Avec l’IPLH, on évangélise la vie professionnelle

L’Institut Politique Léon Harmel forme en deux ans (le samedi) toute personne qui souhaite trouver des repères face au relativisme ambiant, mieux comprendre les rouages de la vie publique, développer une pensée autonome, mieux connaître ses forces et ses faiblesses et acquérir un savoir-faire opérationnel pour agir. Tremplin pour s’engager, l’IPLH donne à ses étudiants des bases pour devenir un relais, un acteur dans la Cité : dans la vie politique, syndicale, associative ou à toute autre fonction en lien avec les acteurs publics. Avec en filigrane, l’évangélisation de la vie professionnelle. Anuncioblog a rencontré Jean Soubrier, son Président. Interview.

Anuncioblog : Qu’est-ce que l’Institut Politique Léon Harmel ?

Jean Soubier : L’IPLH est l’école de l’engagement public. Elle se donne pour objectif d’évangéliser la vie professionnelle. Dans cette optique, son intention première était d’évangéliser la vie politique, qui touche tous les aspects de la vie. Elle propose une formation de 3ème cycle de sciences politiques dans laquelle la doctrine sociale de l’Eglise est le fil conducteur. Enseignement qui n’est pas offert aujourd’hui en France de manière aussi intégrale. Pour autant, dans notre formation, si la doctrine sociale de l’Eglise est le ressort central de tous les cours, l’approche scientifique reste première et donc la formation est accessible à toutes les consciences de bonne volonté : pas besoin d’extrait de baptême !

A qui s’adresse cette formation ?

Cette formation s’adresse à toute personne qui a un désir d’engagement dans la vie publique : comme le rappelle Saint Thomas dans une vision organique de la société, « on naît engagé », et chacun à une place et un rôle à jouer. C’est cela, l’engagement ! La prise de conscience de cette réalité est aujourd’hui amoindrie par l’individualisme. On projette son avenir dans une petite réussite individuelle et matérialiste de bonheurs éphémères, plutôt que de comprendre cette dépendance au corps social tout entier.

Certains pourraient juger notre formation très universitaire. Mais si nous avons une vision évangélique, nous pensions au départ qu’il fallait avoir une organisation réaliste pour devenir une école qui prenne pied dans le monde de l’enseignement contemporain. Nous devions absolument pour cela coller aux contraintes universitaires et en particulier à la réforme LMD. Ainsi nous remplissons les normes des 3ème cycle avec 300 heures sur 2 ans, un recrutement au niveau de Master 1 (anciennement maîtrise) mais aussi par les VAE (Validation d’Acquis de l’Expérience), avec enfin un pourcentage important d’Enseignants-Docteurs. A partir de la rentrée 2007, notre Institut deviendra un établissement privé d’enseignement supérieur et nous souhaitons offrir un jour une habilitation universitaire de niveau Master 2. Nous voulions aussi que l’accès ne soit pas élitiste mais largement ouvert, sans considération confessionnelle. Nous sommes réellement très bienveillants pour intégrer des personnes sans diplôme mais qui ont un parcours professionnel responsable, confirmé, ou un passé de mère de famille sans profession mais très engagée et motivée. La qualité de la personne est le critère le plus important.

Depuis quand existe l’IPLH ?

Cette formation existe depuis septembre 2004. Le point d’origine est le Forum des Républicains Sociaux, où ma femme Anne Soubrier avait la mission de créer une formation. Elle m’a demandé de m’en occuper, et j’ai accepté sous certaines conditions : ce que l’on allait créer devait être indépendant, autonome, ouvert à toutes les activités de l’engagement, pas simplement du monde électif et purement politique, mais politique au sens large : associatif, syndical, professionnel, etc. D’une certaine manière, celui qui s’en occupe aujourd’hui n’est pas celui qui en a eu l’idée. Nous rejoignons en cela le principe de la mission d’Eglise qui est donnée et reçue. C’est libérant !

Pourquoi faut-il évangéliser la politique ?

Le Christ est partout chez Lui et il n’y pas de raison qu’Il ne le soit pas aussi dans la vie politique. Aujourd’hui, un certain esprit de la laïcité voudrait l’évacuer de ce terrain qui occupe pourtant toute notre vie. Certes cette présence du Christ dans la politique est à définir précisément, et c’est cela que nos étudiants ont à découvrir.

Est-ce défendre des valeurs de l’Evangile ?

Je ne crois pas qu’il y ait des « valeurs » dans l’Evangile : non, dans l’Evangile, il y a essentiellement une personne qui est le Christ. En quelque sorte, la doctrine sociale de l’Eglise, c’est mettre le Christ comme chemin de toutes nos activités humaines : si c’est cela, les « valeurs », alors je suis d’accord. Mais le plus souvent, il y a dans les « valeurs » une volonté humaine d’autonomie comme Kant l’a imposée en lieu et place de Dieu. Pour notre part, nous approchons la politique dans une démarche scientifique éclairée, accessible et acceptable à toutes les consciences.

Comment évangéliser la politique ?

On évangélise la politique autour d’une notion fondamentale qui est celle de la dignité de la personne humaine, l’homme créé à l’image de Dieu : c’est là que nous retrouvons le vrai visage du Christ. Partant de ce point central, en redonnant la véritable notion de la personne humaine, et en développant les éléments fondamentaux du « personnalisme chrétien », on peut irriguer tous les domaines de la vie sociale grâce à cette bonne substance, cette bonne odeur du Christ. Mais une fois encore, notre discours premier développe le niveau de la raison et regarde la dignité du point de vue philosophique : « être cause responsable de ses actes ». Après nous proposons de dépasser ce point de vue, de s’ouvrir à la dimension théologique et donc sur ce rapport au Christ.

Pourquoi se former aujourd’hui ?

C’est essentiel pour démêler la fausse complexité du monde. Seule une formation peut nous conduire à comprendre l’architecture, non d’une complexité, mais d’une création infiniment riche. Dans la complexité il y a toujours une volonté d’obscurité. Dans la richesse, il y a au contraire une lumière qui libère l’homme. N’est-ce pas cela que nous apprend Jésus dans sa vie publique ? Quand les scribes font peser de lourds fardeaux qu’ils ne soulèvent même pas du petit doigt, l’enseignement du Christ fait autorité et libère. Ici, nous rejoignons notre thème de l’engagement, car seul l’homme libre peut agir. Etre formé, c’est être libre, et être libre c’est pouvoir agir. Les grecs avaient parfaitement compris cela.

Qui est Léon Harmel ?

Léon Harmel est un industriel rémois du XIXe siècle, au cœur de la question ouvrière, avec deux autres compères qui sont Albert de Mun et La Tour du Pin. Ces deux derniers ont plutôt œuvré dans le domaine législatif, alors que Léon Harmel a œuvré au plus prés de son devoir d’état. Il a organisé l’« usine chrétienne », très moderne sur certains aspects de la doctrine sociale. Il a ensuite œuvré pour développer les syndicats ouvriers, alors qu’à son époque les syndicats étaient d’origine patronale. Enfin, il a cherché une proximité avec le Saint Père, en emmenant à Rome des milliers d’ouvriers grâce à des pèlerinages. Cela lui a permis de s’entretenir régulièrement avec Léon XIII, et ces entretiens ont contribué à conforter le pape dans l’idée que « le travail n’est pas une marchandise » est la clef de la question ouvrière. En affirmant que le fruit de ces pèlerinages ouvriers était Rerum Novarum – la première encyclique de la doctrine sociale – Léon XIII en donne à Léon Harmel une sorte de paternité spirituelle. Finalement, nous pouvons dire que Léon Harmel était un véritable apôtre social. C’est une figure de proue idéale pour notre temps, et elle nous aide à comprendre le besoin d’apôtres, ceux des derniers temps, présents partout dans la vie du monde. Hâter le retour du Christ dans le cœur de tout homme, c’est cela l’eschatologie chrétienne !

Une nouveauté : vous ouvrez une formation de bioéthique à la rentrée prochaine ?

Nous avions ce désir depuis longtemps, car ce qui touche à la vie est un enjeu essentiel pour l’avenir de notre société. S’il faut d’un côté remettre d’aplomb ce qui touche à l’expérience de la personne humaine, il s’agit aussi de la protéger à tous les ages de sa vie, comme être incarné. Ce sont donc tous les thèmes de la bioéthique qui seront abordés. Il y a beaucoup d’enseignements de ce type en France, mais aucun n’offrait le point de vue du personnalisme chrétien. Nous ouvrons donc ce 3ème cycle de bioéthique dès septembre 2007, en collaboration avec la Fondation Jérôme Lejeune, un institut de recherche scientifique très reconnu. Ce 3ème cycle est destiné aux personnes du monde médical, mais aussi à toutes celles qui sont engagées sur ce thème en politique, dans les associations ou dans l’Eglise. Ce 3ème cycle portera d’ailleurs le nom du professeur Jérôme Lejeune, parce qu’il est une autre figure de proue, un autre apôtre des derniers temps dans sa propre discipline, véritable prophète de la vie, c’est à dire témoin de la vie de toute vie.

Que diriez-vous à quelqu’un qui se pose la question de venir suivre les cours ?

D’abord, je le féliciterais, car c’est déjà un premier pas dans l’engagement que de suivre des cours, de s’astreindre à la formation et d’apprendre à nouveau. D’autant que nos étudiants ont le plus souvent une activité professionnelle… Mais je lui dirais aussi comme Jésus : « viens et vois » ! C’est le début d’un chemin qui te mènera là où tu n’aurais pas imaginé te rendre. Se former, c’est l’aventure qui commence, la grande aventure des apôtres des derniers temps !


Plus d’infos sur l’IPLH (programmes des formations, équipe pédagogique…) : http://www.iplh.fr (Rentrée 2007-2008 : 8 septembre)

(c) Anuncioblog 2007

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