La demande de mort n’est-elle pas d’abord une demande d’amour ?

Par Marie de Hennezel, psychologue clinicienne et psychanalyste en soins palliatifs, « Nous ne nous sommes pas dit au revoir », éd. Robert Laffont, 2000.

« Docteur ! Je veux mourir, j’en ai assez ! Ce n’est plus une vie ! » Cette demande est qualifiée un peu hâtivement d’euthanasie. Elle masque en fait une souffrance physique ou psychique qui pourrait être soulagée. C’est un appel au secours. Quand un malade dit : « Finissons-en ! », comment le comprendre ? « Finissons-en avec cette douleur, avec cette angoisse, avec cette solitude » ? (…)

Chez les personnes, le désir de vivre et le désir de mourir fluctuent constamment. Ils sont susceptibles de changer à tout moment, et notamment en fonction de la qualité des soins, de l’accompagnement ou de la disponibilité des familles. Lorsque la douleur ou la dépression sont traitées, la demande disparaît.

Mais la douleur ou la dépression ne sont pas seules en cause. La perte d’estime de soi, le sentiment d’être une charge pour son entourage, la honte d’avoir à offrir aux autres une image de soi dégradée engendrent, en effet, le sentiment que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue. « Ce n’est plus une vie ! », ou bien : « Je ne suis plus bon à rien », voilà comment les malades justifient leur désir d’en finir. Il s’agit d’une véritable dissolution du sentiment d’identité dans la douleur physique et la souffrance morale. Parce que son image se modifie, le malade a l’impression de n’être plus lui-même.

Ce peut-être d’autant plus fort que l’entourage, confronté à sa propre angoisse, ne sait pas toujours combattre ce sentiment de dépersonnalisation du malade. On sait combien cette souffrance-là, de se voir diminué, dépend aussi de la façon dont les malades se sentent considérés par leurs proches et par les soignants. Un malade diminué perçoit tout. Il sent les regards gênés, le malaise, le dégoût. Il a vite fait de comprendre le sens des visites qui s’espacent. La pudeur, la discrétion, une certaine humiliation, on trouve un peu tout cela dans la souffrance de celui qui préfère partir vite, pour ne pas déranger les autres.

Allons-nous le confirmer dans sa « non-valeur » en accédant à son souhait d’euthanasie ? Ce serait alors le faire mourir deux fois, nous dit Emmanuel Goldenberg (1) : symboliquement et réellement. « Symboliquement, en le laissant croire à sa déchéance et à l’inutilité de sa vie, réellement parce que cela conduit souvent à hâter la survenue de la mort naturelle… On tue ainsi le sentiment d’identité puis la personne elle-même. »

Ainsi, lorsque quelqu’un réclame la mort, est-ce cela qu’il désire profondément ? N’exprime-t-il pas, en sourdine, une toute autre demande : de relation, d’engagement, d’amour, que nous ne savons pas entendre ?

(1) Emmanuel Goldenberg, « Mort, Angoisse et Communication », 1er congrès de l’Association Européenne de Soins Palliatifs, octobre 1990, Paris.

Source : SOS Fin de vie

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