Benoît XVI pour la Journée Mondiale des Missions 2008 : « Etre serviteurs et apôtres du Christ Jésus »

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A l’occasion de la Journée Mondiale des Missions, qui aura lieu le 19 octobre prochain, le pape Benoît XVI nous invite à réfléchir sur l’urgence qui demeure d’annoncer l’Evangile à notre époque. Le mandat missionnaire continue d’être une priorité absolue pour tous les baptisés, appelés à être « serviteurs et apôtres du Christ Jésus » en ce début de millénaire.

Message du Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale des Missions 2008

Chers frères et sœurs,

A l’occasion de la Journée Mondiale des Missions, je voudrais vous inviter à réfléchir sur l’urgence qui demeure d’annoncer encore l’Evangile à notre époque. Le mandat missionnaire continue d’être une priorité absolue pour tous les baptisés, appelés à être « serviteurs et apôtres du Christ Jésus » en ce début de millénaire.

Mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Paul VI, affirmait déjà, dans l’Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi que : « évangéliser est la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde » (n° 14). Comme modèle de cet engagement apostolique, je voudrais indiquer en particulier saint Paul, l’Apôtre des gentils, puisque nous célébrons cette année un jubilé spécial qui lui est consacré. C’est l’Année Paulinienne qui nous offre l’opportunité de nous familiariser avec cet insigne Apôtre, qui eut pour vocation de proclamer l’Evangile aux Gentils, selon ce que le Seigneur lui avait annoncé : « Va, c’est au loin, vers les païens, que moi, je veux t’envoyer » (Ac 22, 21). Comment ne pas saisir l’occasion offerte par ce jubilé spécial aux Eglises locales, aux communautés chrétiennes et aux fidèles individuellement, pour propager jusqu’aux frontières les plus reculées du monde l’annonce de l’Evangile, puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit (Rm 1, 16) ?

1. L’humanité a besoin de libération

L’humanité a besoin d’être libérée et rachetée. La création elle-même – dit saint Paul – souffre et nourrit l’espoir d’entrer dans la liberté des enfants de Dieu (cf. Rm 8, 19-22). Ces paroles sont également vraies dans le monde d’aujourd’hui. La création souffre. L’humanité souffre et attend la vraie liberté, elle attend un monde différent, meilleur ; elle attend la « rédemption ». Et, au fond, elle sait que ce monde nouveau attendu suppose un homme nouveau, suppose des « enfants de Dieu ». Voyons de plus près la situation du monde d’aujourd’hui. Si, d’une part, le panorama international présente des perspectives de développement économique et social prometteur, de l’autre, il offre à notre attention de fortes préoccupations en ce qui concerne l’avenir même de l’homme. La violence, dans de nombreux cas, caractérise les relations entre les individus et les peuples ; la pauvreté opprime des millions d’habitants ; les discriminations et, parfois même, les persécutions pour motifs raciaux, culturels et religieux poussent beaucoup de gens à fuir leurs pays pour chercher ailleurs refuge et protection ; le progrès technologique, lorsqu’il n’est pas finalisé à la dignité et au bien de l’homme, ni ordonné à un développement solidaire, perd sa potentialité de facteur d’espérance et risque même plutôt d’aiguiser les équilibres et les injustices déjà existantes. En outre, une constante menace existe au sujet du rapport homme-environnement à cause de l’usage aveugle des ressources, entraînant des répercussions sur la santé physique et mentale de l’être humain. L’avenir de l’homme est ensuite soumis au risque des attentats contre sa vie, attentats qui revêtent diverses formes et modalités.

Face à ce scénario, « une inquiétude nous saisit et nous nous interrogeons avec un mélange d’espoir et d’angoisse » (cf. Const. Gaudium et Spes, 4) et, préoccupés, nous nous demandons : « Qu’en sera-t-il de l’humanité et de la création ? Y a-t-il une espérance pour l’avenir ou, mieux encore, existe-t-il un avenir pour l’humanité ? Et comment sera cet avenir ? La réponse à ces interrogations, pour nous, chrétiens, provient de l’Evangile. Le Christ est notre avenir et, comme je l’ai écrit dans la Lettre encyclique Spe Salvi, son Evangile est communication qui « change la vie », donne l’espérance, ouvre toute grande la porte du temps et illumine l’avenir de l’humanité et de l’univers (cf. n° 2).

Saint Paul avait bien compris que l’humanité ne peut trouver la rédemption et l’espérance que dans le Christ. C’est pourquoi il ressentait, impérieusement et avec urgence, la mission d’« annoncer la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus » (2 Tm 1, 1), « notre espérance » (1 Tm 1, 1), pour que tous puissent participer au même héritage et avoir part à la promesse par le moyen de l’Evangile (cf. Ep 3, 6). Il était conscient que privée du Christ, l’humanité est « sans espérance et sans Dieu dans le monde – (Ep 2, 12) sans espérance parce que sans Dieu » (Spe Salvi, 3). En effet, « celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l’existence (cf. Ep 2, 12) » (Ibid., 27).

2. La Mission est une question d’amour

C’est donc un impérieux devoir pour tous d’annoncer le Christ et son message salvifique. « Malheur à moi – affirmait saint Paul – si je n’annonçais pas l’Evangile » (1 Co 9, 16). Sur le chemin de Damas, il avait fait l’expérience et compris que la rédemption et la mission sont l’œuvre de Dieu et de son amour. L’amour du Christ le conduisit à parcourir les routes de l’Empire romain comme héraut, apôtre, propagateur, maître de l’Evangile, dont il se proclamait « ambassadeur dans les chaînes » (Ep 6, 20). La charité divine le rendit « tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns » (1 Co 9, 22). En considérant l’expérience de saint Paul, nous comprenons que l’activité missionnaire est une réponse à l’amour par lequel Dieu nous aime. Son amour nous rachète et nous aiguillonne vers la missio ad gentes ; c’est l’énergie spirituelle capable de faire grandir dans la famille humaine l’harmonie, la justice, la communion entre les personnes, les races et les peuples, auxquelles tous aspirent (cf. Benoît XVI, Enc. Deus Caritas Est, 12). C’est donc Dieu, qui est Amour, qui conduit l’Eglise vers les frontières de l’humanité et qui appelle les évangélisateurs à s’abreuver « à la source première et originaire qui est Jésus Christ, du cœur transpercé duquel jaillit l’amour de Dieu » (Deus Caritas Est, 7). Ce n’est qu’à partir de cette source que l’on peut puiser l’attention, la tendresse, la compassion, l’accueil, la disponibilité, l’intérêt pour les problèmes des gens, et les autres vertus nécessaires aux messagers de l’Evangile pour tout quitter et se consacrer entièrement et inconditionnellement à la diffusion dans le monde du parfum de la charité du Christ.

3. Toujours évangéliser

Alors que la première évangélisation reste nécessaire et urgente dans de nombreuses régions du monde, le manque de clergé et de vocations affligent aujourd’hui divers diocèses et Instituts de vie consacrée. Il est important de réaffirmer que, malgré la présence de difficultés croissantes, le mandat du Christ d’évangéliser tous les peuples demeure une priorité. Aucune raison ne peut en justifier un ralentissement ou une stagnation, car « le mandat d’évangéliser tous les hommes constitue la vie et la mission essentielle de l’Eglise » (Paul VI, Exhort. ap. Evangelii Nuntiandi, 14). Mission qui « en est encore à ses débuts et nous devons nous engager de toutes nos forces à son service » (Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Missio, 1). Comment ne pas penser ici au Macédonien qui, étant apparu en songe à Paul, criait : « Viens en Macédoine et aide-nous » ? Ils sont nombreux aujourd’hui ceux qui attendent aujourd’hui l’annonce de l’Evangile, ceux qui ont soif d’espérance et d’amour. Ceux qui se laissent interpeller à fond par cette demande d’aide qui se lève de l’humanité quittent tout pour le Christ et transmettent aux hommes la foi et l’amour pour Lui ! (cf. Spe Salvi, 8).

4. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile (1 Co 9, 16)

Chers frères et sœurs, « duc in altum » ! Prenons le large sur la vaste mer du monde et, suivant l’invitation de Jésus, jetons sans peur nos filets, confiants en son aide constante. Saint Paul nous rappelle que prêcher l’Evangile n’est pas un titre de gloire (cf. 1 Co 9, 16), mais un devoir et une joie. Chers frères Evêques, suivant l’exemple de Paul, que chacun se sente « prisonnier du Christ à cause des païens » (Ep 3, 1), en sachant qu’il peut compter, dans les difficultés et dans les épreuves, sur la force qui nous vient de Lui. L’évêque est consacré non seulement pour son diocèse, mais pour le salut du monde entier (cf. Enc. Redemptoris Missio, 63). Comme l’apôtre Paul, il est appelé à se pencher vers les lointains qui ne connaissent pas encore le Christ ou qui n’ont pas encore fait l’expérience de son amour libérateur ; ses efforts doivent tendre à rendre missionnaire toute la communauté diocésaine, en contribuant volontiers, selon les possibilités, à envoyer des prêtres et des laïcs à d’autres Eglises pour le service de l’évangélisation. La mission ad gentes devient ainsi le principe unificateur et convergent de toute son activité pastorale et caritative.

Vous, chers prêtres, premiers collaborateurs des évêques, soyez des pasteurs généreux et des évangélisateurs enthousiastes ! Beaucoup d’entre vous, ces dernières décennies, se sont rendus dans les territoires de mission à la suite de l’Encyclique Fidei Donum, dont nous avons récemment commémoré le 50e anniversaire et par laquelle mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Pie XII, donna une impulsion à la coopération entre les Eglises. J’espère que cette tension missionnaire ne faiblira pas dans les Eglises locales, malgré le manque de clergé qui afflige beaucoup d’entre elles.

Et vous, chers religieux et religieuses, marqués par vocation par une forte connotation missionnaire, portez l’annonce de l’Evangile à tous, en particulier à ceux qui sont loin, grâce à un témoignage cohérent du Christ et à une sequela radicale de son Evangile.

Chers fidèles laïcs, vous êtes tous appelés à prendre part à la diffusion de l’Evangile, d’une manière toujours plus importante, vous qui œuvrez dans les différents milieux de la société. Un aréopage complexe et multiforme à évangéliser s’ouvre ainsi devant vous : le monde. Témoignez par votre vie que les chrétiens « appartiennent à une société nouvelle, vers laquelle ils sont en chemin et qui, dans leur pèlerinage, est déjà anticipée » (Spe Salvi, 4).

5. Conclusion

Chers frères et sœurs, que la célébration de la Journée Mondiale des Missions vous encourage tous à prendre à nouveau conscience de l’urgente nécessité d’annoncer l’Evangile. Je ne peux pas ne pas relever avec une vive satisfaction la contribution des Œuvres Pontificales Missionnaires à l’action évangélisatrice de l’Eglise. Je les remercie pour le soutien qu’elles offrent à toutes les Communautés, en particulier aux plus jeunes d’entre elles. Elles constituent un instrument valide pour animer et former le Peuple de Dieu sous l’aspect missionnaire et elles alimentent la communion des personnes et des biens entre les diverses parties du Corps mystique du Christ. Que la collecte qui est effectuée dans toutes les paroisses au cours de la Journée Mondiale des Missions soit un signe de communion et de sollicitude mutuelle entre les Eglises. Enfin, que s’intensifie toujours davantage au sein du peuple chrétien la prière, indispensable moyen spirituel pour répandre parmi tous les peuples la lumière du Christ, « lumière par antonomase » qui éclaire « les ténèbres de l’histoire » (Benoît XVI,  »Spe Salvi’,’ 49). Tout en confiant au Seigneur le travail apostolique des missionnaires, des Eglises dispersées dans le monde et des fidèles engagés dans diverses activités missionnaires, et en invoquant l’intercession de l’apôtre Paul et de la Très Sainte Vierge Marie, « la vivante Arche de l’Alliance », Etoile de l’évangélisation et de l’espérance, j’impartis à tous ma Bénédiction apostolique.


Source : ESM et VIS – 12 juillet 2008

Une réflexion au sujet de « Benoît XVI pour la Journée Mondiale des Missions 2008 : « Etre serviteurs et apôtres du Christ Jésus » »

  1. aurélie

    j’aimerais énormément rencontrer le Pape. Chaque jour j’y pense et chaque jour je me dis qu’il faut être patient ! Mais combien de temps devrais-je encore attendre ? Je ne suis encore qu’une enfant mais ma foi est plus forte que tout !

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