8 décembre : « l’Eglise peut et doit faire signe au cœur de la fête »

8 décembre - Lyon - Merci Marie

Etienne Piquet-Gauthier, 38 ans, marié et père de 3 enfants, est en charge de la Fête des Lumières qui a lieu chaque année à Lyon. Il nous explique en quoi cette fête est une fantastique occasion pour annoncer le Christ. Interview exclusif.

8 décembre - Lyon - Etienne Piquet-Gauthier

Vous êtes délégué épiscopal de la Pastorale du Tourisme et des Loisirs dans le diocèse de Lyon depuis 3 ans, bénévole. En quoi cela consiste-t-il ?

Cela consistait à l’origine à répondre favorablement à une demande précise de mon évêque… alors que je lui proposais de prendre une part plus active à ses côtés. Et ce, alors que j’ignorais tout de l’organisation des services diocésains ; je ne savais même pas ce que voulait dire « pastorale du tourisme ». J’ai compris qu’il y avait un rôle à tenir, une responsabilité à assumer en tant que simple baptisé. Alors, j’en ai discuté avec mon épouse Stéphanie, j’ai confié cette mission au Seigneur et j’ai dit oui, en confiance. Pour une durée limitée !

La pastorale du tourisme et des loisirs parle de foi et d’évangile aux gens de passage mais aussi aux « autochtones » par une porte d’entrée (sans jeu de mot) de choix : le patrimoine religieux ou le tourisme religieux.

Cette pastorale est très particulière. En quoi correspond-elle à un besoin particulier de notre société ?

J’ai coutume de dire que cette mission se situe « sur le parvis », un pied dans l’E(e)glise et un pied dans la société civile. Les guides du patrimoine religieux qui animent les visites des églises et autres lieux spirituels ne se limitent pas à des explications culturelles ou architecturales mais témoignent de leur foi et de la foi des communautés qui « habitent » les lieux. Au cours de ces visites, il est fascinant de constater combien le public a soif de spirituel et de dialogue en vérité et combien la culture religieuse de la majorité de ce public est « asséchée » ! Je résume notre action en trois verbes : Accueillir – Annoncer – Révéler.

8 décembre - Lyon - bougies

Cette pastorale permet-elle de faire une véritable évangélisation, avec une première annonce ?

Je l’espère…

Pourquoi ?

Le touriste est en général plus enclin, plus disponible, plus ouvert à entamer un dialogue sur des sujets plus intimes comme la foi. Les croyants fascinent nos contemporains en manque de repères. Le simple témoignage d’une foi assumée, joyeuse, attentive aux autres a nécessairement un impact dans le cœur des hommes et des femmes.

Au cours des visites, la description d’un tableau ou d’un vitrail ou d’une crèche devient une véritable catéchèse. Rendre intelligible et relier l’humanité à Dieu, tel est notre programme. Programme ambitieux, j’en conviens !

Le slogan de cette pastorale est « Donner une âme au temps libre ». Tout est dit, non ?

Dans ce cadre, vous coordonnez la fête historique des lumières, le 8 décembre à Lyon. De quoi s’agit-il ?

L’évènement le plus important pour Lyon en matière de tourisme est la Fête des lumières, véritable festival de la lumière avec une renommée mondiale. Plus de 4 millions de personnes assistent aux 4 jours de cette fête, dont l’origine est religieuse. C’est une occasion à ne pas manquer pour que l’Eglise qui est à Lyon se montre accueillante et témoigne de sa joie de croire auprès des visiteurs…Nous avons décidé d’ouvrir jusqu’à minuit les portes des églises du centre-ville et de mener des missions d’évangélisation sur le terrain.

Sur cet événement, votre diocèse travaille en étroite collaboration avec la mairie de Lyon. Pourquoi ?

Parce que c’est naturel ! La fête des lumières est pilotée par la Ville de Lyon. La fête de l’Immaculée-Conception est célébrée par les chrétiens du diocèse. Chacun dans son rôle. Le diocèse est en quelque sorte le « partenaire historique » de la fête des lumières. Il est remarquable de noter que les élus de la Ville de Lyon en charge de la fête ne renient pas les origines religieuses de cette fête et sont favorables à un dialogue constructif avec le diocèse. A titre d’exemple, nous sommes en discussion très en amont avec les artistes retenus pour donner du sens aux spectacles proposés et leur révéler l’histoire religieuse du bâtiment religieux qu’ils utilisent comme support de la projection d’images et de lumières.

Cette fête d’abord religieuse (fête de l’Immaculée Conception, NDLR) ne risque-t-elle pas de devenir touristique ?

La fête du 8 décembre est certes religieuse mais elle est aussi populaire, dès l’origine. C’est le peuple de Lyon, dans ce qu’il a de plus simple et spontané, qui allume des bougies sur le rebord des fenêtres pour rendre hommage à la Vierge Marie.

Que la fête soit devenue touristique est une excellente chose à condition que soit rappelée son origine religieuse. C’est ce que le diocèse s’efforce de faire, notamment en diffusant auprès du public chaque année plus de 200.000 documents qui rappellent la véritable histoire du 8 décembre 1852.

Si Lyon est connue et appréciée dans le monde entier grâce à cette fête et que les Lyonnais, et parmi eux les chrétiens, se montrent accueillants et ouverts…alors c’est gagné !

Pour les chrétiens, et pour d’autres, croyants ou non, c’est la fête de Marie et aussi la fête de Lyon.

8 décembre - Lyon - Gare

Quelles sont les personnes que vous souhaitez toucher à travers cet événement ?

Toute personne de bonne volonté qui se laisse porter par le « vent spirituel » qui souffle sur la métropole lyonnaise ces jours-là. Alors que dehors, il y a foule, il fait froid, il y a du bruit, de la lumière, nous proposons des églises ouvertes, propices au dialogue ou au silence, il y fait chaud, on peut s’asseoir, se (re)poser, boire une tisane, rédiger une intention, allumer une bougie au pied de la statue de Marie, prier, rencontrer un prêtre…

Nous avons l’ambition de faire du 8 décembre une grande fête diocésaine pendant laquelle les baptisés se mobilisent.

Quels en sont les grands axes ?

Ce sont les mêmes qu’en 1852 ! D’abord dire merci à Marie. Désormais, ce n’est plus pour avoir préservé Lyon du choléra qui a heureusement disparu, mais pour lui confier nos intentions personnelles, en toute simplicité. Puis, déposer sur le rebord de sa fenêtre ou dans les églises une lumière fragile, une flamme qui vacille et qui incarne notre foi et notre espérance. Enfin, monter à Fourvière en procession ou entrer dans une église pour passer un moment d’intimité avec le Christ par Marie.

Pourquoi avoir choisi le thème : « Qui leur dira ? ». A qui s’adresse-t-il ?

Il s’adresse aux chrétiens du diocèse pour que chaque baptisé se sente concerné par cette fête et puisse mettre en pratique la formule prononcée lors de son baptême : être « prêtre, prophète et roi ».

Quel est le message que vous souhaitez faire passer ?

« Rien n’est impossible à Dieu. » dit l’apôtre Luc. Donc, porter l’évangile aux Lyonnais et aux gens de passage n’est pas impossible aux Missionnaires du 8.

8 décembre - Lyon

Est-ce donc avant tout un encouragement à l’évangélisation ?

C’est une occasion à ne pas manquer ! Chacun, selon son charisme ou son talent, est appelé à annoncer la Bonne Nouvelle aux autres.

En quoi l’évangélisation est-elle nécessaire aujourd’hui ?

Elle est nécessaire aujourd’hui comme elle l’était hier et comme elle le sera demain. On a toujours besoin de partager un tel trésor. Nos contemporains ont soif de spirituel ; à nous de prendre le temps du dialogue et d’entendre leurs questionnements pour tenter de leur apporter des éléments de réponse.

Il y aura beaucoup d’animations en dehors des églises, dans la rue, avec des processions notamment. Pourquoi l’Eglise va-t-elle dans la rue ?

C’est une tradition pour Lyon d’avoir une grande procession religieuse dans les rues le 8 décembre. Cela fait partie de la fête. Pour le grand public, c’est un beau symbole de voir cette marée de lumière dans les rues de Lyon dans la nuit de décembre ; c’est aussi un beau témoignage de voir tous ces générations mêlées pour prier et chanter.

On reproche parfois à certaines méthodes d’évangélisation d’être trop spectaculaires, trop tapageuses, avec des prédicateurs « activistes », qui s’opposeraient aux humbles gens, catéchumènes, recommençants, etc. qu’en pensez-vous ?

Tout ne repose pas sur une méthode ou une « recette ». Ce qui prime, c’est la qualité de l’accueil, du dialogue, du cheminement de l’un vers l’autre. L’évangélisé n’est pas toujours celui qu’on croit ! Nous avons prévu depuis quelques années une formation des Missionnaires du 8 pour tendre vers cette qualité.

Quels témoignages de belles rencontres avec les gens pouvez-vous nous donner ?

Evidemment, nous ne tenons pas de statistiques ou de « Best of » des missions d’évangélisation. Chaque rencontre est unique. Je me souviens par exemple de la conclusion de deux jeunes filles sortant de l’église, encore émerveillées de ce qu’elles avaient vu et vécu à l’intérieur, en lâchant un retentissant « elle est kiffante c’t’église » !

Une autre jeune femme, qui n’avait plus de contact avec l’Eglise depuis longtemps, est venue parler à un Missionnaire du 8. Après avoir partagé avec lui le sens de la fête du 8 décembre, elle a fait une démarche auprès de l’autel de la Vierge pour confier son grand-père décédé la veille. Elle s’est alors décidé à suivre la procession jusqu’à Fourvière, en mémoire de son grand-père très croyant. Arrivée là-haut, elle a pu entre dans la basilique bondée de jeunes pour la messe. Elle paraissait heureuse, sereine et étonnée de découvrir une Eglise jeune, vivante et si pleine d’espérance.

8 décembre - Lyon - paroles

Le guide des madones qui parsèment les rues de Lyon est également important pour cet événement. Pourquoi ? Quel est votre projet ?

Oui, Lyon est une ville mariale, comme en témoignent les très nombreuses statues qui sont accrochées sur les façades des immeubles. En mai 2008, la pastorale du tourisme a édité un premier livre, le Guide des madones, qui proposait sept itinéraires à pied dans les quartiers de Lyon et recensait les niches et statues de saints et de la Vierge-Marie. Il y a quelques jours, un livre de photographies et d’aquarelles Madones sur les chemins lyonnais a été édité pour présenter au grand public les statues dans la campagne autour de Lyon. Ces deux ouvrages s’intègrent dans un plan pluri-annuel appelé Notre-Dame du coin de la rue qui a pour ambition de rénover et sauvegarder ce patrimoine de proximité, symbole de la piété populaire lyonnaise. Des balades commentées sont aussi organisées pour faire mieux connaitre ces statues. Le diocèse a surtout pris l’initiative de sensibiliser les propriétaires des immeubles concernés et la Ville de Lyon pour sauver ces statues de l’usure du temps et des destructions. Un accord est en voie d’être mis en place avec la Fondation du Patrimoine et la Ville de Lyon pour aider financièrement les propriétaires. Deux statues ont déjà été rénovées : la Vierge-Marie rue Longue et Saint Vincent de Paul dans le Vieux-Lyon.

Il y aura aussi beaucoup de messes et de prières organisées, y compris l’adoration. Quelle en est l’importance ?

Mettre le Christ au cœur de la fête est essentiel, littéralement de l’essence de cette fête. Il est donc possible de célébrer et prier sans cesse, seul ou en groupe.

Quel sera le rôle des jeunes à travers la mission « Le 8 des jeunes » ? Que peut leur apporter l’Eglise à travers un tel événement ?

L’Eglise souhaite leur proposer des signes d’espérance. Des carrefours seront organisés pour les 13-35 ans le dimanche 6 décembre à 16h00 à la cathédrale. Comme chaque année, le 8 décembre, après la procession, la basilique de Fourvière rassemblera les jeunes pour une messe présidée par le cardinal Barbarin.

Quel est votre message particulier pour ce jour ? Qu’aimeriez-vous dire à ceux qui vont venir ?

Parce que le baptême rend heureux, l’Eglise peut et doit faire signe au cœur de la fête… pour faire envie.

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