Unis pour évangéliser ?

L’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi du pape Paul VI sur l’évangélisation dans le monde moderne, souvent citée ces temps-ci par Benoît XVI, précise au paragraphe 77 l’importance d’être unis pour évangéliser. Extrait.

Artisans d’unité

La force de l’évangélisation se trouvera bien diminuée si ceux qui annoncent l’Evangile sont divisés entre eux par toutes sortes de rupture. Ne serait-ce pas là l’un des grands malaises de l’évangélisation aujourd’hui ? En effet, si l’Evangile que nous proclamons apparaît déchiré par des querelles doctrinales, des polarisations idéologiques, ou des condamnations réciproques entre chrétiens, au gré de leurs vues différentes sur le Christ et sur l’Eglise et même à cause de leurs conceptions diverses de la société et des institutions humaines, comment ceux à qui s’adresse notre prédication ne s’en trouveraient-ils pas perturbés, désorientés sinon scandalisés ?

Le testament spirituel du Seigneur nous dit que l’unité entre ses disciples n’est pas seulement la preuve que nous sommes siens, mais aussi la preuve qu’il est envoyé du Père, test de crédibilité des chrétiens et du Christ lui-même. Evangélisateurs, nous devons offrir aux fidèles du Christ, non pas l’image d’hommes divisés et séparés par des litiges qui n’édifient point, mais celle de personnes mûries dans la foi, capables de se rencontrer au delà des tensions réelles grâce à la recherche commune, sincère et désintéressée de la vérité. Oui, le sort de l’évangélisation est certainement lié au témoignage d’unité donné par l’Eglise. Voilà une source de responsabilité mais aussi de réconfort.

Sur ce point, Nous voudrions insister sur le signe de l’unité entre tous les chrétiens comme voie et instrument d’évangélisation. La division des chrétiens est un grave état de fait qui parvient à entacher l’oeuvre même du Christ. Le Concile Vatican II affirme avec lucidité et fermeté qu’elle “ nuit à la cause sacrée de la prédication de l’Evangile à toute créature, et pour beaucoup elle ferme l’accès à la foi ”.(1) Voilà pourquoi, en annonçant l’Année Sainte, Nous avons cru nécessaire de rappeler à tous les fidèles du monde catholique que “ la réconciliation de tous les hommes avec Dieu, notre Père, présuppose, en effet, le rétablissement de la communion entre ceux qui ont déjà, dans la foi, reconnu et accueilli Jésus-Christ comme le Seigneur de la miséricorde qui libère les hommes et les unit dans l’Esprit d’amour et de vérité ”. (2)

Aussi est-ce avec un fort sentiment d’espérance que Nous regardons les efforts qui se font dans le monde chrétien pour ce rétablissement de la pleine unité voulue par le Christ. Saint Paul nous en donne l’assurance : “ L’espérance ne déçoit pas ”.(3) Tandis que Nous travaillons toujours pour obtenir du Seigneur la pleine unité, Nous voulons voir intensifiée la prière. En outre, Nous faisons nôtre le voeu exprimé par les Pères de la IIIe Assemblée générale du Synode des Evêques, à savoir que l’on collabore plus résolument avec nos frères chrétiens auxquels nous ne sommes pas encore unis par une communion parfaite, en nous fondant sur le baptême et sur le patrimoine de foi qui nous est commun, de façon à pouvoir dès maintenant, dans le même travail d’évangélisation, témoigner ensemble et plus largement du Christ dans le monde. Nous y sommes poussés par le commandement du Christ, c’est une exigence de l’oeuvre de prédication et du témoignage à rendre à l’Evangile.

(1) Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad gentes, n. 6 : AAS 58 (1966), pp. 954-955 ; cf. Décret sur l’oecuménisme Unitatis redintegratio, n. 1 : AAS 57 (1965), pp. 90-91.
(2) Bulle Apostolorum Limina, VII : AAS 66 (1974), p. 305.
(3) Rm 5, 5.

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