« Ce n’est pas la pire des religions »

Jean-Marc Bastière

Dans cet essai au titre ravageur*, deux écrivains, François Taillandier et Jean-Marc Bastière, témoignent et réfléchissent sur leur appartenance à l’Eglise catholique. Des cheminements différents : le premier a retrouvé après des années d’éloignement la foi de son enfance ; le deuxième, à l’inverse, y a trouvé à vingt ans l’antidote au nihilisme de l’époque. Ce dernier revient sur son livre pour l’Homme Nouveau et Anuncioblog, en répondant à la question sous-jacente de l’évangélisation.

Pourquoi un tel titre ?

Disons qu’un tel titre est une pirouette ironique, le catholicisme étant présenté dans les médias comme « la pire des religions ».

Dans quel but avez-vous écrit ce livre ?

Il est le prolongement naturel de conversations, avec François Taillandier. En effet, depuis plusieurs années, nous évoquions ces sujets. Devant un café ou un bon verre de vin. Pourquoi, avec des parcours différents, avons-nous adhéré au christianisme ? C’est ce que nous avons voulu approfondir, sans langue de buis.

Il y a-t-il des religions pires que d’autres ?

Mettre toutes les religions sur le même plan est un non sens intellectuel. Elles ont des contenus différents. Cependant, dire qu’une religion est ou meilleure qu’une autre est plus délicat, car tout dépend quel critère l’on prend. Si c’est celui de l’amour du prochain et du refus de la violence, le christianisme par ses exigences est placé sur un sommet. Comme écrivit Pascal, le Christ, contrairement à d’autres fondateurs de religions, a préféré se faire tuer plutôt que tuer. Mais il faut distinguer ce que prône une religion de la manière dont la vivent la majorité des gens. L’honnêteté oblige à dire que dans l’Histoire les chrétiens ne furent pas moins violents que le reste de l’humanité. Même si une injustice trop criante les met face à des contradictions.

La religion catholique a-t-elle quelque chose à dire au monde ?

Quelque chose à dire au monde, oui, bien sûr, mais surtout à témoigner ce qu’elle dit. Comment vivre l’amour dans le monde tel qu’il est, et non dans une société d’anges. La grandeur de la religion catholique, c’est d’assumer le risque de l’Incarnation. Ce qu’on reproche à l’Église, en dernier ressort, c’est de se mouiller et de s’engager. D’être conséquente et de s’intéresser à l’être humain intégral. Par exemple à la sexualité ou à la question sociale. Si elle acceptait d’être reléguée dans le pur spirituel, on la tolèrerait davantage. Sa grandeur est de prendre le risque de le refuser.

Pensez-vous que le message de l’Église est brouillé ?

Oui.

Il l’est par qui ?

Beaucoup plus brouillé par nos insuffisances que par la désinformation des médias.

Comment cela se produit-il ?

Si on met de côté la part des catholiques, disons que règne une ignorance religieuse massive doublée d’un ressentiment diffus. Comme notre société consumériste ne tient pas ses promesse de bonheur, on jette la faute sur l’Église romaine perçue comme intransigeante. Ce qui montre d’ailleurs que l’Église compte plus qu’on ne le dit, car si cette institution prétendument vermoulue était vraiment discréditée, on ne voit pas pourquoi ses prises de position provoqueraient autant de réactions. L’Église catholique ne suscite plus l’indifférence mais une forme de haine. C’est pénible et injuste, certes, mais d’un point de vue spirituel c’est très bon signe. C’est au moment où le Christ commence à vraiment travailler les cœurs qu’il suscite le plus d’animosité et d’agressivité.

Que faut-il faire pour que le message soit plus audible ?

Pour être franc, je ne pense pas que ce soit un problème de communication (cela ne veut pas dire que sur le plan technique il ne faille pas se comporter de façon professionnelle, bien au contraire). Plus l’Église reflète Dieu, plus sa communication est parfaite.

Vous parlez de “déchristianisation” de l’Europe : pourquoi ?

La déchristianisation de l’Europe est un fait. Elle n’a sans doute jamais été aussi prononcée. Nul ne sait si elle est irréversible. Sans la source du christianisme, quel destin peut avoir l’Europe ? Celle d’un désert, même couvert d’autoroutes et de grande surfaces. A terme, je le crois, aucune construction européenne ne tiendra sans la conscience vive d’un destin commun qui s’enracine dans une histoire très ancienne. L’Europe, ce n’est pas un « espace », mais une civilisation. L’Histoire, avec sa brutalité coutumière, nous rappellera cette réalité têtue.

Il y a-t-il un remède à cette maladie, si c’en est une ?

L’évangélisation tous azimuts. Mais sans désir profond, il n’y aura pas d’évangélisation. C’est la soif de vivre nichée au fond de l’être qui aplanit le chemin de toute évangélisation. Les cœurs résistent par peur de la lumière, mais en même temps ils attendent d’être délivrés. Le reste est bavardage.

Que signifie pour vous l’annonce du Christ à nos contemporains ?

Nos opinions sont versatiles, mais le Christ s’adresse à notre être profond. Annoncer le Christ, ce n’est pas délivrer un message publicitaire, mais trouver l’accès de cette partie de nous-même qui ne triche pas.

Vous concluez en disant « Je ne crois pas qu’on en ait fini avec le christianisme (…) ; personnellement, mon itinéraire ne se sépare pas d’un quête de la vérité ; et quelque vérité, d’où qu’elle vienne, m’intéresse. Sur nous-même, sur l’humanité, le catholicisme apporte une lumière incomparable. Cette clairvoyance, qui émane d’un soleil d’amour, n’est jamais une lucidité désespérante. Avec le Christ, comme au matin de Pâques, tout ne fait que commencer. » Pensez-vous qu’on soit à la veille d’une révolution de Dieu ?

Le temps de Dieu n’est pas le nôtre et il se joue de nos emballements ou de nos découragements. Il est inévitable de projeter dans l’avenir une part humaine, trop humaine, de nous-même. La vie nous en dépouille. En fait, une révolution de Dieu, invisible, est déjà en cours. Au matin de Pâques, Marie Madeleine prit Jésus pour un jardinier. Dieu aime l’incognito. On l’attend mais il est déjà là, parmi nous.

(*) Ce n’est pas la pire des religions, François Taillandier, Jean-Marc Bastière, Stock, 2009, 163 pages, 17 €. Cliquez ici pour acheter sur Amazon. Entretien paru dans le dernier numéro de l’Homme Nouveau.

Une réflexion au sujet de « « Ce n’est pas la pire des religions » »

  1. Contact@voici-la-croix-du-seigneur.fr

    L’Esprit de l’homme n’est autre qu’une partie de Dieu lui-même qui doit être tourné constamment vers l’autre partie de l’Esprit de notre Dieu, dans le Territoire de Lumière.

    Aspirer à vivre dans le territoire de Lumière, telle doit être la priorité dans notre existence terrestre. Pour atteindre ce but tout doit être ramené à l’Esprit de vérité de notre Père céleste, c’est-à-dire nos pensées nos paroles nos actions les Uns envers les Autres doivent passer par l’Esprit de notre Père vérité, se confier a lui seul pour toute chose, avoir confiance en lui seul et se léser guider par l’Esprit, par lui seul; Voilà la paix de l’Esprit et le bien être de la vie.

    En remettant son Esprit chaque jour entre les mains de notre Dieu unique et suprême dans le Christ, par la Croix Glorieuse du Père du Fils du Saint Esprit dans le Cœur de Notre Dame pour que sa volonté se fasse. Avant chaque décision parole jugement ou action se remettre par l’Esprit a notre Dieu.

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