Notre Dame de l’Autostop, priez pour nous !

Notre Dame de l'Autostop, priez pour nous !

Alexandre évangélise par le stop. Portrait d’un séminariste atypique dont nous avons été obligé de protéger l’anonymat. Il regrette en effet le manque de formation pratique à l’évangélisation, dans son séminaire. Un article paru initialement dans l‘Homme Nouveau, partenaire d’Anuncioblog.

De l’ambigüité du stop à l’annonce de la foi

« J’ai commencé à faire du stop comme étudiant parce que c’était gratuit ! J’aimais beaucoup voyager mais je n’avais pas d’argent pour cela, c’était une aventure un peu amusante et une façon originale de voyager, de rencontrer du monde et d’avoir des conversations plus ou moins profondes. J’avais parfois des discussions spirituelles, on essayait d’aborder Dieu, je voyais bien que c’était un des sujets que je pouvais amener dans la conversation. Il y avait une joie à annoncer le Christ, mais avec une certaine ambigüité : voyager « gratos », avoir la meilleure voiture pour pouvoir raconter aux autres que j’étais pris en Porsche, essayer de trouver à tout prix la voiture qui allait le plus vite possible, battre des records de temps de parcours ! »

« C’était l’ambigüité de se dire aussi après coup « je l’ai bien eu », cette mentalité un peu « marrante » à « faire le filou ». Je suis beaucoup plus libre maintenant spirituellement : c’est vraiment devenu une occasion d’évangélisation depuis que je suis séminariste. Pour une raison très simple : je le fais spécialement pour le Seigneur Jésus, puisque mon diocèse me paye mes déplacements entre le séminaire et la ville où habitent mes parents. Cela change beaucoup de choses. »

« J’ai pris en compte cette ambigüité : était-ce vraiment pour en profiter ou pour annoncer le Seigneur ? Auparavant, quand je partais en stop à l’étranger, je « feintais » un début de conversation, le conducteur laissait tomber assez vite. Alors je m’endormais, et me réveillant j’osais dire « ah bah zut je me suis endormi ! » si bien qu’il ne le prenait jamais mal. Cela me permettait de récupérer un peu car j’avais 24 heures de trajet… »

« Aujourd’hui c’est différent, même si cela peut encore m’arriver de m’endormir. Quand je fais du stop, c’est dans l’unique but d’évangéliser, si bien que je suis beaucoup plus libre et que je sais pourquoi je suis pris en stop. »

Alexandre prie toujours pour son futur chauffeur

« Avant je priais pour être pris, maintenant j’ai confiance que le Seigneur me donnera une voiture quoiqu’il arrive puisque je le fais pour Lui. Dans l’attente de cette voiture, je prie pour la personne qui va me prendre, et cela change tout aussi. Cela m’a demandé une conversion : ainsi, je concentre ma prière pour celui qui va me prendre. Une expérience amusante mais qui c’est vraiment vérifiée : quand j’attends depuis longtemps, c’est à dire une demi-heure, une heure, parfois une heure et demi ou même deux heures, c’est souvent un « gros poisson » qui tombe. Sans doute, le Seigneur met plus de temps pour que j’offre mon impatience – parfois il peut faire faim ou froid – et puis j’offre aussi ma prière. Je dis souvent le chapelet, et parfois je tombe sur un impénitent pécheur, un gros poisson, et je me dis : « tiens il y a une cohérence, j’ai attendu longtemps ».

Un sport pratiqué en été, de préférence

« Je fais surtout du stop en été : pendant les grandes vacances, tous mes déplacements sont en stop. Sauf pour les mariages : une fois, je suis arrivé après la messe lors du mariage d’un bon ami, la charité m’ordonne donc de prendre le train lorsque je dois être à l’heure ! L’été est techniquement plus propice aussi. J’ai fait quelque fois du stop en hiver, et le Seigneur m’a vraiment secouru car c’est parfois très dangereux, s’il neige ou s’il gèle et que tu restes des heures dans le froid au bord d’une route… Si tu restes deux heures au bord d’une route alors qu’il fait en dessous de zéro, tu te mets réellement en péril, ce n’est donc pas à faire ! »

« J’avoue que cela m’est arrivé d’être plusieurs fois un petit peu en détresse, et du coup j’ai dit au Seigneur que j’éviterais à l’avenir de le tenter ainsi, je n’ai pas à exiger de Lui son secours. Du coup je le fais surtout en été, et c’est plus agréable aussi ! »

Quand la conversation vient tout naturellement à Dieu

« Je laisse mon chauffeur lancer la conversation, et elle en vient tout naturellement à « qu’est-ce que vous faites dans la vie ? ». A ce stade, c’est facile : une fois que j’ai dit « je suis séminariste catholique », j’explique ce qu’est, pour nous, que de se préparer à être prêtre. Aujourd’hui, les gens ne savent plus trop, et là commence souvent une belle conversation.

Soit la personne qui me transporte est indifférente à ce que je peux lui dire, soit, gênée, elle change un peu de sujet. Si elle est curieuse, la conversion avance un peu, au fil de la route. Je me mets à sa place : c’est comme rencontrer quelqu’un qui pratique un métier de clown ou d’astronaute ! C’est un peu amusant dans ce sens là, car ils pourront raconter à leur copains « tiens, j’ai rencontré un clown, un futur prêtre ! ». C’est un truc un peu fou parce que cela sort du commun. Cela dit, la conversation peut rester un peu superficielle et je m’en méfie parce qu’alors on en reste là. En évangélisation, je n’ai pas toujours le charisme, comme d’autres, d’aller au plus profond. Chacun sa grâce propre, mais j’essaye d’être attentif à l’intimité de l’autre et à ne pas aller trop loin tout en essayant de parler de leur propre expérience personnelle intérieure. »

Des cœurs qui s’ouvrent

« Je n’ai jamais rencontré d’hostilité, très rarement des gens un petit peu froids. Au pire, mon chauffeur change vite de sujet, il me dit « ah bon, ah bon… » car il n’a pas forcément envie de parler de son expérience avec Dieu. Ou alors, il monte la radio ! Ambiance. Mais cela arrive aussi en dehors de l’évangélisation, c’est propre au stop : ils y a des gens qui vous prennent en stop pour vous dépanner mais qui n’ont pas forcément envie d’avoir une conversation. Du levé du pouce, seul sur le bord de la route, à la radio qui crachote une chanson un brin nasillarde, c’est une école d’humilité pour nous. Au final, c’est quand même eux qui nous accueillent dans leur voiture, il faut les remercier pour cela ! »

Expérience marquantes

« Il y a toujours des expériences marquantes. Une fois j’ai rencontré un couple qui était en vacances dans les Pyrénées. J’allais à Lourdes, et ils m’ont pris. Nous avons beaucoup parlé : lui, sa mère était dans une secte protestante et il était assez inquiet. Elle était catholique et rêvait qu’un jour ils se marient : du coup, ils se posaient beaucoup de questions. On a tellement parlé que nous avons échangé nos adresses e-mail. Deux mois plus tard, j’ai reçu un mail de ce garçon qui me disait « viens donc dîner chez nous, je vais inviter un copain que ça intéresserait vachement de te rencontrer ». Ce n’était pas du coup dans mon coin, mais j’ai pris le train et il est venu me chercher à la gare. C’était très sympa, il avait invité un de ses amis qui était très original et qui avait des tas d’avis sur tout. La conversation n’a pas était toujours très profonde car c’était un peu polémique, mais cela avait déjà une grande valeur. Au fond, cela ne m’appartient pas, car je faisais un peu mon boulot de témoigner, aussi mal que le Seigneur peut attendre de moi parce qu’Il me connaît. Mais c’était très touchant car c’était avec une certaine amitié. »

Un boulot ingrat, aussi…

« C’est un peu l’aspect de tout apostolat. Quand il m’arrive de donner un témoignage dans un collège, toujours comme séminariste, ou même, dans la continuité, avec le catéchisme hebdomadaire auprès enfants : là encore, le fruit nous échappe, mais nous les retrouvons. »

« En y réfléchissant, dans votre vie spirituelle, parmi les personnes qui vous ont marqué, combien de personnes le savent ? Pour ma part, les personnes qui m’ont édifié par une parole forte à un moment de ma vie, ou qui m’ont donné un exemple qui m’a aidé à répondre à l’appel du Seigneur ou qui m’a converti comme baptisé, je ne leur ai jamais dit, pour la plupart, l’aide qu’ils m’ont apporté. Cela me réconforte un peu car ceux qui m’ont pris en stop ne m’ont pas remercié, ils ne m’ont pas dit qu’ils ont été secoués – bien que, parfois, cela se voit un peu – mais globalement cela appartient au Seigneur et justement c’est bon pour l’humilité de ne pas savoir ! »

« Notre Dame de l’Autostop, je te confie tous ceux que j’ai rencontrés ! »

Il y a des personnes pour qui je prie encore plusieurs mois après. J’ai souvenir d’un nom, d’une détresse, à l’occasion d’une intention de prière que j’entends et qui rejoint celle que j’avais eue. Ou, sinon, je les évoque très généralement et je dis « Notre Dame de l’Autostop, je te confie tous ceux que j’ai rencontrés ». C’est fou, parce que ça fait vraiment beaucoup !

C’est un peu le contraste intérieur entre la grande joie que le Seigneur me donne comme baptisé, la source vive qui est en nous depuis le baptême, et puis la grande sécheresse que l’on voit autour de nous. Il faut prendre un peu de recul avec le monde trépident et entaché de péché pour se rendre compte que le monde est très coupé de la source. Dans mes études de séminariste, dans ma petite vie spirituelle et dans la vie tout court, je me rends compte que les gens sont immergés dans un monde plein de propositions de valorisation du péché, du refus de Dieu, et du coup je vois un peu mieux cette urgence.

En filigrane, un lien fort avec le sacerdoce

Je n’ai pas de témoignage très bouleversant de vocation parce que je suis de ceux qui ont grandi dans une famille chrétienne. J’ai toujours eu un peu devant moi deux façons grâce aux exemples que j’ai eu devant moi d’avoir une vie pleine et heureuse, accomplie, plénitude de vie, c’était le mariage, se donner tout entier à l’autre et transformer le monde en chrétien, pour quelle part « faire suinter le Christ ». Et puis les prêtres, notamment les jeunes prêtres de ma paroisse d’origine, qui ont été pour moi comme des piqûres de rappel fréquentes qui signifiaient : « tu vois, il y a là un chemin où l’on peut être pleinement heureux, et avoir une vie vraiment bouffée, mangée à 100% par le Christ… si le Christ rend heureux cette vie là te rendra heureux !

Je me suis senti appelé petit, avec comme tout le monde des vas et viens à l’adolescence, sans certitude, et j’ai choisi après quelques années de fac de rentrer au séminaire. Cela prouve donc que j’avais besoin d’un temps de réflexion, de retraites, rien n’était déterminé et rien ne m’aurait plus freiné de m’entendre dire par un prêtre : « tu es fait pour, vas-y, fonce ! ». J’avais besoin de me convaincre que je choisissais par moi-même et librement.

Si tu Lui donnes tout…

« Le but n’est pas le bonheur, c’est plus pour de me donner, ou m’unir au Christ qui se donne, avec la certitude, en revanche, que lorsqu’on donne tout au Seigneur, il nous donne un vie belle et bien remplie, une sorte de chef d’œuvre mais faite par Lui même. Si tu donnes tout au Seigneur, tout dans ses mains, Lui, il fait le tableau. La certitude, aussi, pour avoir vu de vieux prêtres, que Dieu est fidèle, et que si tu lui donnes tout, Il te sera fidèle. »

La première annonce, un stimulant extraordinaire

Dans mon brave petit rôle de séminariste, il y a stimulant extraordinaire, en particulier dans le stop : on assiste à l’émerveillement des gens qui découvrent pour la première fois l’Evangile, et nous on l’oublie parfois. On oublie à quel point le Christ est attendu par eux, à quel point le cœur de chacun coïncide avec Lui, c’est quelque chose de très beau ! C’est un stimulant parce que cela nous rappelle la folie de notre vie chrétienne. On vit quelque chose d’extraordinaire qui est attendu par les villes lointaines…

L’annonce de l’Evangile se nourrit dans les sacrements, et puis elle y retourne. Etre fidèle dans les sacrements à la vie divine, témoigner aux hommes ce qui j’y ai découvert. C’est un peu pour eux aussi. Et puis les convier à aller puiser à cette même source, quelque chose comme ça ?

Un sujet qui fâche : le manque de formation à l’évangélisation, au séminaire…

Je peux me tromper – je ne suis que séminariste – mais il me semble qu’on nous ne nous éveille pas assez à la nécessité d’une évangélisation « ad gentes », auprès des païens. C’est vraiment la mission de l’Eglise, le monde en a besoin ! Il y a une facilité à rester en milieu catholique. Les ouailles qui sont à l’extérieur en ont aussi besoin. Malheureusement – je ne sais pas si je peux vous le dire – je trouve qu’on ne nous forme pas beaucoup à inventer des initiatives pour rejoindre les personnes qui sont tout à fait étrangères à l’Eglise. Nous n’en parlons pas beaucoup, comme si les prêtres diocésains étaient davantage des « gestionnaires »… Mais, personnellement, j’ai du mal à concevoir une paroisse coupée de l’évangélisation. Cela me paraît pourtant si simple : c’est de pouvoir laisser une carte de visite avec le nom d’un presbytère et dire « vous êtes bienvenus, là vous trouverez une communauté accueillante qui prie, qui loue, qui adore, qui priera pour vous, qui vous écoutera, aux côtés desquelles vous vous engagez pour transformer le monde, pour aider les pauvres. » C’est ça l’Eglise, non ? Je ne sais pas, peut-être que je me trompe !

Saint Augustin en BMW Z3

Souvent, au moment de partir, je propose aux gens de leur laisser une médaille de la Sainte Vierge. Difficile de leur donner un Evangile à cause de l’impression des mormons ou des témoins de Jéhovah, alors j’essaye de trouver des formules délicates comme par exemple « cela vous ferait plaisir que je vous offre un Nouveau Testament ? ». Alors les personnes qui me transportent sont beaucoup plus attentives. Je leur laisse mon nom et e-mail sur un papier que je glisse subrepticement dans le Nouveau Testament, pour le cas où ils auraient des questions…

Mais le plus souvent, je propose aux gens de leur envoyer un texte qui m’a semblé dans le vif du sujet, par e-mail : « Saint Augustin qui a écrit quelque chose de magnifique là-dessus, est-ce que ça vous ferait plaisir que je vous l’envoie ? ». Si les gens sont prêts à me laisses leur adresse, je leur dis simplement de m’écrire et que je leur envoi alors la page en question, sans faute. C’est ainsi que j’ai envoyé une très belle page de Saint-Augustin à quelqu’un qui m’a emmené en BMW Z3 jusqu’à Paris, en février dernier. Il m’a déposé devant chez mes parents alors qu’il devait s’arrêter plus tôt, il a donc fait un gros détour ! C’était un jeune pro de 25 ans qui gagnait beaucoup d’argent, nous avions beaucoup parlé de sa copine et cela rejoignait nombre de ses questions. Je lui laissé l’Evangile et il m’a dit « je le lirai ».

Il y a des gens, comme ça, tu leur laisses l’Evangile et ils te répondent tout simplement : « Ben je le lirai !… ». Et tu sais qu’ils le liront. C’est simple, non ?

En ce moment par exemple, ma prière pour ces personnes, c’est : « Notre Dame, met sur leur chemin un apôtre qui va leur faire tomber les écailles des yeux, et qui, dans l’Eglise, va lui faire rencontrer leur Seigneur. Amen. »

2 réflexions au sujet de « Notre Dame de l’Autostop, priez pour nous ! »

  1. Remy Cavailhez

    J’ai fais beaucoup d’auto-stop et je sais que ce dernier permet d’avoir des rapports privilégiés avec des inconnus. Mais j’ai fais d’autres rencontres en d’autres endroits d’une manière bien plus profondes et plus profitable que dans ces moments de co-voiturage.

    Notamment dans les séjours de vacances en groupe et en hébergement collectif. Les rencontres y sont multiples et les échanges, aprés trois ou quatre jours deviennent vraiment de qualité en raison de la fatigue accumulée et de la pression du groupe qui provoque un abandon de soi dés que l’on se retrouve seul.

    c’est à ce moment qu’une présence discrete peut faire passer un message qui ira droit au coeur s’il est bien exprimé. Je pense que vous feriez mieux de passer du temps a parler d’expériences de ce genre aux personnes en mesure de les vivre putôt que de parler de l’auto stop.

    Ceux qui viennent sur ce site veulent entendre parler de l’auto stop, pas du message du Christ. Vous riquez au mieu de provoquer de l’agacement et au pire une réaction de rejet.

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