Le témoignage de Maryannick Pavageau, paralysée depuis 24 ans

Maryannick Pavageau s’est retrouvée brutalement paralysée, elle nous adresse personnellement son témoignage.

Voila 24 ans depuis quelques jours, à 29 ans, j’ai basculé en dix minutes de la parfaite santé à la dépendance totale, plusieurs mois de coma, 32 mois d’hôpital. Mon entourage m’a permis de continuer à vivre, les progrès sont minimes, je ne parle qu’avec difficulté, avec deux doigts j’utilise l’ordinateur, mais à part cela je suis incapable de chasser une mouche. Je suis entièrement dépendante. Il me faut avoir à tout moment la patience de mes impatiences. Aujourd’hui, tout en étant sans doute la doyenne des malades atteints de ce syndrome je suis vraisemblablement celle qui est la mieux intégrée socialement. Mes voyages dans le monde entier se veulent être un témoignage silencieux de vie. Je pense remplir et avoir rempli mon rôle de mère, étant disponible à tout moment. Ma fille qui vient d’avoir 26 ans ne se souvient pas de moi autrement qu’en fauteuil ce qui ne l’a pas empêchée de faire des études la préparant à une vie de responsabilité.

A nouveau, beaucoup se sont laissé entraîner dans la spirale médiatique qui exploite au maximum la charge émotionnelle sur tout ce qui touche à la fin de vie. Les semaines passées nous ont donné l’exemple déplorable de ce qui peut être fait pour imprégner à tout prix l’opinion. Même les journaux catholiques au nom de la compassion défendent des positions ambiguës.

Nous avons besoin d’une position claire où la raison ne soit pas absente de façon à ce qu’elle soit reçue par le plus grand nombre. La déclaration des évêques de France de 1991 est fortement d’actualité. Certaines situations douloureuses appellent le respect, mais est-ce suffisant devant ces appels au secours ? Que fait-on de la Dignité ? Que fait-on du préambule de la charte des Droits de l’Homme dont la clef de lecture est la Dignité, droit constitutif de la nature humaine auquel personne ne peut se soustraire ni en être dépossédé ? Les prises de position publiques produisent des dommages collatéraux insoupçonnés sur les malades « lourds » comme ceux atteints du Locked-in-Syndrom, nous sommes des consommateurs assidus de télévision et de radio. En réponse à nos découragements profonds (qui en est à l’abri ?), n’aura-t-on droit naïvement qu’au geste ultime, baptisé hypocritement geste d’amour.

Une étude récente sur la perception de la qualité de vie des LIS fait ressortir, au grand étonnement du corps médical, qu’à la question « si vous faisiez à nouveau un problème cardiaque voudriez-vous être réanimés ? » à une grande majorité nous répondons : oui .

Voila, en toute simplicité, les quelques réflexions d’une « femme quelconque » que je voulais vous faire partager. Qui, aux demandes de mort, fera des propositions de Vie, nous permettant à nous, les plus atteints, d’Espérer encore et d’être aimés Vivants ?

Maryannick Pavageau

Source : Nousvoulonslavie.com (pétition en ligne)

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