Une année pour le Christ

Pas spécialement charismatique, issue d’une famille catholique « standard » de la paroisse de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Claire van Parys a franchi le pas pour rejoindre pendant un an l’école d’évangélisation de Paray-le-Monial. Portrait paru dans le numéro du 13 octobre de l’Homme Nouveau et dont voici la version longue.

Un désir d’intimité avec le Christ. C’est ce qui a poussé Claire à partir, plus que la nécessité de se former à l’évangélisation. Après deux années d’études grâce auxquelles Claire a obtenu un Deug, c’était un bon moment dans son cursus. Elle ne savait pas vers quoi se diriger ensuite et elle ressentait l’envie de vivre une expérience forte avec le Christ. C’était un désir encore un peu flou, enfoui depuis plusieurs années, qui a fini par s’imposer à elle : « j’ai eu cette idée au cours d’une session à Paray-le-Monial, raconte-elle. Je me suis dit « ça, c’est un truc que tout le monde doit vouloir faire ! », mais je me suis vite rendue compte qu’autour de moi j’étais un peu la seule… alors j’ai compris que c’était comme un appel qui me correspondait ! ».

Tous ses amis ont cru qu’elle partait au couvent, même s’ils ne lui ont pas dit ainsi. Ses parents, pourtant catholiques pratiquants et engagés, n’étaient pas très favorables. « Ils ne m’ont pas encouragée dans cette voie, mais ils ne m’ont pas dissuadée non plus, car ils se sont dit avec sagesse que si cela devait se faire, cela viendrait en temps utile. Un peu grâce à la providence, j’ai rencontré à plusieurs reprises des amies d’amis ayant fait l’école d’évangélisation de Paray-le-Monial et cela m’a aidé à prendre ma décision. Une fois qu’elle était prise, c’était plus facile ! » Sur le plan matériel, ses parents, ses proches et ses amis ont financé la moitié de son année, l’école se chargeant du reste.

Claire n’avait pas de but précis en partant pour Paray le Monial, mais l’envie certaine de vivre une année forte sur le plan spirituel. « Ce n’était pas tant la formation (je n’avais pas d’idée précises de son contenu) ni la mission qui m’attirait, mais vraiment la prière et l’intimité avec le Seigneur. Bien sûr j’étais contente par la suite de partir en mission : j’ai compris plus tard que la mission était le fruit de l’adoration. »

Pas de message fort à retenir, mais une progression personnelle sur voie rapide

« Au-delà du message, l’important c’est ce que nous vivions, explique-t-elle. C’était comme une prépa – non pas dans le sens élitiste car une telle école est accessible à tous – mais dans le sens où l’on progresse vite, un peu comme sur une autoroute : on avance à 130 km/h, tous les moyens sont réunis pour se rapprocher rapidement du Seigneur, libre ensuite à chacun d’en faire ce qu’il veut. »

Pour les y aider, les jeunes ont une demi-heure de louange le matin suivie d’une heure d’adoration. Ensuite, viennent les cours de 9h45 à 12h30, puis de 15h30 à 17h30. A 18h00, la messe, et à 21h45 la prière du soir, facultative.

Cette année-là, ils étaient dix-huit étudiants, dont neuf de nationalité étrangère : deux chinoises, un roumain, un brésilien, deux belges, un haïtien, une hollandaise et une hongroise. Constitués en maisonnées – des groupes non-mixtes qui logent séparément – les jeunes bénéficient d’un soir de partage en maisonnée chaque semaine, et toutes les trois semaines d’un chapitre où tout le monde se retrouve. Avec eux pour les encadrer, une équipe d’animation composée de quatre personnes, deux prêtres et deux laïcs, dont un homme et une femme.

Sur le plan personnel, Claire ajoute : « c’était la même année pour tous, les mêmes veillées de prières ensemble au même moment, les mêmes temps de mission, les mêmes instants du quotidien, mais c’était une année vécue d’une façon particulière pour chacun de nous, suivant nos sensibilités propres et les différents horizons d’où nous venions. Nous n’avons donc pas tous vécu la même chose, chacun a retiré des grâces particulières. Logique : aux yeux du Seigneur, chacun de nous est unique ! »

Les temps forts de l’année, de la semaine d’intégration aux missions

Le groupe a commencé l’année par dix jours à l’Ile-Bouchard afin de « poser notre engagement devant le Seigneur ». Ultime discernement, explique Claire : « on tente de vérifier qu’on a fait les bons choix, en regardant par exemple quels les raisons pour lesquelles il ne faut pas s’engager… »

D’autres temps forts suivent pendant l’année. Plusieurs missions ont lieu dans les écoles primaires avec une pièce de théâtre, puis trois grandes missions sont successivement lancées. Comme chaque année, ils partent pour de nouvelles destinations : cette fois c’est Vannes, Rennes et Le Mans. Pendant ces missions de dix jours, plusieurs veillées ouvertes à tous sont organisées. Une veillée mariale avec procession, une veillée pour les jeunes, une « veillée miséricorde » avec adoration et confession, et une « veillée de quartiers » où les paroissiens invitent leurs voisins. Là, deux jeunes doivent témoigner en public. « Même si c’est facile de témoigner quand on ne connaît pas les gens, il faut tout de même sacrément se mouiller ! », raconte-t-elle.

Des rencontres très fortes

Les jeunes font des rencontres personnelles édifiantes. « Ces rencontres nous édifient car les questions qu’on nous pose soulèvent beaucoup de choses en nous-même. Un non-croyant qui te parle à cœur ouvert c’est aussi un témoignage car cela te ramène à ta propre misère. Ce n’est pas parce qu’on la grâce d’être fidèle qu’on est immunisé ! Au contraire, il peut y avoir un certain orgueil à étaler sa « science ». De plus, les grandes théories n’intéressent personne, mieux vaut ne pas répondre que faire comme si on savait tout. Ces rencontres personnelles sont fortes aussi parce qu’on continue de porter dans nos cœurs et dans la prière la personne qui s’est confiée à nous. »

Des exemples de conversion, Claire n’en a pas à raconter. En cherchant un peu, elle se souvient pourtant d’une de ses rencontres : « un jour une fille dans un lycée avait comme le besoin de faire un pas vers le Seigneur, je lui ai simplement conseillé le chapelet, elle m’a écrit plus tard qu’elle le disait désormais chaque jour… ». Elle ajoute aussitôt : « mais le Seigneur fait bien les choses, on est facilement orgueilleux des rencontres où les gens se convertissent : c’est rarement ainsi, la plupart du temps on ignore la suite ! Tout cela reste très mystérieux. On revient toujours grandi de mission –et fatigué !-, c’est tout ce que je sais ! »

Une formation sous l’angle de l’évangélisation

La formation dispensée est pluridisciplinaire. « Il y a des thèmes très variés comme la vie affective, les saints, les chemins de la vie chrétienne, etc. Ce qui est bien, c’est que chacun de ces thèmes est étudié ensuite par rapport à la mission : comment, en situation d’évangélisation, aborder ces sujets ? Qu’est-ce qui va choquer ? Qu’est-ce qui peut être mal compris ? Claire ajoute qu’avant les premières missions, ils ont joué des simulations pour essayer de se rendre compte des réactions que peuvent avoir les non-croyants face à des évangélisateurs zélés. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, nous n’avons pas appris à répondre précisément aux questions : après ce que nous enseigne l’Eglise, chacun a sa réponse. Derrière chaque question posée par un non-croyant, il y a autre chose de plus profond, il a quelque chose de son histoire. A nous d’adapter notre réponse, dire qu’on ne sait pas quoi répondre ou témoigner de sa propre expérience avec simplicité. »

L’apprentissage de la charité avant tout

Quand on lui demande quelle est la part de théorie et de pratique, Claire nous répond sans hésiter : « l’enseignement est 100% pratique : la charité entre nous, c’est notre apprentissage ! ». Dans l’exercice de cette charité se trouvent aussi les plus beaux moments de l’année de Claire : ”« avec cette charité on peut partir vers les autres : pas question de vouloir aller vers les autres pour proclamer l’amour si déjà entre nous nous ne vivons pas d’amour et de charité ! Et ce n’est pas facile… » ‘ ‘ La vie en communauté, un chemin de sainteté ? Pour Claire, lorsqu’on va vers un inconnu, « ce n’est pas pour lui faire la morale, mais c’est pour l’accueillir comme un frère, d’où un témoignage qui doit être en adéquation avec ce qu’on vit entre nous. En arrivant dans les paroisses, nous sentions notre misère malgré une certaine « aura » du fait de notre engagement : l’épine dans le pied est notre sacrifice, nos difficultés quotidiennes à vivre avec nos frères. Ainsi l’école d’évangélisation est une école de vie, parce qu’elle nous pose la question « qu’est-ce que je fais de ma vie ? ». C’est une expérience forte de se demander « pourquoi je vis ? » car cela nous amène à « comment je vis ? »… mais je crois qu’il faut se poser ces questions toute la vie… »

Une renaissance intérieure

Claire n’est pas sortie indemne de cette expérience. « Je n’ai pas eu de déception même si au bout de trois mois, le « tout est beau » du début s’est transformé en « réalité quotidienne » : on commence alors à entrer dans le vif du sujet ! Cette année était donc une expérience forte vécue dans le quotidien. Au bout du chemin, une renaissance. Si pour beaucoup d’entre nous il y a un « avant Paray » et un « après Paray », pour moi cela rentrait plus dans une logique spirituelle. Tu reviens avec des bases solides, des moyens, des clefs, des réflexes pour vivre avec le Seigneur chaque jour. Grâce à la vie en communauté j’ai appris plein de petits réflexes ou comment mieux conduire ma vie, comme à 130 km/h sur l’autoroute ! »

En guise d’expérience forte, Claire a été comblée au-delà de ses espérances : « Nos frères n’étaient pas des personnes que nous avions choisis, mais j’ai gardé un lien de fraternité avec tous et un lien d’amitié plus profond avec certains d’entre eux. A la fin, nous nous connaissions sur le bout des doigts, à tel point que nous pouvions imiter les manières de chacun sans difficulté. On savait même qui entrait dans la chapelle à sa façon d’ouvrir et de refermer la porte derrière lui ! »

Claire nous confie s’être transformée spirituellement mais surtout humainement. Aujourd’hui, elle n’est toujours pas une grande meneuse mais elle a participé à des activités de louange et d’évangélisation à Angers, où elle a continué sa scolarité dans une école de communication. Et d’ajouter : « Il a bien fallu ensuite que je reprenne une vie normale, limitée en temps ! Comment rester fidèle au Seigneur après la radicalité vécue en école, c’est la question que je me pose toujours ».

A ceux qui voudraient partir…

A un jeune qui se pose la question de partir pour un an dans une école d’évangélisation, Claire répond : « si ce désir naît en toi, il faut que tu lui donnes sa chance. L’évangélisation est un appel à vivre la sainteté, mais ce qui compte c’est le témoignage plus que l’évangélisation elle-même, car le témoignage te construit. Le partage te renvoie à ce que tu es et l’on se porte les uns les autres. Ainsi ton frère non-croyant te fait aussi grandir dans la foi ! ».

L’évangélisation n’est pas pour moi ? Pour elle, nous sommes tous appelés à l’évangélisation, « mais pas de la même façon et pas au même moment » . « Tout le monde ne peut pas se jeter dans l’évangélisation et le témoignage de ce qu’il vit, mais en règle générale j’ai constaté que ceux qui se jettent à l’eau au bon moment ne sont pas déçus : c’est plus facile que ce que l’on croit ! Et si il est parfois difficile de se mettre en route, c’est qu’on doit toujours se combattre soi-même pour partir… »

« Ceux qui font l’école de Paray-le-Monial sont des « pauvres » car beaucoup vivent une vie d’évangélisation sans « devoir » passer par l’école ! « L’après-l’école » est à apprivoiser, le retour à la « vie normale » nécessite de s’ajuster. Trois ans après, je ressens toujours l’importance de la prière comme celle du témoignage à adapter avec mon rythme de travail, mon environnement et mon évolution personnelle… Curieux engagement que celui de cette année à Paray-le-Monial. Il reste tout aussi mystérieux que lorsque le désir de l’école d’évangélisation est né dans mon cœur. »

« Qui regarde vers lui resplendira sans ombre ni trouble au visage » (Psaume 33,6).


L’école d’évangélisation de Paray a été créée il y a 20 ans par un prêtre de la communauté de l’Emmanuel. Ecole Internationale de Formation et d’Evangélisation, Maison des Saints-Anges, 21, rue du 8 mai 71600 Paray-le-Monial. Tél : +33 (0)3 85 81 56 38

Emmanuel.info

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