne suffit pas à donner un sens à la vie, explique-t-elle. J’ai compris un jour que pour ma part, le bonheur serait du côté de la vie consacrée : une forme de vie dont le sens serait la recherche de Dieu. »

Réaction de la famille et questions…

Cela n’a pas été très facile. Pour Sœur Anne-Claire, « l’image des « bonnes sœurs » n’est pas excellente dans notre société. On les décrit facilement comme des frustrées (option revêche ou option « pas-du-tout-je-suis-très-heureuse »), des personnes qui sont passées à côté de la vie pour n’avoir pas su… aimer. Et ça, c’est une critique à prendre très au sérieux, une vraie objection. Mon père, pas exactement catho, m’a fait une remarque extrêmement pertinente, il m’a dit : « ce qui me gêne le plus dans la direction que tu prends, c’est que je ne vois pas où est l’amour là-dedans. Et l’amour c’est ce qu’il y a de plus important dans la vie». Je lui ai répondu que j’étais pleinement d’accord sur l’importance de l’amour et que c’était précisément ce que je cherchais dans la vie religieuse, sous la forme de l’amour avec Dieu… Mais c’est très difficile à avaler quand on n’a pas fait soi-même l’expérience de ce que savent les croyants : « Dieu est amour ». Sans amour, la vie religieuse n’a aucun sens, la vie chrétienne non plus. »

Distinction entre « réussir dans la vie » et « réussir sa vie »

La vie religieuse se comprend mieux quand on distingue entre « réussir dans la vie » et « réussir sa vie ». C’est à nouveau la question de sens de la vie : quand on parle « de réussir dans la vie », on vise souvent la réussite sociale, qui n’est pas négligeable en soi mais ne suffit pas à rendre heureux, de ce bonheur profond qui vient de ce qu’on se sent utile, qu’on est aimé et qu’on aime : ça, c’est « réussir sa vie ». Sœur Emmanuelle disait qu’elle était profondément frappée de la joie de certains des chiffonniers du Caire. Cela ne voulait pas dire que pour elle il fallait les laisser dans leur misère (elle a assez lutté contre !) mais que même au cœur du combat quotidien pour la survie, pour la dignité humaine, on peut être debout et heureux. Inutile de posséder les derniers fleurons de la technologie pour cela.

Une communauté cistercienne

Les cistercien(ne)s appartiennent à la grande famille des fils de Saint Benoît, dont le charisme tient en deux mots comme l’a récemment souligné Benoît XVI : chercher Dieu. Comment se fait-il qu’on ait le culot de chercher Dieu ? Parce qu’Il nous y invite, et qu’Il nous cherche lui-même le premier, comme l’attestent les Evangiles. Ce n’est évidemment pas réservé aux moines et aux moniales. Mais la particularité de ces derniers est d’essayer de s’y consacrer à plein temps.

Une journée-type : musclée, mais bien humaine

Lever à 4h10, Vigiles à 4h30, suivies du petit-déjeuner, d’une heure de lectio divina (lecture priée de l’Ecriture ou d’auteurs spirituels); 7h30, Laudes suivies de la messe, chapitre (réunion de la communauté) suivi de l’office de Tierce ; puis temps libre. De 9h30 à midi, travail. A 12h15, office de Sexte, déjeuner, puis 1h30 de temps de détente (généralement promenade). Viennent ensuite l’office de None à 14h30, et à nouveau le travail de 14h45 à 17h30. Vêpres, suivies d’un quart d’heure d’oraison. Enfin le dîner, puis une demi-heure à une heure de lectio divina, les Complies à 19h35 et plus de bruit à 20h15… Ce qui fait en gros chaque jour trois heures et demie de prière communautaire et liturgique, trois quarts d’heure d’oraison, six heures de travail, deux heures de lectio divina, le reste pour les repas et la nécessaire détente. Saint Benoît voulait un horaire équilibré, humain, où toutes les activités permettent cette recherche de Dieu qui est l’objectif des moines et moniales.

Pas d’indigestion de prière avec un tel horaire ?

Souvent dans les Evangiles, le Christ nous invite au discernement vis-à-vis de notre prière : « Gardez-vous de ceux… qui affectent de faire de longues prières » (Mc 12,40). Si on prie de façon à se dessécher le cœur – le cœur ne se dessèche que si on ne s’en sert pas – il vaut mieux arrêter. Mais ce n’est pas là la vraie prière. La vraie prière est don reçu de Dieu. Si c’est un don de Dieu, comment en avoir assez ? Ceci étant, la réception de ce don demande un certain effort à l’homme. Et cela n’efface pas nos autres devoirs, en premier lieu l’attention aux besoins du prochain. « Nous essayons donc de tout équilibrer ».

Au rythme de la liturgie des heures

La liturgie monastique est la grande prière de l’Eglise, la liturgie des Heures, telle qu’elle est célébrée partout dans le monde. Elle est axée sur la Parole de Dieu : l’Ancien et le Nouveau Testament, avec une place spéciale pour les psaumes, cette prière pluri-millénaire. C’est une école de prière, soutenue par tous ceux qui ont vécu de cette même liturgie depuis les débuts de l’Eglise.

Pourquoi ce nom d’« Ordre cistercien de la stricte observance »

Ce nom reflète le désir des trappistes (c’est le nom familier des membres de l’Ordre cistercien de la stricte observance ou OCSO) de suivre fidèlement l’héritage spirituel de Saint Benoît. Il existe aujourd’hui deux ordres cisterciens. L’ordre primitif, l’« Ordre de Cîteaux » a dû par la force de l’histoire s’éloigner d’un mode de vie uniquement contemplatif. L’OCSO (les trappistes), avec l’encouragement du Saint-Père d’alors, s’en est séparé juridiquement pour préserver la vocation « strictement » contemplative de leurs monastères. Mais il existe des monastères uniquement contemplatifs aussi dans l’Ordre de Cîteaux, comme Lérins et La Maigrauge, dont les trappistes sont très proches. Les deux ordres cisterciens entretiennent d’ailleurs des liens de collaboration et d’amitié, et il n’est pas impossible qu’un jour ils retrouvent leur unité primitive.

Etre utile à la société en vivant à l’écart ?

Benoît XVI posait récemment cette question au sujet des monastères, qui sont selon lui des « poumons de la société » (5) : « Pourquoi ‘s’enfermer’ pour toujours entre les murs d’un monastère et priver ainsi les autres de la contribution de ses capacités et de ses expériences ? Quelle efficacité peut avoir leur prière pour résoudre les nombreux problèmes concrets qui continuent d’affliger l’humanité ? ». Le Saint Père est un fin connaisseur de la tradition monastique, et il répond lui-même à sa question en soulignant la fonction de témoignage des monastères. Détail important, c’est un témoignage qui se donne avant tout « en silence », du seul fait que ces frères et sœurs soient là. Beaucoup de gens qui sont en marge de la foi se disent plus sensibles à ce « témoignage silencieux », apparemment sincère parce qu’il engage toute la vie du témoin, qu’à bien des paroles. Certaines personnes soupçonnent facilement l’Eglise de vouloir seulement, à travers l’évangélisation, faire du chiffre et des adeptes, comme n’importe quel parti politique avide d’emprise sur les masses ; les monastères prêtent peut-être moins à ce soupçon, car beaucoup de personnes perçoivent le caractère « gratuit » de la vie monastique : en effet, les moines ne servent apparemment à rien dans l’Eglise. Cette inutilité souligne quelque chose de très important : l’amour de Dieu est gratuit, et il mérite en retour un amour gratuit, désintéressé, qui ne vise à rien d’autre que de L’aimer. La fonction de Marie, la sœur de Marthe (Lc 10,38-42) en quelque sorte. Jésus lui-même dit que le rôle de Marie a un sens, qu’il l’approuve, même si ce rôle ne se laisse pas comprendre en termes d’ « utilité » immédiate et tangible.
Pour ce qui est de « l’enfermement loin du monde », le Saint Père semble employer la formule avec un certain humour vis-à-vis de ceux qui voient les moines (et encore plus les moniales) comme des prisonniers… Leur volonté de rechercher Dieu les conduit certes à un certain éloignement vis-à-vis de la place publique. C’est aussi à cause de cette spiritualité de « séparation du monde » que les moines ne font pas d’évangélisation directe. Mais ils ne sont pas enfermés. Et ils gardent une certaine communication nécessaire avec la société, ce monde des hommes dont ils font toujours partie.

Du sens classique de l’évangélisation…

Evangéliser au sens habituel, c’est annoncer directement le Seigneur, aider d’autres personnes à rencontrer Dieu, qui nous cherche lui-même et nous aime. Dieu se laisse rencontrer, mais il n’oblige personne : infini respect de notre liberté, que nous ne comprendrons sans doute que là-haut. Autre paradoxe, il souhaite que nous, ses créatures, préparions le terrain… Il y a là de quoi être un peu craintifs devant cette énorme mission qu’il nous confie ; mais confiants, aussi, parce que c’est lui qui nous le demande et parce qu’il nous aide ! Cela, c’est le sens classique de l’évangélisation, la « première ligne » si on veut. Si l’essentiel est l’évangélisation directe, les moines sont généralement « à l’arrière »… Mais on peut aller plus loin et se dire que si l’essentiel est plutôt la communion avec Dieu et par lui avec le prochain, alors, il est difficile de déterminer qui est en première ligne. Les Pères du Désert, ces grands contemplatifs, affirmaient qu’il existait des laïcs mariés et vivant en ville qui étaient beaucoup plus proches de Dieu qu’eux-mêmes… Finalement, pouvoir se dire « en première ligne » ou non n’a pas d’importance, ce qui compte est de trouver la place où Dieu nous propose d’être, et d’y fleurir, de s’y épanouir comme on dirait aujourd’hui.

…au lien entre évangélisation et monachisme

Mais moines et moniales sont-ils vraiment sur le banc de touche en matière d’évangélisation ? On entend souvent dire qu’au cours de l’histoire, les moines ont eu un rôle actif dans l’évangélisation, en particulier l’évangélisation de l’Europe. Il est vrai qu’à la fin du VIe siècle, le pape Grégoire le Grand qui connaissait bien la spiritualité de Saint Benoît pour avoir lui-même rédigé l’histoire de sa vie, envoya un bénédictin ré-évangéliser l’Angleterre. Ce fut le premier évêque de Cantorbéry, saint Augustin de Cantorbéry. On pourrait citer d’autres exemples semblant indiquer que les premiers fils de Saint Benoît ont été des évangélisateurs actifs, « par le livre et la charrue » comme on dit parfois. Mais comme le fait remarquer Benoît XVI, Benoît n’a pas fondé une institution monastique ayant pour but l’évangélisation des peuples, comme d’autres grands moines missionnaires de l’époque, mais il a fixé à ses disciples comme « objectif fondamental et même unique », la recherche de Dieu: “Quaerere Deum” (6). Autrement dit, les premiers fils de Saint Benoît ont été des évangélisateurs par surcroît, en plus du but essentiel de leur vie qui était la recherche de Dieu.

Sœur Anne-Claire raconte qu’avant de choisir la vie monastique, elle ne comprenait pas qu’il existe encore des monastères : car de nos jours, il n’y a plus besoin de défricher des forêts ni de recopier des manuscrits, et elle croyait vaguement que c’était à cela que servaient les abbayes autrefois. Pas du tout : le but des moines, c’est la recherche de Dieu. Et cela, c’est de tous les temps.

Il s’ensuit que les cisterciennes de Bonneval ne font pas d’évangélisation directe, suivant la spiritualité de leur Ordre (7). Malgré tout, on peut discerner un double lien entre évangélisation et monachisme. D’abord, les moniales prient pour ceux et celles qui évangélisent – et pour les personnes à qui ils s’adressent. Deuxièmement, les sœurs font peut-être une sorte d’évangélisation par ce « témoignage silencieux » qu’évoquait Benoît XVI. Le Père Abbé de l’abbaye bénédictine de Ligugé, dom Jean-Pierre Longeat, disait récemment que l’expérience spirituelle est un terrain privilégié de l’évangélisation. Et beaucoup pensent que cette évangélisation-là a un bel avenir devant elle !

« Contemplation », prière et évangélisation

On comprend donc que la vie contemplative elle-même peut être évangélisatrice, si les « contemplatifs » sont fidèles à leur vocation. En fait, le mot « contemplatifs » appliqué aux moines et moniales ne signifie pas qu’ils aient plus accès à la contemplation que quiconque. Ceux qui sont appelés contemplatifs dans l’Eglise sont plus exactement des gens qui essaient de consacrer toute leur vie à la recherche de Dieu. Quant à la « contemplation », c’est une grâce que Dieu accorde à qui il veut, moine ou mère de famille ! L’adoration, qui est une forme de prière, est une des composantes de cette recherche du Seigneur qui n’est possible que parce qu’Il nous cherche le premier. La prière est nécessaire pour tout chrétien qui veut vivre de sa foi, et particulièrement pour ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle du salut : Dieu se donne dans la prière et les sacrements, si on ne reçoit pas d’abord ce don il n’est pas possible d’aider véritablement autrui à rencontrer Dieu.

Pas besoin de gravir les échelons pour être un vrai moine ou une vraie moniale

Quand nous demandons à sœur Anne-Claire « Voudriez-vous devenir un jour Mère Abbesse ? », elle répond sans hésiter : « Là où on voit que la vie monastique est une vraie forme de vie évangélique, malgré nos petites faiblesses, c’est qu’on n’y fait pas carrière. Bonne nouvelle : inutile de « gravir les échelons » pour être un vrai moine ou une vraie moniale, pour répondre à sa vocation, pour réussir sa vie comme nous disions tout à l’heure ! Pour ce qui est d’être abbesse, c’est une vocation tout à fait spéciale à laquelle je ne me sens pas appelée ».
Dans les monastères masculins non plus on ne fait pas carrière. De plus, chez les moines, certains frères peuvent être appelés au sacerdoce par l’abbé et la communauté ; mais un frère qui n’est pas prêtre n’en est pas moins un vrai moine, qui rend un vrai service dans l’Eglise, qui annonce le Seigneur à sa manière.

La crise des vocations et le rôle des familles chrétiennes

C’est Dieu qui appelle, il se débrouille pour appeler qui il veut où il veut. C’est un peu mystérieux, mais c’est parfait comme ça ! La preuve : le nombre d’ordres et de congrégations riches en saint(e)s et en beaux fruits, jaillis un beau jour de nulle part. Mais il est vrai que quand quelqu’un grandit dans une famille chrétienne, il est certainement mieux préparé à écouter l’appel. Le manque de vocations aujourd’hui dans nos monastères est douloureux par certains côtés, mais peut-être aussi qu’il nous dispose mieux à écouter ce que « l’Esprit dit aux Eglises », selon l’expression de l’Apocalypse. Et il n’est pas interdit de penser que la précarité actuelle des communautés religieuses a un certain parfum évangélique : pauvreté, simplicité, confiance en Dieu plutôt qu’en notre force, en nos grands moyens et en nos gros effectifs… Etymologiquement, la précarité est la situation de celui qui prie. Devenir toujours davantage des priants, c’est cela le plus important pour nous. Et s’il existe un remède à la crise des vocations, il est probablement là aussi.

L’enjeu de la première annonce et de la nouvelle évangélisation

« C’est primordial, conclut Sœur Anne-Claire. C’est peut-être la grâce de cette époque difficile pour l’Eglise : retrouver la compréhension de la mission que le Christ nous a confiée. »

Pour en savoir plus sur Bonneval : le site de l’abbaye

Lire aussi : le dossier spécial Thibirine

—— Notes

(1) Chez les cisterciens, selon l’organisation fixée au XIIe siècle par la Charte de charité, toute abbaye dépend d’une abbaye-mère qui lui vient en aide s’il est besoin. Le père abbé de la maison-mère est appelé Père Immédiat.
(2) Dom Hugues de Seréville, abbé de Notre Dame des Neiges, in Bonneval, une abbaye cistercienne en Rouergue, Annie Bras, Editions Privat 2008, préface.
(3) Le nom de cisterciens vient de celui de l’Abbaye de Cîteaux, en Bourgogne, fondée en 1098 par des moines bénédictins désireux de revenir à une vie monastique simple et fidèle à la Règle de saint Benoît (VIe siècle). Parmi les saints issus de Cîteaux, un des plus célèbres est Bernard de Clairvaux (1090-1153). C’est à cause de saint Bernard que les cisterciens sont parfois appelés « Bernardins », d’où le nom du collège des Bernardins à Paris, qui était une des nombreuses maisons d’études de l’Ordre ; des générations de moines de Bonneval y ont étudié.
(4) Jean-Paul II, homélie du 20 août 2000 à Tor Vergata (clôture des Journées mondiales de la jeunesse), citation de Catherine de Sienne. Cf. sur le site du Vatican
(5) Benoît XVI : « Les monastères sont comme des poumons verts pour la société », Anuncioblog, 19 novembre 2008.
(6) Angelus du 10 juillet 2005, en la veille de la fête de Saint Benoît.
(7) Constitutions OCSO, n° 31 : Fidélité à la vie monastique et zèle pour le royaume de Dieu et le salut de toute l’humanité sont intimement liés. Les moniales portent en leur cœur ce souci apostolique. Leur façon propre de participer à la mission du Christ et de son Église, ainsi que de s’insérer dans une Église locale, est leur vie contemplative elle-même. Pour cette raison, si urgente que soit la nécessité d’un apostolat actif, elles ne peuvent être appelées à fournir une aide dans les divers ministères pastoraux et autres activités extérieures.

Copyrights Editions de L’Oeuvre 2009

Pour Benoît XVI, la nouvelle évangélisation est un « besoin urgent »

Dimanche, la clôture de l’Assemblée du Synode pour le Moyen-Orient a coïncidé avec la Journée missionnaire mondiale. Lors d’une messe célébrée en présence de l’ensemble des pères synodaux et pour conclure cet évènement, le pape a annoncé que le prochain synode aurait lieu en 2012 sur le thème de la nouvelle évangélisation. Une annonce qui fait suite à la création par Benoît XVI du nouveau Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation avec la lettre apostolique sous forme de motu proprio Ubicumque et semper (« partout et toujours »). Extraits commentés.

Lundi dernier, recevant le nouvel ambassadeur du Salavador près le Saint-Siège, Benoît XVI avait recommandé l’évangélisation comme remède à la violence. Dans son homélie de dimanche, le pape rappelle en écho que la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour l’homme est l’unique Parole en mesure d’aller contre la violence :

« Même s’ils sont peu nombreux (les chrétiens au Moyen Orient, ndlr), ils sont porteurs de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour l’homme, amour qui s’est justement révélé en Terre Sainte en la personne de Jésus Christ. Cette Parole de salut, renforcée par la grâce des Sacrements, résonne avec une efficacité particulière dans les lieux où elle a été écrite, par Providence divine, et elle est l’unique Parole en mesure de rompre le cercle vicieux de la vengeance, de la haine, de la violence. »

Benoît XVI a également relevé que l’urgence d’évangéliser a souvent été évoquée pendant le Synode. Pour le pape, la nouvelle évangélisation est un « besoin urgent » pour le monde entier :

« Au cours des travaux de l’Assemblée, on a souvent souligné la nécessité de proposer à nouveau l’Évangile aux personnes qui le connaissent peu, voire qui se sont éloignées de l’Église. Le besoin urgent d’une nouvelle évangélisation, même pour le Moyen-Orient, a souvent été évoqué. Il s’agit d’un thème très répandu, surtout dans les pays qui ont une christianisation ancienne. La création récente du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation répond aussi à ce profond besoin. C’est pourquoi, après voir consulté l’épiscopat du monde entier et après avoir entendu le Conseil ordinaire de la Secrétairerie générale du Synode des évêques, j’ai décidé de dédier la prochaine Assemblée générale ordinaire, en 2012, au thème suivant : “Nova evangelizatio ad christianam fidem tradendam – La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne”.»

Lire aussi :
texte intégral de l’homélie de Benoît XVI
Nouvelle évangélisation : Benoît XVI dans la continuité de Jean-Paul II
Benoît XVI vs nouvelle évangélisation : une vingtaine d’interventions

Nouvelle évangélisation : Benoît XVI dans la continuité de Jean-Paul II

La création du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation bouscule les évidences et les préjugés. Nombreux sont ceux qui trouvaient la formule « nouvelle évangélisation » désuète, usée, passée de monde. D’autres même pensaient y voir une mouvance mélangeant communautés nouvelles et traditionalistes, ne concernant qu’une petite partie des catholiques. En fait, il n’en est rien.

Comme je l’ai démontré dans mon livre Dieu est de retour, tous les catholiques sont concernés : les prêtres, les évêques, les diacres, les séminaristes, les laïcs, les consacrés… La nouvelle évangélisation ne se résume ni à une méthode particulière, ni à une frange de l’Eglise. Ce pourquoi aussi elle a particulièrement besoin d’être encouragée !

On entend aussi que Benoît XVI aurait peu parlé de nouvelle évangélisation, en tout cas moins que Jean-Paul II. Là aussi, c’est faux. Depuis son élection sur le trône de Pierre jusqu’à l’annonce de la création de ce nouveau dicastère, Benoît XVI en a parlé au moins une vingtaine de fois, c’est-à-dire en moyenne une fois tous les trois mois ! (Lire ce billet).

De plus, Benoît XVI joue la continuité avec Jean-Paul II. L’évangélisation est sa priorité, comme il l’écrivait ans sa lettre aux évêques catholiques suite à l’affaire Williamson et à la crise qui a suivi : « Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. »

Pourquoi alors Benoît XVI ne prendrait pas à son compte l’invitation faite hier aux catholiques par Jean-Paul II d’aller « toujours et partout » vers une nouvelle évangélisation ? Au contraire, la création de ce dicastère démontre bien cette continuité.

Mieux, loin de se contenter de rappeler ce que disait son prédécesseur, Benoît XVI fait sienne, développe et prolonge cette question pour le XXIe siècle, comme la suite logique du concile Vatican II. Ses catéchèses, ses homélies, ses interventions en témoignent : la question de l’évangélisation y est très souvent présente.

Le pape sait que son prédécesseur écrivait dans sa lettre apostolique pour le 3e millénaire, en pensant à l’événement du concile et à tous les synodes qui suivent : « Le thème fondamental est celui de l’évangélisation, et même de la nouvelle évangélisation, dont les bases ont été posées par l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi de Paul VI, publiée en 1975 après la troisième Assemblée générale du Synode des Évêques. »

De plus, pour Benoît XVI, nous sommes encore loin d’avoir fait fructifier, y compris pastoralement, toute la richesse de Vatican II. Ce pourquoi, encore cardinal, il se prononçait contre un Vatican III… Aujourd’hui, des théologiens comme le Père Mario Saint Pierre, spécialiste de cette question, avancent que la nouvelle évangélisation est la clef de compréhension du Concile. Si tel est bien le cas, en avons-nous tous pris conscience ?

Enfin, Benoît XVI n’est pas du tout étranger à cette question de la nouvelle évangélisation. Encore cardinal, le 10 décembre 2000, il fit une conférence remarquée sur ce thème pour le Jubilé des catéchistes. Dans celle-ci, le futur pape dépasse largement la question du catéchisme pour donner sa propre vision de ce que signifie la nouvelle évangélisation. Un texte à relire et méditer si l’on veut bien comprendre là où le pape veut nous conduire.

Benoît XVI vs nouvelle évangélisation : une vingtaine d’interventions

Le saviez-vous ? Depuis son élection jusqu’à l’annonce de la création du nouveau Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation en juin dernier, Benoît XVI a évoqué une vingtaine de fois la “nouvelle évangélisation” dans ses interventions, soit une fois tous les trois mois en moyenne !

Voici donc une liste non-exhaustive des interventions de Benoît XVI où l’expression « nouvelle évangélisation » est employée :

1.     Le 14 mai 2005, moins d’un mois après son élection, Benoît XVI évoque déjà la nouvelle évangélisation. Dans une lettre adressée au président du conseil épiscopal latino-américain, à l’occasion du 50e anniversaire de cette structure, le nouveau pape déclare : « Jésus Christ est le coeur de la foi catholique, le but de la nouvelle évangélisation est de contribuer à faire en sorte que chaque personne rencontre le Christ vivant. »

2.     Le 12 janvier 2006, dans un discours aux membres du Chemin néocatéchuménal, il leur indique que leur activité missionnaire est «  une tâche qui vient s’inscrire dans le contexte de la nouvelle évangélisation ».

3.     Le 23 mai 2007, au cours d’une audience rendant hommage au dévouement des évêques du Brésil, Benoît XVI dira : « J’ai encouragé mes confrères à poursuivre et à renforcer l’engagement de la nouvelle évangélisation, en les exhortant à développer de manière ramifiée et méthodique la diffusion de la Parole de Dieu, afin que la religiosité innée et diffuse des populations puisse être approfondie et devenir une foi mûre, une adhésion personnelle et communautaire au Dieu de Jésus-Christ ». On y retrouve d’ailleurs cette question de la catéchèse : « Je les ai encouragés, dit-il, à retrouver partout le style de la communauté chrétienne primitive, décrite dans le Livre des Actes des Apôtres : assidue dans la catéchèse, dans la vie sacramentelle et dans la charité active. »

4.     Le 27 mai 2007, Benoît XVI adresse une lettre aux évêques, aux prêtres et aux personnes consacrées, aux fidèles laïcs de l’Eglise catholique en République populaire de Chine : « Dans le contexte dans lequel vous êtes appelés à travailler, leur dit-il, je désire vous rappeler ce que le pape Jean-Paul II a souligné avec force et vigueur : la nouvelle évangélisation exige l’annonce de l’Évangile à l’homme moderne, en étant conscient que, comme durant le premier millénaire chrétien la Croix fut plantée en Europe et durant le deuxième millénaire en Amérique et en Afrique, de même, durant le troisième millénaire, une grande moisson de foi sera recueillie dans le vaste et vivant continent asiatique. »

5.     Le 30 mai 2007, recevant le nouvel archevêque majeur de Trivandrum des syro-malankars (Inde), Benoît XVI affirme que « le temps pour une nouvelle évangélisation est arrivé ».

6.     Le 5 juillet 2007, dans un  discours aux évêques de la conférence épiscopale de la République dominicaine, Benoît XVI rappelle que la nouvelle évangélisation « a également pour objectif principal la famille. » Et il en profite pour rappeler que l’annonce explicite est nécessaire, citant le paragraphe 22 d’Evangelii nuntiandi.

7.     Le 7 octobre 2007,  à l’occasion du millénaire de la construction de la Basilique de Saint-Rémi – l’un des symboles de l’histoire du christianisme en France – le pape appelle plus particulièrement les catholiques français à une nouvelle évangélisation.

8.     Puis, le 26 octobre 2007, à Rome, dans un discours pour l’ouverture de l’année académique, Benoît XVI s’exclame : « L’Eglise attend que cette nouvelle évangélisation répande partout le message évangélique, mais plus encore qu’elle le fasse pénétrer profondément dans la pensée, dans le jugement et le comportement des peuples ».

9.     Le 30 mai 2008, à l’occasion d’une visite ad limina des évêques Birman au Vatican, le pape demande, cette fois aux séminaristes,« d’être des hérauts de la nouvelle évangélisation ».

10. À la fin du synode sur la Parole de Dieu en 2008, Benoît XVI déclarait « qu’un des devoirs prioritaires de l’Église, au début de ce nouveau millénaire, est avant tout de se nourrir de la Parole de Dieu, pour rendre efficace l’engagement de la nouvelle évangélisation ».

11.  Le 7 septembre 2008, lors d’une messe au sanctuaire de Notre Dame de Bonaria,  Benoît XVI rappelait que Marie était l’Etoile de la nouvelle évangélisation : « Je sais bien que Marie est dans votre coeur. Après cent ans, nous voulons aujourd’hui la remercier pour sa protection et lui renouveler notre confiance, en reconnaissant en Elle l’ Etoile de la nouvelle évangélisation, à l’école de laquelle apprendre comment apporter le Christ Sauveur aux hommes et aux femmes de notre époque. Que Marie vous aide à apporter le Christ aux familles, petites églises domestiques et cellules de la société, ayant aujourd’hui plus que jamais besoin de confiance et de soutien, aussi bien sur le plan spirituel que social. Qu’Elle vous aide à trouver les stratégies pastorales opportunes pour faire en sorte que les jeunes, porteurs par nature d’un nouvel élan, mais souvent victimes du nihilisme diffus, assoiffés de vérité et d’idéaux précisément lorsqu’ils semblent les nier, rencontrent le Christ. Qu’Elle vous rende capables d’évangéliser le monde du travail, de l’économie, de la politique, qui a besoin d’une nouvelle génération de laïcs chrétiens engagés, capables de chercher avec compétence et rigueur morale des solutions de développement durable. Dans tous ces aspects de l’engagement chrétien vous pouvez toujours compter sur la direction et le soutien de la Sainte Vierge. Confions-nous donc à son intercession maternelle ».

12.  Pour le mois de janvier 2009, Benoît XVI donne comme intention de prière à tous les catholiques : « Pour que les différentes confessions chrétiennes, conscientes de la nécessité d’une nouvelle évangélisation en cette époque de profondes transformations, s’engagent à annoncer la Bonne Nouvelle et à cheminer vers la pleine unité de tous les chrétiens, afin d’offrir ainsi un témoignage plus crédible de l’Evangile. »

13. Le 26 mars 2009, lors d’une messe pour la 24ème Journée mondiale de la jeunesse, Benoît XVI enfonce le clou, affirmant que personne ne peut s’y soustraire : « Le 1er engagement qui nous concerne tous est celui d’une nouvelle évangélisation qui aide les nouvelles générations à redécouvrir le visage authentique de Dieu, qui est amour ».

14. Lors de l’audience générale du 19 août 2009, dans le cadre de l’année sacerdotale, Benoît XVI donne Saint Jean Eudes comme exemple de sainteté aux prêtres du monde entier. « Chaque prêtre doit être témoin et apôtre de cet amour du cœur du Christ et de Marie. Aujourd’hui aussi, on ressent le besoin que les prêtres témoignent de l’infinie miséricorde de Dieu à travers une vie entièrement “conquise” par le Christ, et apprennent cela dès les années de leur préparation dans les séminaires. Le Pape Jean-Paul II, après le synode de 1990, a publié l’Exhortation apostolique Pastores dabo vobis dans laquelle il reprend et met à jour les règles du Concile de Trente et souligne en particulier la nécessaire continuité entre le moment initial et celui permanent de la formation; pour lui, pour nous, cela est un véritable point de départ pour une authentique réforme de la vie et de l’apostolat des prêtres, et c’est également le point central afin que la “nouvelle évangélisation” ne soit pas simplement un slogan attrayant, mais se traduise dans la réalité. »

15. Le 5 octobre 2009, Benoît XVI ouvre solennellement le synode des évêques pour l’Afrique en la basilique Saint-Pierre. Il déclare : « Le devoir premier de l’évangélisation, voire d’une nouvelle évangélisation qui tienne compte des mutations sociales rapides de notre époque et du phénomène de la mondialisation, reste naturellement valide et actuel », de même pour « le choix pastoral d’édifier l’Église comme Famille de Dieu ».

16. Le 13 janvier 2010, la prédication de l’audience générale porte sur les ordres mendiants. Benoît XVI déclare : « les plus grands penseurs, saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, étaient mendiants, œuvrant précisément avec ce dynamisme de la nouvelle évangélisation, qui a également renouvelé le courage de la pensée, du dialogue entre raison et foi. »

17. Le 3 février 2010, la prédication de Benoît XVI porte cette fois sur Saint Dominique, fondateur de l’ordre des prêcheurs. « Ce grand saint, dit-il, nous rappelle que dans le cœur de l’Eglise doit toujours brûler un feu missionnaire, qui incite sans cesse à apporter la première annonce de l’Evangile et, là où cela est nécessaire, une nouvelle évangélisation : en effet, le Christ est le bien le plus précieux que les hommes et les femmes de chaque époque et de chaque lieu ont le droit de connaître et d’aimer ! Il est réconfortant de voir que dans l’Eglise d’aujourd’hui également il existe tant de personnes – pasteurs et fidèles laïcs, membres d’ordres religieux anciens et de nouveaux mouvements ecclésiaux – qui donnent leur vie avec joie pour cet idéal suprême : annoncer et témoigner de l’Evangile ! ».

18. Lors de son voyage à Malte, le 20 avril 2010, Benoît XVI s’exclame encore : « Je lance un appel à chacun de vous à faire sien l’exaltant défi de la nouvelle évangélisation ». Un appel qui s’adresse bien sûr à tous les catholiques, sans exception…

D’où vient la nouvelle évangélisation ?

Alors que Benoît XVI vient d’instituer le nouveau Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation par le motu proprio Ubicumque et semper (« partout et toujours »), il est bon de revenir aux sources de ce qu’est cette nouvelle évangélisation. Quelques explications extraites de mon livre Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France (Editions de l’Oeuvre, 2009).

Le Christ envoie ses apôtres à tous les peuples, selon la finale de l’Evangile de Mathieu : « Allez vers toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit ». Jésus promet ensuite aux disciples et à nous : « Et je serai avec vous jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 19). Evangéliser, c’est répondre à cet appel du Christ à répandre l’amour de Dieu. Le message de l’Evangile doit donner au monde la révélation d’un chemin qui est aussi Vérité et Vie… Or le monde évolue. Pour répondre aux nouveaux défis qu’apporte cette modernité, l’annonce du message – et non pas le message lui-même ! – doit s’adapter.

Depuis Vatican II, cette prise de conscience est encouragée par le pape Paul VI à travers plusieurs textes conciliaires dont le décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise et le décret sur l’apostolat des laïcs en 1965. De ce dernier décret naîtra en 1967 le Conseil des Laïcs afin de promouvoir et coordonner leur apostolat. En 1974, le 4e Synode des évêques se réunit à Rome sur le thème de l’évangélisation dans le monde moderne. L’histoire raconte qu’au cours d’une des sessions finales, le Rapporteur général, un certain Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie et consulteur au Conseil des Laïcs, demande la parole. Dans une intervention qui va s’avérer par la suite prophétique, le cardinal Wojtyla propose que les recommandations du Synode des évêques soient confiées au pape de sorte que Sa Sainteté puisse désormais les prendre à son compte. Le pape accepte. Ainsi est publiée l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi du pape Paul VI, texte de référence sur l’évangélisation dans le monde moderne, qui explique clairement et en pratique la façon dont nous devons annoncer le Christ.

Depuis Jean-Paul II…

Devenu pape, Jean-Paul II va naturellement donner son plein élan à cette prise de conscience de Vatican II. Il emploie le terme « nouvelle évangélisation » pour la première fois, le 9 juin 1979, en Pologne, devant les ouvriers de Nowa Huta, l’un des hauts lieux de résistance au communisme : « En ces temps nouveaux, en cette nouvelle condition de vie, l’Évangile est de nouveau annoncé. Une nouvelle évangélisation est commencée, comme s’il s’agissait d’une nouvelle annonce, bien qu’en réalité ce soit toujours la même. La croix se tient debout sur le monde qui change ».

Puis en 1983, à Haïti, il exhorte le peuple des croyants à se lancer dans une « nouvelle évangélisation, nouvelle dans son ardeur, nouvelle dans ses méthodes et dans son expression ».

Depuis lors, l’expression « nouvelle évangélisation » est entrée dans notre langage courant pour désigner ces nouvelles méthodes d’évangélisation. Mais poursuivons. L’apostolat des laïcs n’est pas étranger à cet appel de Jean-Paul II, bien au contraire. Il les appelle même à jouer un rôle central dans cette nouvelle évangélisation. En 1988, dans son exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici, sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde, il rappelle à plusieurs reprises « l’urgence » d’une nouvelle évangélisation menée par les laïcs :
« L’heure est venue d’entreprendre une nouvelle évangélisation, déclare-t-il ; le phénomène de la sécularisation frappe les peuples qui sont chrétiens de vieille date, et ce phénomène réclame, sans plus de retard, une nouvelle évangélisation » (1)
« L’Eglise, qui observe et vit l’urgence actuelle d’une nouvelle évangélisation, ne peut esquiver la mission permanente qui est celle de porter l’Evangile à tous ceux qui – et ils sont des millions et des millions d’hommes et de femmes – ne connaissent pas encore le Christ Rédempteur de l’homme. C’est là la tâche la plus spécifiquement missionnaire que Jésus a confiée et de nouveau confie chaque jour à Son Eglise. » (2)
« L’accord et la coopération avec le but apostolique de l’Eglise, qui est « l’évangélisation et la sanctification des hommes, et la formation chrétienne de leur conscience, afin qu’ils soient en mesure de pénétrer de l’esprit de l’Evangile les diverses communautés et les divers milieux ». Dans cette perspective, à toutes les formes d’association des fidèles laïcs et à chacune d’elles on demande qu’elles soient animées d’un élan missionnaire qui en fasse des instruments toujours plus actifs d’une nouvelle évangélisation. » (3)

Mais ce n’est pas terminé ! En 1990, pour le 25e anniversaire du décret de Vatican II sur l’activité missionnaire de l’Eglise, Jean-Paul II consacre l’encyclique Redemptoris Missio à « l’urgence de l’activité missionnaire ». Dans son introduction, Jean-Paul II écrit : « J’estime que le moment est venu d’engager toutes les forces ecclésiales dans la nouvelle évangélisation et dans la mission ad gentes (4). Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Eglise ne peut se soustraire à ce devoir suprême : annoncer le Christ à tous les peuples ».

Cette nouvelle évangélisation n’est donc pas un feu de paille. En 1992, Jean-Paul II publie encore Dabo Vobis, une exhortation apostolique adressée à l’épiscopat, au clergé et aux fidèles sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles. « La tâche pastorale prioritaire de la nouvelle évangélisation, écrit-il, incombe à tout le peuple de Dieu et demande une nouvelle ardeur, de nouvelles méthodes, et un nouveau langage pour l’annonce et le témoignage évangéliques. Il exige que les prêtres soient radicalement et totalement plongés dans le mystère du Christ et soient capables de réaliser un nouveau style de vie pastorale ». On ne saurait être plus clair.

Pour le Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul continuera d’exhorter les croyants à une nouvelle évangélisation, en s’adressant par exemple aux diacres dans un discours intitulé « Apôtres de la nouvelle évangélisation » : « Chers diacres, leur disait-il, soyez des apôtres actifs de la nouvelle évangélisation. Apportez à tous le Christ ! Grâce à votre engagement également, que son Royaume s’étende dans votre famille, dans votre milieu de travail, dans votre paroisse, dans votre diocèse, dans le monde entier ! » (5).

Pour en savoir plus : Dieu est de retour

(1) Jean-Paul II, Christifideles laici, § 4
(2) Ibid, § 35
(3) Ibid, § 30
(4) Ad gentes signifie vers le monde païen.
(5) Discours de Jean-Paul II lors d’une rencontre avec les diacres permanents pour le Jubilé des diacres, 19 février 2000

Copyrights © Dieu est de retour – Editions de L’Oeuvre 2009

« Nouvelle évangélisation, un défi pastoral »

Dans une lettre pastorale intitulée : «  Nouvelle évangélisation, un défi pastoral », le patriarche de Lisbonne, le cardinal José Policarpo, invite les catholiques à « revenir sur la spiritualité, sur la dimension mystique de la vie chrétienne, en pratiquant toute une série d’expériences de prière ».

Dans des déclarations au département de communication du patriarcat de Lisbonne, publiées sur YouTube, le cardinal Policarpo souligne que « l’action d’évangélisation n’est pas toujours pratiquée avec l’exigence fondamentale de l’amour, de la charité de Jésus Christ pour le monde ; elle ne transmet pas le mystère avec la même force d’amour », rapporte l’agence Ecclesia.

La question fondamentale qui se pose aujourd’hui est de savoir si tous ceux qui travaillent dans l’Église accomplissent cette mission « uniquement comme un devoir programmé ou avec passion ».

La pédagogie défendue par la lettre pastorale doit s’appliquer « à tous ceux qui veulent vivre profondément leur vocation chrétienne », indépendamment du chemin qu’ils ont choisi.

Le cardinal Policarpo prend comme exemple le mariage : « Si le laïc marié ne vit pas son mariage comme un chemin de sainteté, comment peut-il évangéliser? Il n’évangélise pas non plus sa propre famille ».

« Sans ce dynamisme, sans cette ardeur, les laïcs sont condamnés à remplir des tâches », affirme-t-il.

En attendant, les propositions lancées dans le document doivent encore être structurées. Le cardinal Policarpo garantit que ceux qui veulent participer « auront les moyens d’approfondissement et de préparation ».

Source : Zenit

Jean-Pierre Denis (La Vie) : « l’évangélisation est une question fondamentale pour l’Eglise et pour la société »

A Lille les 23, 24 et 25 septembre prochains auront lieu les premiers Etats Généraux du christianisme. Un projet simple, mais un peu fou : rassembler des milliers de participants et une centaine d’intervenants autour de la question « Notre époque a-t-elle besoin de Dieu ? ». Zenit publiait hier une interview que nous avons faite de Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie, à l’initiative de l’évènement.

J.-B. Maillard – Pourquoi organisez-vous ces Etats Généraux du christianisme ?

J.-P. Denis – Depuis la longue séquence de l’affaire Williamson jusqu’au débat sur la pédophilie, il nous a semblé qu’il était indispensable de montrer que le christianisme est autre chose que des polémiques stériles.

Le message du christianisme est très important pour notre société et il faut tout faire pour qu’on l’entende. De plus, j’ai rencontré ces derniers temps de nombreuses personnes et j’ai constaté que beaucoup d’entre elles ont très envie de parler du christianisme.

L’époque appelle à un véritable œcuménisme, c’est-à-dire un dialogue avec ceux qui ne sont pas forcément d’accord avec nous. Nous avons besoin d’un état des lieux du christianisme, sans nier nos identités et nos convictions. La crise du christianisme est indéniable, et en même temps il y a véritable attente spirituelle dans notre société. Il faut saisir ces deux bouts pour faire entendre un message positif. Enfin, nous en restons trop souvent à des débats de culte ou de sacristie, alors qu’on nous attend sur les questions de société abordées sans tabou.

Y a-t-il une urgence à se poser la question de la place du christianisme ?

Oui, il y a urgence. La société est aujourd’hui déchristianisée. Elle accepte le message quand il est dans son sens, mais sinon on trouve l’Eglise moralisatrice, ringarde et déplacée. Je crois que le christianisme est le caillou dans la chaussure, la seule contre-culture critique et imaginative. Le message chrétien est une nouveauté pour la société, une radicalité provocatrice. D’ailleurs, je publie ces jours-ci un livre qui s’intitule « Pourquoi le christianisme fait scandale ? ». En même temps, il y a dans la société déchristianisée un regain d’intérêt pour le spirituel.

Quelle est la différence entre christianisme et chrétienté, entre un christianisme défensif et un christianisme rayonnant ?

Le mot chrétienté renvoie à un passé où le christianisme était dominant et donnait forme à la culture. C’est parfois une nostalgie qui enferme et dont il faut sortir. Le christianisme rayonnant s’incarne dans le monde sans être du monde, il témoigne. Lorsqu’on atteste sans arrogance sa foi, cela intéresse. C’est nouveau et très prometteur dans notre société : nous sommes sortis de l’époque où nous pouvions partir en conquérants, déclarant « je détiens la vérité ». Maintenant, il faut dire ce en quoi nous croyons.

Les personnalités invitées ont des positions très diverses, on trouve quelques catholiques qui ne suivent pas toujours le magistère de l’Eglise. Pourquoi ?

Les clivages existent toujours : si nous ne sommes pas d’accord entre nous, parlons-en ! Oublions nos petites excommunications réciproques. L’époque nous appelle au dialogue. Je n’ai pas demandé aux intervenants de me dire à l’avance ce dont ils vont parler, je ne leur demande pas à l’entrée de certificats de bonne pensée ou de diplômes de théologie. C’est ainsi que Christine Pedotti, de la conférence des baptisé(e)s de France, débattra avec M. l’abbé Vincent Ribeton, de la Fraternité Saint Pierre. Aucune sensibilité ne sera exclue. Il y aura aussi des non-chrétiens et nous avons le soutien de l’Université catholique de Lille, de l’évêque Mgr Ulrich, sans qui les Etats Généraux n’auraient pas lieu.

Un débat est intitulé « Changer l’Eglise, oui, mais dans quel sens ? » : croyez-vous qu’il faille changer l’Eglise ?

Les fondamentaux ne changent pas, l’Eglise est toujours en mouvement et la tradition, vivante. Il s’agit donc de distinguer ce qui est fondamental et qui ne doit pas changer de ce qui évolue et peut être amélioré. Je n’ai pas la conclusion, l’aventure est en marche.

La dernière séance plénière pose la question de l’évangélisation. En quoi est-ce une question importante ?

Depuis les origines du christianisme, l’annonce est ce qui nous fait vivre. L’évangélisation est donc une question fondamentale pour l’Eglise et pour la société.

Mais il y a beaucoup de débats derrière ce mot. Premier débat, faut-il une évangélisation explicite ? Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour dire qu’une annonce de la foi est nécessaire. Deuxième débat, quels sont les contenus de l’évangélisation et comment faut-il procéder ? Il y a de nombreuses méthodes : seront présents les responsables des Cours Alpha, les Scouts de France et les protestants évangéliques.

Votre journal parle de plus en plus d’évangélisation. Est-ce une volonté affichée ?

Oui, clairement ! Les chrétiens sont soucieux d’annoncer l’Evangile depuis les origines de l’Eglise, cela me semble une évidence. Mais l’évangélisation n’est pas le monopole des mouvements qui répondent à l’appel de la nouvelle évangélisation, ce souci est à la racine même de l’Action catholique, par exemple. Il y a des approches différentes : l’opposition faite entre les différentes sensibilités est dépassée Un mauvais procès est souvent fait aux chrétiens de fibre sociale quand on pense qu’ils n’ont pas ce souci. La « catho pride » n’est pas la seule évangélisation, toute mission suppose une certaine forme d’humilité.

Quelle place aura la prière lors de ces Etats Généraux ?

Les Etats Généraux ne sont pas un colloque, mais une rencontre. Se rassembler sans Dieu serait dommage, aussi la prière sera présente tout du long. Il y aura une nuit entière de prière, pour toutes les sensibilités. Les moines trappistes du Mont-des-Cats diront exceptionnellement l’office de la nuit avec nous. Un temps d’adoration sera animé par Jeunesse 2000, une louange avec la communauté de l’Emmanuel, et puis Taizé, le Chemin Neuf, Coexister, les sœurs cisterciennes bernardines de Saint André, le cœur orthodoxe de la paroisse Saint Nicolas de Lille… Nous terminerons ces journées par une célébration œcuménique avec le vice-président de la conférence des évêques de France et son homologue orthodoxe.

J’ose dire qu’au-delà des paroles, cette dimension de communion, ce moment de prière en commun sera un moment historique pour l’Eglise en France. Je crois qu’il n’y a pas d’engagement sans spirituel, et de spirituel sans engagement. La prière permet de croiser la dimension horizontale et verticale du christianisme.

(1) Pourquoi le christianisme fait scandale, éloge d’une contre culture, Editions du Seuil, septembre 2010

Source : Zenit

Pour en savoir plus et suivre l’évènement en temps réel : le blog des Etats Généraux du christianisme (sur La Vie.fr)

Benoît XVI au Royaume-Uni : « l’urgente nécessité de proclamer l’Évangile avec un élan nouveau dans un milieu très sécularisé »

Pendant son voyage au Royaume-Uni, qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes, Benoît XVI a parlé plusieurs fois de l’évangélisation, mission première de l’Eglise. Il est revenu aussi sur la création du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Morceaux choisis.

Lors de son homélie à Glasgow :

Parmi les différents dons énumérés par saint Paul pour la construction de l’Église figure celui de l’enseignement. L’annonce de l’Évangile a toujours été accompagnée par un souci pour les paroles : la parole inspirée de Dieu, et la culture dans laquelle celle-ci s’enracine et fleurit.

Ici en Écosse, je pense aux trois universités médiévales fondées par les papes, en particulier à l’université Saint-André qui va célébrer cette année le 600ème anniversaire de fondation. Dans les trente dernières années, avec le concours des autorités civiles, les écoles catholiques écossaises ont relevé le défi de procurer une éducation intégrale à un plus grand nombre d’étudiants, et cela a aidé des jeunes non seulement dans leur croissance spirituelle et humaine, mais aussi pour leur insertion dans la vie professionnelle et publique.

C’est un signe de grande espérance pour l’Église, et j’encourage les professionnels catholiques, hommes politiques et professeurs d’Écosse, à ne jamais perdre de vue leur vocation qui est de mettre leurs talents et leur expérience au service de la foi, en s’engageant à tous les niveaux de la culture contemporaine écossaise. L’évangélisation de la culture est d’autant plus importante de nos jours, alors qu’une “dictature du relativisme” menace d’obscurcir l’immuable vérité sur la nature humaine, sa destinée et son bien suprême.

Certains cherchent aujourd’hui à exclure la croyance religieuse du discours public, à la limiter à la sphère privée ou même à la dépeindre comme une menace pour l’égalité et pour la liberté. Pourtant, la religion est en fait une garantie de liberté et de respect authentiques, car elle nous conduit à considérer chaque personne comme un frère ou une sœur. Pour cette raison, je lance un appel particulier à vous les fidèles laïcs, en accord avec votre vocation et votre mission baptismales, à être non seulement des exemples de foi dans la vie publique, mais aussi à introduire et à promouvoir dans le débat public l’argument d’une sagesse et d’une vision de foi. La société d’aujourd’hui a besoin de voix claires qui prônent notre droit de vivre, non pas dans une jungle de libertés autodestructrices et arbitraires, mais dans une société qui travaille pour le vrai bien-être de ses citoyens et qui, face à leurs fragilités et leurs faiblesses, leur offre conseils et protection. N’ayez pas peur de prendre en main ce service de vos frères et sœurs pour l’avenir de votre nation bien-aimée.

Puis, à Westminster, dernière étape de sa visite d’Etat :

Je remercie le Cardinal O’Brien et Mgr Nichols, Archevêque de Westminster, pour leurs mots de bienvenue, et ce faisant je me souviens comment récemment j’ai pu tous vous recevoir à Rome, pour la visite ad Limina de vos Conférences épiscopales respectives. Nous avions alors évoqué quelques-uns des défis auxquels vous êtes confrontés dans la mission qui est la vôtre de guider votre peuple dans la foi, en particulier en ce qui concerne l’urgente nécessité de proclamer l’Évangile avec un élan nouveau dans un milieu très sécularisé. Au cours de cette visite, il m’est apparu clairement combien le peuple britannique a une soif profonde de la bonne nouvelle de Jésus Christ. Vous avez été choisis par Dieu pour offrir à vos compatriotes l’eau vive de l’Évangile, les encourageant à mettre leur espérance, non pas dans les vaines tentations du monde, mais dans la ferme assurance du monde à venir. En proclamant que le Royaume est proche avec ses promesses d’espérance pour les pauvres et les nécessiteux, pour les malades et les personnes âgées, pour les enfants à naître et pour les laissés pour compte, ayez à cœur de présenter sans rien omettre le message porteur de vie de l’Évangile, y compris les questions qui sont en opposition avec les principes largement répandues dans la culture d’aujourd’hui. Comme vous le savez, un Conseil pontifical vient d’être créé pour la nouvelle évangélisation des pays qui ont une longue tradition chrétienne, et je voudrais vous encourager à recourir à ce service pour affronter la tâche qui vous revient. En outre, nombre des nouveaux mouvements ecclésiaux ont un charisme particulier pour l’évangélisation, et je sais que vous ne manquerez pas de continuer à chercher comment les impliquer de manière appropriée et effective dans la mission de l’Église.

Apéro-Evangile-géant : des chrétiens invitent les non-chrétiens

Demain soir vendredi à 19h, un apéro géant d’un nouveau genre est annoncé à Paris, à Lyon et en Avignon. Plusieurs milliers de jeunes sont attendus. La nouveauté radicale de cet apéro géant : ne sont les bienvenus ni alcool, ni drogue, ni téléphone portable, ni connexion web. En revanche, on demande d’apporter si possible une Bible ou un Evangile. Une seule ambition, pour les organisateurs : la liberté. Et bien sûr, que cette sortie soit comme une immense évangélisation de rue.

« Nous sommes concernés à titre personnel ou dans notre entourage par les conséquences désastreuses d’une addiction, déclarent-ils. Nous voulons simplement témoigner d’un mode vie alternatif, d’une consommation responsable, du bonheur d’être ensemble tout simplement, sans excès, sans artifices et sans provocations ».

Choqués par les débordements qui ont conduit à la mort d’un jeune à Nantes en février dernier, inquiets par d’autres initiatives plus désireuses de confrontation que de vivre ensemble, ils se déclarent de la « génération JMJ, 18-35 ans, pèlerins de l’espérance, chrétiens de toutes confessions, bien dans notre foi et heureux de la partager ».

Ils se dotent aussi d’une “charte verte” : « respect de soi (ni drogue, ni alcool), des autres (recherche de l’harmonie), respect des lieux qui nous accueillent (nous rendrons la place propre) ». Selon la même charte, il s’agit clairement d’une nouvelle évangélisation des 18-35 ans. Cet apéro vert veut en effet montrer que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, qu’il ne s’abreuve pas seulement d’alcool mais de la Parole de Dieu, de « cette vérité qui nous rend libres ».

Les non-chrétiens sont donc invités à venir pour poser leur question sur Dieu, la foi, l’amour… Et les catholiques, à venir en témoigner : avis aux amateurs !

Date : Vendredi 10 septembre 2010 à partir de 19h
Lieux : Parvis Notre Dame à Paris – Place Saint Jean à Lyon – Place du palais des Papes à Avignon

Pages Facebook de l’évènement :
à Paris
à Lyon
en Avignon

Padré Cup : 50 curés sur une piste de kart !

Affiche Padré

(Billet publié initialement le 21 janvier dernier – c’est lundi prochain !)

Après le poker rambo curé et le Bible navigator sur Xbox 360, voici une initiative qui nous vient cette fois de France : la Padré Cup. Certains diront qu’ils ne savent plus quoi inventer et que la place d’un prêtre n’est pas sur une piste de… kart (pour changer de la boîte de nuit ou du plateau de jeu). D’autres répondront qu’on a tout intérêt à montrer le vrai visage de nos prêtres, surtout en cette année sacerdotale (et le reste du temps aussi). Oui, ils savent s’amuser et ils ne pensent pas qu’au sexe, à la drague et à la fête. Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Oui, cela peut être une occasion de témoigner, d’évangéliser, enfin vous savez, quoi, l’évangélisation, quoi. Bref… voyez par vous-même !

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Evangéliser la Terre

Une fois n’est pas coutume : c’est d’écologie dont je veux vous parler. L’éruption de l’Eyjafjöll, ce volcan qui a paralysé les vols aériens du Nord de l’Europe pendant plus d’une semaine, parle aux hommes de bonne volonté. Elle leur rappelle que nous sommes pas tout-puissants. Même la meilleure technologie a ses limites face aux éléments, et tant pis pour les millions des compagnies aériennes partis en cendres.

A la limite, c’est tant mieux si cela nous coûte cher, car il nous est donné par le Ciel de retrouver la compréhension de ce qu’est l’homme face à la nature, face à la création voulue par Dieu.

Le Président du Conseil pontifical pour les communications sociales, Mgr Claudio Maria Celli, déclarait justement au micro de Radio Vatican : « Un des problèmes d’aujourd’hui, c’est que nous ne lisons la réalité de l’homme que d’une manière globalement économique. Nous oublions d’approfondir ce qu’est vraiment l’homme dans le contexte de la création… Ces événements rappellent à notre conscience, à notre esprit, qui nous sommes vraiment. »

Redécouvrant notre finitude, soulignait-il, nous devrions adopter « une attitude plus humble, non pour que l’homme se sente plus petit, mais pour qu’il se sente dans sa juste dimension de créature, dans le contexte du monde d’aujourd’hui : qu’il redécouvre continuellement ce que signifie être en harmonie avec la création ».

Et comme le disait récemment Benoît XVI, il faut préserver cette harmonie – donc être un peu écolo ? – car la création participe à la rédemption du monde. Comment l’amour pourrait-il se déployer dans un monde de chaos, où tout serait violence et pollution, un monde noirci par la laideur grise du béton et l’absence de verdure, d’oxygène ?

Evangéliser, c’est donc aussi participer à la sauvegarde de notre planète. Et pour une fois, cette évangélisation peut être rentable. En étant un peu économes !

A Malte, Benoît XVI a lancé un appel à l’« exaltant défi de la nouvelle évangélisation »

Malte - évangélisation

A l’approche du Forum Communion-Evangélisation – « la nouvelle évangélisation pour les nuls » qui a lieu en Avignon ce week-end (lire cet article du Dauphiné Libéré), comment ne pas voir dans l’appel de Benoît XVI à Malte un écho à cette pressante urgence d’évangéliser nos contemporains en quête de sens en employant des moyens nouveaux ? « Je lance un appel à chacun de vous à faire sien l’exaltant défi de la nouvelle évangélisation », a en effet déclaré le pape.

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Mgr Cattenoz : « Pour évangéliser, remettre le Christ à la première place »

Mgr Jean-Pierre Cattenoz - évangélisation

Mgr Jean-Pierre Cattenoz est archevêque d’Avignon depuis octobre 2002. A quelques jours du forum Communion-Evangélisation qu’il accueille à nouveau cette année dans son diocèse, voici un extrait de l’entretien paru dans mon livre Dieu est de retour, la nouvelle évangélisation de la France (*).

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Benoît XVI à propos d’Internet : « Ouvrir un espace à ceux pour qui Dieu est encore inconnu »

Internet - Benoît XVI - évangélisation

À l’occasion de la 44e Journée mondiale des communications sociales, qui aura lieu le 16 mai prochain, le pape a publié le 23 janvier dernier un message résolument positif. Pour Benoît XVI, il s’agit « d’aider les hommes d’aujourd’hui à découvrir le visage du Christ », autrement dit, d’évangéliser.

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Prêtres : ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Don Camillo

La pédophilie d’une infime minorité de prêtres, par la gravité de ce crime, est un drame pour toute l’Eglise. Après les victimes, c’est aussi un drame pour le monde à qui les chrétiens doivent témoigner de la bonne nouvelle du salut par un témoignage de vie authentique. Cela entâche particulièrement la mission d’évangélisation du prêtre, qui doit être un “alter christus”, c’est-à-dire un “autre Christ” (cf cette vidéo). Mais il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. Sur 400.000 prêtres dans le monde, 300 au total ont été incriminés, nous rappelle un article du journal espagnol Al mundi dont nous reprennons ici un extrait.

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Bonne nouvelle : il est ressuscité !

Résurrection - évangélisation

C’est ce que nous ont appris les femmes. Elles portent la vie et accompagnent traditionnellement les mourants. Là encore, elles sont les premières à nous l’annoncer. Les femmes ont donc un rôle premier dans l’évangélisation. Que nous disent-elles ?

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Dieu veut sauver tous les hommes

Et si l’évangélisation, c’était ça : proposer à chacun d’embarquer pour être sauvé par le Christ ? Nous sommes tous mobilisés, mais que ferons-nous ? Les laisserons-nous périr ? Une vidéo qui donne à réfléchir sur le sens de notre mission de baptisés et sur notre monde bien souvent en perdition.

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Dieu est de retour : mais était-il parti ?

Dieu est de retour - la nouvelle évangélisation de la France

En écho à ce titre un brin provocateur et, il faut bien le dire aussi, quelque peu marketing (l’art des titres est un métier) on m’a souvent répondu « mais non, il ne nous a jamais quittés ! ». Explications.

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Le salut des âmes t’empêche-t-il de dormir ?

Saint Dominique - évangélisation

Non, le salut des âmes ne t’empêche pas de dormir sur tes deux oreilles ? Et pourquoi ? Pourquoi donc ne faudrait-il pas s’inquiéter comme le firent tant de saints ? Prenez Saint Dominique, par exemple, qui passait souvent des nuits à prier. Pourquoi priait-il ? Pour lui-même, pour les pécheurs dans le monde, et pour le salut des âmes (*). L’évangélisation n’était pas pour lui un vain mot.

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Sur les pas de Jean-Paul II, être des apôtres de la miséricorde

Jean-Paul II - Anuncioblog - évangélisation

A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Jean-Paul II, Benoît XVI a invité les fidèles à être, dans le sillage de ce « grand Polonais » des « apôtres infatigables de son divin Fils, et de son Amour miséricordieux », autrement dit de pratiquer une évangélisation par la miséricorde.

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Le prêtre dans l’évangélisation : un « autre Christ »

Prêtre - Alter Christus - célibat - identité sacerdotale - évangélisation - Anuncioblog.com

H.M. Télévision, en collaboration avec la Congrégation pour le Clergé, a réalisé “Alter Christus”, un reportage à travers les multiples aspects du sacerdoce dans la vie de l’Église, notamment l’identité du prêtre, le célibat, et surtout, l’évangélisation. Une vidéo très réussie, au casting impressionnant : à voir absolument ! Elle fait écho aux récentes paroles de Benoît XVII pour qui « il y a grand besoin de prêtres qui parlent de Dieu au monde » (lire ici).

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Wilfrid d’Angleville : « Quelle joie d’annoncer le Christ ! »

Wilfrid

Alors que le curé de la paroisse de la Trinité, le Père Jacques Benoit-Gonnin, vient d’être nommé évêque de Beauvais, nous publions un entretien avec Wilfrid d’Angleville, responsable des nocturnes de la chapelle Saint Rita, qui dépend de cette paroisse, sur la question de l’évangélisation de rue. Un entretien paru sous une version plus réduite dans les pages locales du journal L’1visible.

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