Au Vietnam, les chrétiens sont persécutés

Des événements graves se sont produits ce matin 19 septembre à l’intérieur de la propriété de l’ancienne Délégation apostolique à Hanoi, au Vietnam, annonce « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris (EDA).

Les forces de police y ont fait pénétrer de gros engins de chantier, qui, pour le moment, ont détruit le mur de clôture et certaines constructions à l’intérieur de la propriété. Prêtres et fidèles sont accourus sur les lieux. Dans l’après-midi, heure locale, Mgr Ngô Qiang Kiêt a solennellement protesté contre cette intrusion brutale dans une interview accordée à VietCatholic News.

Ce matin, de très bonne heure, au sortir de la première messe de la cathédrale de Hanoi, les fidèles se dirigeaient vers l’ancienne Délégation apostolique pour y prier devant la statue de la Pietà, comme ils en ont repris l’habitude depuis quelques jours. Ils en ont été empêchés par des forces de police, nombreuses, armées de matraques et de fusils, qui ont cerné le quartier de l’archevêché et bloqué les deux extrémités de la rue qui y mène (Phô nhà chung). C’est le général Nhanh, directeur de la police de la capitale, qui dirige directement les opérations. Les écoles du quartier n’ont pas ouvert leurs portes. Une série de gros engins ont été amenés dans la propriété de la Délégation apostolique, qui s’est alors transformée en chantier. A 9 h, le mur de clôture était totalement détruit sous les yeux des journalistes des médias officiels, rapidement avertis de l’opération.

La police empêche toute personne de s’approcher. Cependant, les fidèles ont commencé à affluer et à prier au bout de la rue menant à la Délégation apostolique. A 9 h 30, les fidèles étaient déjà nombreux. Avec l’ensemble des élèves du grand séminaire qui se sont joint à eux, ils chantaient la prière pour la paix, attribuée à saint François d’Assise. Beaucoup de prêtres de Hanoi sont également venus participer à la prière. Des appels aux catholiques de Hanoi et du pays ont été lancés.

Dans l’après-midi, les bulldozers semblaient avoir terminé leur tâche. Prêtres et laïcs ont continué leurs prières dans la rue. L’archevêque de Hanoi, Mgr Ngô Qiang Kiet, vient d’accorder une interview dans laquelle il qualifie la situation actuelle d’« extrêmement tendue ». Il a déclaré qu’il a refusé de se rendre, la veille, à une convocation des autorités qui devait lui annoncer leur décision irréversible concernant la Délégation apostolique. Le sentiment qui l’habite, a-t-il déclaré, est la tristesse de voir les autorités mettre un terme au dialogue par cet acte brutal. Il a affirmé une fois de plus que la Délégation apostolique était propriété de l’Eglise, et que celle-ci possédait les documents en faisant foi.

Les raisons de cette soudaine initiative de la police vietnamienne ne sont pas encore connues. Les premières manifestations de prière avaient commencé au mois de décembre 2007, après une lettre pastorale de l’archevêque de Hanoi invitant ses fidèles à prier pour la restitution de ce bien de l’Eglise. Les rassemblements de prière s’étaient achevés le 31 janvier, après une intervention du Vatican et la promesse faite par un représentant des autorités. Samedi dernier, 13 septembre, après une très longue interruption, une procession de prière de la cathédrale à la Délégation apostolique avait été organisée à l’issue de la messe. Celle-ci avait surpris la police qui était alors surtout occupée par les affaires de la paroisse de Thai Ha (1).

(1) Voir EDA 491.

Source : Zenit

5 réflexions au sujet de « Au Vietnam, les chrétiens sont persécutés »

  1. Pierre

    Bonjour,

    Pas si manichéenne que vous le dites la situation au Vietnam ! J’y habite, je suis catholique pratiquant, et je vis ma foi au quotidien. Il n’ y a pas systématiquement d’un côté les vilains communistes et de l’autre les gentils chrétiens…Connaissez-vous beaucoup de pays où il se construit autant d’églises ? Où les célébrations eucharistiques ont lieu jusque sur le parvis de la cathédrale, avec écran géant, car la nef est trop petite pour accueillir tout les croyants ? Où ont peu chanter l’Ave Maria en pleine rue, devant la statue de Marie, sans que la population alentour ne manifeste ni irrespect, ni intolérance ? Et que dire de cette ancienne église du Tam Dao, à 70 km de Hanoï, transformée en …salle de bal !!!, après 1954, et qui a de nouveau été consacrée comme lieu de culte, il y a 3 semaines !
    J’étais présent lors des événements du 19 Septembre. Il n’y pas eu de brutalités policières envers les catholiques présents, mais envers un journaliste américain qui couvrait l’événement. Sur ce plan on peut effectivement s’interroger sur la liberté d’information dans le pays…Avant de crier haro sur le baudet, il faut comprendre que cette affaire se déroule sur fond de désaccord immobilier, d’un terrain et d’un bâtiment inoccupé depuis 50 ans et revendiqué de façon forte depuis 2 ans !!! Que représente ce terrain, nullement consacré, pour les chrétiens de Hanoï ? Pourquoi autant de détermination de chaque parti pour en avoir le libre usage ? Pourquoi la municipalité de Hanoï, a-t-elle pris le risque de passer au yeux du monde comme l’antéchrist, dans une période où le pays s’efforce d’accueillir de plus en plus de touristes et de s’inscrire au rang des nations développées ? Serait-ce hérétique que d’imaginer un vulgaire conflit d’intérêt, sur fond de spéculation immobilière, qui tendrait à instrumentaliser le fait religieux, dans un pays où le prix du mètre carré flambe ? Si j’ai foi en Dieu, inconditionnellement, ma foi en l’homme est conditionnelle, fussent-ils des hommes d’Eglise ! Aujourd’hui je prie. Je prie, non pour que la justice divine punisse les méchants, mais pour que Dieu guide les uns et les autres vers un dialogue, dans le souci de la Vérité. Je prie surtout pour que l’indignation des chrétiens ne soit pas exacerbée par des incendiaires ignorants de la réalité de ce pays. Pays dans lequel « perdre la face » est inenvisageable. Or quelle issue positive peut-il y avoir, si d’un côté on crie au martyr en encourageant un comportement radical de protestation dure et que de l’autre, pour ne pas perdre la face, on s’arcboute sur une volonté farouche de ne pas céder un pouce de terrain ?
    N’oublions jamais que la communauté catholique au Vietnam, est la plus importante d’Asie, après les Phillippines. Je prie pour que cette communauté puise en elle la force d’être lucide et de ne pas se laisser compromettre par des discours belliqueux qui masqueraient d’autres intérêts que le seul droit à vivre pleinement sa foi.
    Pour terminer ce long commentaire, j’ajoute que je ne suis pas un thuriféraire du régime communiste, ni non plus des régimes dits démocratiques ou libéraux, et que je cherche toujours à comprendre ce que cache réelleement tel ou tel événement aussi dramatique soit-il.
    Non, le Vietnam n’est pas la Rome de Néron ! On n’assiste pas à une persécution de chrétiens, mais à un désaccord immobilier entre l’évêché et la municipalité de Hanoï. En France aussi, si en l’absence d’une décision de justice, des catholiques occupaient un lieu dont ils seraient prétendument propriétaires, les pouvoirs publics feraient appel aux force de police pour les faire évacuer. Direz-vous, alors que, en France , les catholiques sont persécutés ?
    Fraternellement à vous, dans la paix du Seigneur.
    Pierre

  2. Jean-Baptiste Maillard

    A Pierre :  et cela ci-dessous, qu’en pensez-vous ?

    ROME, Lundi 21 septembre 2008 (ZENIT.org) – A Hanoi, sous l’oeil indifférent
    de la police, de jeunes communistes accompagnés de voyous mènent une
    opération de provocation contre la paroisse de Thai Ha. « Eglises d’Asie »
    (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris, fait le point sur la
    situation.

    Dans la soirée et la nuit du 21 septembre, une opération de provocation,
    accompagnée de menaces de mort, de coups ayant entraîné des blessures, de
    destructions matérielles, a été conduite contre les religieux
    rédemptoristes, les catholiques et les lieux de culte de la paroisse de Thai
    Ha. L’agression a débuté à partir de 18 heures et s’est terminée aux
    alentours de 2 heures du matin par le blocus de tout le quartier. Elle a été
    essentiellement le fait d’un groupe de 500 jeunes, les uns en uniforme bleu
    des membres des Jeunesses communistes (1), les autres ayant toutes les
    apparences de voyous. Les forces de police, très nombreuses, ont laissé
    faire.

    En ce dimanche 21 septembre, les catholiques étaient venus si nombreux à la
    paroisse de Thai Ha qu’à chacune des six messes célébrées ce jour-là, une
    partie des fidèles a dû rester sur le parvis de l’église. Comme à
    l’accoutumée, l’assistance s’était ensuite rendue en procession sur le lieu
    de culte marial installé sur le terrain de la paroisse accaparé par l’Etat,
    pour y prier et se recueillir. Une centaine d’agents de la gendarmerie
    mobile était sur les lieux. Dans l’après-midi, un groupe de 200 membres des
    Jeunesses communistes en uniforme, chantant des chants communistes, a fait
    son apparition sur les lieux. A 18 heures, ils se tenaient en file le long
    du chemin jouxtant le sanctuaire. A côté d’eux, se tenaient d’autres jeunes
    buvant de l’alcool et manifestement ivres. Ils injuriaient les fidèles
    obligés de passer par cette route. Certains ont craché au visage des
    catholiques et les ont frappés. Les prêtres empruntant cette même route ont
    subi le même traitement. Aux alentours de 23 heures, les agresseurs sont
    allés renverser les tentes occupées par les gardiennes du sanctuaire. Une
    femme a été sérieusement blessée et transportée à l’église pour y être
    soignée. Les jeunes s’en sont pris alors à tous les passants. Peu à peu, la
    tension est montée.

    A 23 h 30, les agresseurs, à savoir les jeunes en uniforme et les voyous,
    sont au nombre de 500. Les prêtres rédemptoristes conseillent à la foule se
    disperser, mais il reste des fidèles dans l’église et dans le lieu de culte
    marial. Le système téléphonique est entièrement paralysé. Les agresseurs
    sont rassemblés devant l’église menaçant de défoncer les portes. Ils jettent
    des pierres à l’intérieur. Le couvent des rédemptoristes est encerclé. La
    police se tient à l’écart sans rien faire. Les perturbateurs hurlent devant
    la porte du couvent : « A mort, à mort, à mort l’archevêque Kiêt ! ». « A
    mort le prêtre Phung ! » (supérieur de la communauté rédemptoristes de Thai
    Ha). Mais les portes sont fermées et les religieux ne se montrent pas.

    Les observateurs l’ont constaté, des témoins l’ont souligné : les gendarmes
    mobiles, très nombreux, encerclant les lieux, ont regardé la scène d’un oeil
    indifférent, pour ne pas dire bienveillant. Selon le communiqué du
    secrétariat provincial des rédemptoristes, à 2 heures du matin le calme
    était revenu. Mais toutes les routes menant à l’église et au couvent des
    religieux étaient bloquées. Des gendarmes postés à tous les carrefours
    interdisaient le passage aux fidèles voulant se rendre sur les lieux.

    Depuis le début des manifestations de prière au mois de janvier de cette
    année dans la paroisse des rédemptoristes, plusieurs provocations ont déjà
    eu lieu. Le 31 août, des gaz lacrymogènes avaient été utilisés à un certain
    endroit du sanctuaire. Le recours aux voyous est une méthode de répression
    classique des autorités communistes. Ces dernières années, elle a été
    employée à plusieurs reprises contre des militants démocratiques.

    (1) C’est ainsi que les désigne un communiqué du secrétariat provincial
    des rédemptoristes paru dans la matinée du 22 septembre. D’autres dépêches
    de VietCatholic News les appellent « les jeunes étudiants volontaires ».

  3. Pierre

    Bonjour,
    Je vous l’ai dit, je ne suis pas un thuriféraire du régime communiste, et je réprouve totalement les provocations qui ont eu lieu, et celles qui auront encore lieu dans les jours à venir. C’est le premier acte d’une montée progressive de l’enchaînement : provocation-réaction-alibi pour réprimer. Oui, la police n’a pas bougé, mais il fallait s’y attendre, compte-tenu de l’environnement politique ! Ceci étant, cette méthode est utlisée aussi dans de nombreux pays d’extrême-droite. Ce que je regrette et continue à critiquer c’est l’amalgame qui est fait entre un contentieux éminement politique, et l’instrumentalisation de la religion. Je réprouve le fait que l’on se serve de la Foi pour une revendication immobilière, surtout quand on sait que cette revendication n’a aucune chance d’aboutir ! Supposons simplement que la municipalité accepte de rendre le terrain à l’Eglise, immédiatement derrière apparaîtront les revendications des bouddhistes qui réclameront les terrains dont ils ont été spoliés, puis ce sera le tour des protestants, des cao daïstes etc… et plus largement de toutes les associations ou organisations qui estimeront que le Vietnam doit leur rendre des biens confisqués il y a près de 60 ans ! Impossible pour un état quel qu’il soit de rentrer dans cette spirale. En France, combien de biens de l’Eglise, confisqués à la révolution ou dans la période 1900 – 1905, ont été rendus à l’Eglise ? J’avoue, en tant que fidèle, ne pas comprendre l’acharnement des autorités ecclésiastiques de Hanoï, pour ces terrains, qui ne sont nullement des terrains de culte, après plus d’un demi-siècle !? J’avoue ne pas comprendre pourquoi l’occupation d’un terrain a eu lieu le jour de l’Assomption ? J’avoue ne pas comprendre pourquoi la hiérarchie religieuse a brusquement fait monter la tension au mois d’Août, juste après un séjour de l’archevêque à l’étranger. J’avoue ne pas comprendre pourquoi ce pays étranger a immédiatement protesté, au nom de la liberté de religion, alors, et j’insiste, qu’il est question de biens immobiliers et non de pratique religieuse. Il y a dans cette affaire bien trop de points obscurs ! Et aujourd’hui, comme vous, comme tous les chrétiens du monde , je souffre pour les violences subies par mes frères et soeurs transformées en victimes au nom d’intérêts particuliers. Oui, maintenant il y a de la violence à Hanoï. Les chiens sont lâchés, mais qui a joué les incendiaires ? Quand on connaît l’Asie, quand on connaît le Vietnam, on sait bien que la voie du rapport de force direct est voué à l’échec ! Et dans ce rapport de force, quelle issue reste-t-il ? De toute façon ce sont les catholiques qui en seront victimes, et on pourra alors crier à la persécution…Est-ce que fabriquer des martyrs c’est faire acte de foi ?
    Je prie pour que les hommes retrouvent leur raison, mais surtout pour qu’une issue rapide soit trouvée, car à l’heure où je vous écrit , ce sont des hommes et des femmes qui souffrent dans leur chair, sans compter la « chasse aux sorcières » qui s’ensuivra inéluctablement par la suite, loin de tout les médias occidentaux.
    Nous, nous sommes sur place, et nous continuerons à vivre l’Evangile au quotidien, mais dans quelles conditions ?
    Fratenellement.
    Pierre

  4. Jean-Baptiste Maillard

    > A Pierre : Vous êtes mal informés, il s’agit d’une spoliation des biens de l’Eglise (lire ici), et de provocation de la part du régime (lire ici et plus haut). Lisez l’AFP ! Nous avons des amis là-bas dans des ONG qui sont interrogés par la police en ce moment même, et pressés de quitter le pays, tout action caritative devenant synonyme d’objectif politique. Il s’agit donc bien de persécution, comme je l’ai écrit et continuerai de l’écrire. Merci de ne pas faire pression sur nous non plus, nous avons déjà assez de mal comme ça.

  5. pierre

    Puisque telle est votre volonté, je ne ferais plus pression sur vous, bien que ce ne fut jamais mon intention. Seules deux dernières remarques : l’information objective n’existe pas, ce n’est que l’angle de perception de chacun ou de plusieurs qui construit l’information. Sur ce point, je ne doute pas que vous ayez des informations, autant que moi je peux en avoir par ailleurs. Et, je regrette que des ONG, réellement caritatives payent pour d’autres qui , sous couvert humanitaire agissent sur le plan politique.
    Je ne ferais plus de commentaire sur la notion de « persécution religieuse », et me contenterai, moi qui suis sur place de vivre l’évangile le mieux possible. Dernier détail : ma famille vietnamienne est catholique, mon beau-frère séminariste…Je pense donc parler aussi en connaissance de cause.
    Prions ensemble pour que la situation actuelle n’empire pas.
    Pierre

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