Etre chrétien sur Internet : quelles perspectives ?

L’analyse de Frère Dominique. Moine de la Famille de saint Joseph, frère Dominique tient un blog pour partager son expérience de webmaster et pour réfléchir à propos des perspectives ouvertes par les nouvelles technologies dans la communication de la Bonne Nouvelle.

« À vous, jeunes (…), revient en particulier le devoir d’évangélisation de ce ‘continent digital’. Sachez prendre en charge avec enthousiasme l’annonce de l’Évangile à vos contemporains ! », demande Benoît XVI. « Le Pape est à vos côtés avec sa prière et avec sa bénédiction » conclut-il. L’invitation est solennelle et vigoureuse, elle doit être entendue.

Ainsi, à l’occasion de la prochaine Journée Mondiale des Communications Sociales, un site destiné à la jeunesse catholique va être lancé : Pope2You. Alors qu’il va être pour quelques temps sous les feux de la rampe – c’est heureux et justifié – et que j’ai déjà eu l’occasion de donner ma réaction à chaud, je voudrais attirer l’attention sur notre place en tant que chrétiens sur Internet. Même si nous espérons vivement que l’appel du Saint-Père reçoive pour réponse de nombreux et beaux projets, il serait dommage de réduire l’appel de Benoît XVI à une invitation à ouvrir des blogs ! Il y a tellement plus à faire.

Notre objectif est en effet de changer le monde ! Nous sommes envoyés répandre la civilisation de l’amour ; réfléchissons à la manière dont nous le faisons. Internet n’est pas une fin en soi, il est un simple outil. Quand bien même nous le pratiquons chaque jour, il nous faut le comprendre et l’apprendre. En particulier, la question se pose de la diffusion de la Bonne Nouvelle sur la Toile.

Nous le savons, Internet ouvre une ère nouvelle dans la diffusion d’idées et la réalisation de projets. Les professionnels de la communication n’ont plus l’exclusivité, les passionnés deviennent des références et sont suivis. Le temps est révolu des média de masse où une source unique hypnotise la foule des anonymes avec des slogans : désormais une multitude de foyers de discussions, de réflexion, d’échange rayonne de proche en proche.

Ces groupes en réseau ont toujours existé : ils étaient – et demeurent – nos communautés de vie, nos équipes de travail, nos cellules familiales, sociales et ecclésiales. À présent, une dimension nouvelle s’ajoute : Internet permet la création et le développement de groupes qui s’affranchissent des contraintes géographiques et culturelles, qui deviennent même purement thématiques, parce qu’on peut facilement les rechercher, entrer en contact avec eux et partager ensemble. Ainsi les groupes élémentaires entrent dans un ensemble de réseaux complexe où les idées se répandent par capillarité selon un seul critère : la confiance. Une voix claironnant les mérites d’une lessive qui lave plus blanc que blanc n’intéresse plus personne. Mais qu’un de vos amis partage son enthousiasme pour un produit ou une personnalité, vous vous y intéressez avec un esprit ouvert, au nom de la confiance que vous portez à cet ami.

Voilà pourquoi Internet est, à mes yeux, particulièrement approprié à transmettre l’évangile. Nous ne sommes pas occupés à faire entendre un slogan pour abrutir les masses, nous nous dévouons à donner le témoignage de notre rencontre vivifiante avec le Christ. La Bonne Nouvelle se propage nécessairement de personne à personne, de groupe en groupe, de réseau en réseau ; elle prend le visage de ceux qui la transmettent.

Être un chrétien sur Internet, c’est donc être responsable du capital confiance que nous avons auprès de nos relations – qui ne sont pas tous des ‘amis’, contrairement à ce que prétend facebook – et être conscient de notre position de carrefour entre plusieurs réseaux où la Bonne Nouvelle est attendue.

Le Saint-Père nous appelle tous à utiliser Internet pour évangéliser, mais sans préjudice « pour la famille, pour les voisins et pour ceux qui se rencontrent dans la réalité quotidienne ». Cela veut dire que nous avons tous notre part à prendre sur la Toile et en dehors de la Toile. Les deux. Mais nous n’avons pas tous à être Pope2You ou KTO, nous n’avons pas tous à organiser le festival Anuncio – publicité gratuite – ou le festival des familles – il n’y a pas de raison – mais nous avons tous à contribuer au succès de toutes ces initiatives. À l’heure d’Internet, il y a moins de place que jamais pour l’esprit de clocher et l’individualisme. Parce qu’Internet est un espace ouvert où chaque carrefour est stratégique pour la propagation du message. Quelque part dans le monde, se trouvent ceux dont l’Esprit a préparé le cœur à une invitation, à une rencontre, à un enseignement. Ne prenons pas le risque d’interrompre la transmission ! Soyons les messagers de la Paix ! Là est notre premier rôle d’évangélisateurs sur le web.

Mais prendre au sérieux notre place de relai ne doit pas se faire au détriment de notre « capital confiance ». Rien de pire qu’une information transmise passivement : se contenter de cliquer sur le bouton ‘transférer à tous mes contacts’ génère seulement du pourriel. Ça n’intéresse personne. Pour intéresser, il faut s’intéresser soi-même. Pour passionner, il faut se passionner soi-même. Nous sommes loin du marketing viral et du buzz qui sont une caricature de l’évangélisation. Internet doit élargir nos cœurs aux dimensions du monde ! Il est un espace décloisonné qui peut nous aider à construire l’Église. Évangéliser sur Internet requiert de porter sincèrement dans la prière les personnes et les projets que nous y croisons, d’aider à les faire connaître, de les faire aimer, pour notre part, de réseau en réseau ; évangéliser requiert le don soi.

Tel est le potentiel fondamental d’Internet. La logique de la publicité est révolue, le Saint-Père nous invite à demeurer dans la logique évangélique : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).

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