« Parler de Dieu avec la culture laïque ? » Réponse de Benoît XVI

Le 7 février dernier, le pape Benoît XVI recevait les curés et le clergé du diocèse de Rome pour la rencontre traditionnelle du début de Carême. La rencontre s’est déroulée sous forme de questions-réponses, voici la 8ème de la série, intitulée « Parler de Dieu avec la culture laïque ? ».

Père Paolo Tammi, curé de San Pio X, enseignant de religion – Je souhaite vous présenter mes remerciements, entre autres, pour la peine et la passion avec lesquelles vous avez écrit votre livre sur Jésus de Nazareth, un texte qui, comme vous l’avez vous-même dit, n’est pas un acte du magistère mais le fruit de votre recherche personnelle. Vous avez contribué à ramener la personne de Jésus Christ au cœur du christianisme et vous contribuez et contribuerez encore à faire patiemment justice à la vision partielle de l’événement chrétien, comme la vision politique dans laquelle j’ai passé la majeure partie de mon adolescence, comme tous les gens de mon âge, ou à celle moralisante, un peu trop insistante à mon avis dans la prédication catholique, et enfin celle que vous vous plaisez à définir démystifiante de la figure de Jésus Christ, comme celle de certains maîtres à penser laïcs qui – ce n’est pas surprenant en vérité – s’intéressent tout à coup aujourd’hui au Fondateur du christianisme et de ses vicissitudes humaines pour en nier l’historicité ou pour attribuer sa divinité à une fantaisie de l’Eglise apostolique. Votre Sainteté, en revanche, n’a de cesse de nous enseigner que Jésus est vraiment tout ; que de Lui, homme et Dieu, on ne peut que tomber amoureux, ce qui n’est pas la même chose que de prendre la carte du parti, si on admet qu’il existe, ou s’abreuver de paroles pour sauver une identité culturelle. Je me limiterais à ajouter que dans un contexte laïc comme celui de l’école, où les motivations historiques et philosophiques pour ou contre la religion ont évidemment leur place légitime, je vois tous les jours les jeunes tenir leurs émotions à distance, alors que je les ai vus remplis d’émotion à Assise, où je les ai conduits il y a quelques jours, en écoutant le témoignage passionné d’un jeune frère mineur. Je vous le demande : comment la vie d’un prêtre peut-elle se passionner toujours plus pour l’essentiel qui est Jésus l’époux ? Et aussi : à quoi voit-on qu’un prêtre est amoureux de Jésus ? Je sais que Votre Sainteté a déjà répondu plusieurs fois à cette question, mais votre réponse peut certainement nous aider et nous encourager à reprendre espérance. Je vous remercie d’y répondre de nouveau en compagnie de vos prêtres.

Benoît XVI – Comment puis-je corriger les curés qui travaillent aussi bien ! Nous ne pouvons que nous aider réciproquement. Vous connaissez donc ce monde laïc avec une distance non seulement intellectuelle mais surtout émotive, du point de vue de la foi. Et nous devons, en fonction des circonstances, chercher le moyen de créer des ponts. Il me semble que les situations sont difficiles mais vous avez raison. Nous devons toujours penser : qu’est-ce que l’essentiel ? Même si ensuite le point où l’on introduit le kérygme, le contexte et la manière de faire peuvent varier. Mais la question doit toujours être: qu’est-ce que l’essentiel ? Que nous faut-il découvrir ? Que voudrais-je donner ? Et ici je répète sans cesse : l’essentiel, c’est Dieu. Si nous ne parlons pas de Dieu, si Dieu ne se découvre pas, nous restons toujours à des choses secondaires. Il me semblerait donc fondamental qu’on se pose au moins cette question : est-ce que Dieu existe ? Et comment pourrais-je vivre sans Dieu ? Dieu est-il vraiment une réalité importante pour moi ?

Pour moi, le fait que le Concile Vatican I ait voulu justement nouer ce dialogue, comprendre Dieu avec la raison, m’impressionne toujours – même si dans la situation historique dans laquelle nous nous trouvons, nous avons besoin que Dieu nous aide et purifie notre raison. Il me semble qu’on essaye déjà de répondre à ce défi du monde laïc, avec Dieu comme question fondamentale, et Jésus Christ, comme la réponse de Dieu. Je dirais naturellement qu’il y a les preambula fidei, qui sont peut-être le premier pas pour ouvrir le cœur et l’esprit vers Dieu : les vertus naturelles. J’ai reçu ces jours-ci la visite d’un chef d’Etat qui m’a dit : je ne suis pas religieux, le fondement de ma vie est l’éthique aristotélicienne. C’est une chose très bien, et nous sommes déjà ensemble avec saint Thomas, dans la voie vers la synthèse de Thomas. Et cela peut donc être un point d’accroche : apprendre et rendre compréhensible l’importance pour la société humaine de cette éthique rationnelle, qui s’ouvre ensuite intérieurement – si elle est vécue en conséquence – à la question de Dieu, à la responsabilité face à Dieu. Il me semble donc que, d’une part, nous devons avoir bien clair devant nous quel est l’essentiel que nous voulons et que nous devons transmettre aux autres, et quelles sont les preambula dans les situations dans lesquelles nous pouvons faire les premiers pas : une première éducation éthique est certainement aujourd’hui un pas fondamental. L’antique chrétienté a procédé comme cela. Cyprien, par exemple, nous dit qu’avant, sa vie était une vie totalement dissolue ; puis, en vivant dans la communauté catéchuménale, il a appris une éthique fondamentale et que la voie vers Dieu s’est ainsi ouverte. Même saint Ambroise lors de la veillée pascale dit : nous avons jusqu’à maintenant parlé de la morale, venons-en désormais aux mystères. Ils avaient suivi le chemin des preambula fidei avec une éducation morale fondamentale, qui créait la disponibilité pour comprendre le mystère de Dieu. Je dirais donc que nous devons peut-être faire une interaction entre l’éducation morale – si importante aujourd’hui – d’une part, et dans le même temps ne pas omettre la question de Dieu. Et en nous engageant sur ces deux chemins croisés, il me semble que nous réussissons peut-être un peu à nous ouvrir à ce Dieu qui peut seul nous donner la lumière.

Source : Zenit

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