Le préservatif plombé

En matière de lutte contre la pandémie du Sida, le scalpel est-il en passe de concurrencer le latex ? La question est sérieusement débattue par les scientifiques. A l’heure où Benoît XVI est plus que jamais attaqué pour la position de l’Eglise, nous reprenons ici un article de France catholique, du 27 avril 2007.

Depuis le 28 mars 2007, la circoncision est officiellement préconisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Onusida, comme une méthode de prévention relativement efficace pour l’homme, dans le cadre de relations sexuelles avec une femme contaminée par le VIH. Selon trois études scientifiques, le risque de transmission du virus à l’homme circoncis est en effet réduit de 60 % (dès qu’est passé le temps de cicatrisation après l’ablation chirurgicale du prépuce, période pendant laquelle le risque de contamination est évidemment très élevé). Les scientifiques qui ont suivi des milliers d’hommes pour aboutir à ces conclusions estiment en substance que la circoncision élimine une zone d’intense transfusion et de forte survie du virus. Certes, la circoncision masculine ne protège pas directement les femmes de la contamination par un partenaire masculin infecté. A terme toutefois, un moindre taux de contamination masculine diminue la contamination des femmes vivant dans la même zone géographique.

Les cartes comparées des taux de circoncision et de prévalence du sida en Afrique confirment ces études : partout où la circoncision est largement pratiquée (pour des raisons religieuses ou culturelles) le VIH est nettement moins répandu ; inversement, c’est dans les zones où la circoncision n’est que peu pratiquée que le sida fait des ravages.

Selon l’OMS, environ 30% d’hommes dans le monde, soit 665 millions d’individus, sont circoncis. Certes, la circoncision ne doit pas être considérée comme autorisant les « conduites à risque » mais la réduction du risque qu’elle provoquerait n’a rien de symbolique : on a ainsi estimé que, pour une population de 2,5 millions d’hommes d’une province sud-africaine, 35 000 nouvelles contaminations annuelles seraient évitées par ce geste chirurgical. Il doit cependant être effectué dans de bonnes conditions d’hygiène et reste inégalement admis selon les cultures. Les spécialistes de la prévention savent que la « pédagogie » de leurs préconisations joue autant que leur fiabilité théorique. A propos du préservatif, l’angélisme dogmatique de militants anti-sida a ainsi pu provoquer des drames sanitaires, à partir du moment où les porteurs de latex ou leurs partenaires se sont crus protégés à 100%.

Or justement, les participants à la quatrième conférence francophone sur le VIH, qui se tenait à Paris les 29 et 30 mars 2007, ont entendu des contributions réduisant singulièrement l’aura du « condom ». La nécessité de réfléchir à de nouveaux modes de prévention a été soulignée. Un chercheur a rappelé qu’aucune barrière mécanique, y compris le préservatif, ne protège à 100% du risque d’infection. Pour diverses raisons mal élucidées le risque de transmission résiduel du virus du VIH au cours des rapports protégés par préservatif, est évalué à environ 15%. Ce chiffre signifie qu’on a un risque d’être infecté de 15% par rapport au risque sans préservatif, qui lui même est situé entre 1 pour 1000 à 1% (1% lorsque la personne infectée est en « phase de séroconversion », qui est la phase la plus « contaminante »).

A cela s’ajoute le relatif échec de la prévention uniquement fondée sur le préservatif dans de nombreux pays en développement : le préservatif est bien accepté dans les relations sexuelles occasionnelles, ou en début de relation. Dès que celle-ci s’installe dans la durée ou s’établit dans un cadre conjugal, l’utilisation chute.

C’est pourquoi la communauté internationale ne pense plus la prévention du sida en termes monolithiques, comme il y a 10 ans, le préservatif étant alors perçu comme le « magic bullett » (solution miracle) qui allait résoudre l’expansion de l’épidémie, mais en termes d’éventail de pratiques préventives, où chacun pourra puiser les moyens adaptés à sa situation.

A côté du préservatif sont maintenant prônées au niveau international l’abstinence et la fidélité. C’est la « stratégie ABC » (en français : abstinence ou confiance totale et, si nécessaire, préservatif). La circoncision s’y ajoute désormais. Par ailleurs des essais sont en cours pour développer des prophylaxies de pré ou post exposition.

Les statistiques donnent finalement raison à ceux qui soulignent depuis longtemps les limites techniques, et pas seulement éthiques, du préservatif. Le procès en obscurantisme qu’on leur a intenté pour ce motif se retournera-t-il contre les prophètes du tout préservatif ?

5 réflexions au sujet de « Le préservatif plombé »

  1. Jean

    Je pense que les propos du pape n’ont pas étés compris, en fait il propose une autre alternative à notre société de consommation à outrance et d’hédonisme irréfréné. Benoit XVI est le principal ennemi du monde marchand c’est pourquoi il cristalise autant de haine chez les médias. Pour le comprendre, je conseille la lecture de cet excellent article:
    http://www.historia-nostra.com/inde

  2. mathieu c

    Contrairement à l’Homme les animaux s’accouplent pour la reproduction et la pérennité de l’espèce. Parfois fidèles, ils sont aussi pour beaucoup soumis à des périodes de reproduction.
    C’est donc l’Homme qui a un problème et pas l’inverse comme le dit cet article. On ne peut parler d’humanisation de la sexualité bien au contraire. On a beaucoup à apprendre de la nature à ce niveau. Les viols sont rares dans le monde animal et l’inceste bien plus tabou que chez nous.
    Notre monde actuel nous montre justement que l’homme s’est crée une sexualité souvent débridée et perverse.
    Mais où nous parle-t-on d’Amour ?
    Si on prônait l’Amour on serait tout le temps dans le vrai et toujours dans le sens de tout le monde. Qui ne rêve pas de l’Amour ? En prônant l’Amour on combat le laissé allé de certains (qui est souvent plus réfléchis que impulsif je pense) et surtout on n’a pas a justifié tel ou tel comportement sexuel, car si c’est l’Amour qui guide le sexe devient une considération de second ordre et n’a plus de poids esclavagiste sur les gens.

    Je crois qu’on devrait se cantonner à parler d’Amour, du bonheur que cela nous apporte et de la difficulté de le trouver lorsque l’on est dans une optique de bonheur rapide et bon marché.

    Pour en revenir sur le préservatif.
    Nous avons une méthode quasi parfaite pour vaincre le SIDA: dépistage + protection + information.
    Pourtant le virus sévit encore (même en France). Donc le Pape ne peut se tromper en disant que cette méthode a montré sa limite: l’Homme. L’Homme qui n’écoute pas toujours ce qu’on lui dit , qui ne prend pas toujours conscience de la porté de ses actes.

    car si tous les malades du sida étaient au courant de leur état, savaient protéger leurs moitiés, alors le sida disparaitrait très facilement.
    Car il est étonnant à l’heure actuelle de voir qu’un virus qui n’ait contagieux que par cette voie prolifère autant.

    Enfin, je regrette que l’Eglise ne prenne pas plus position face au paludisme qui tue bien plus que le SIDA et contre lequel des solutions nombreuses et efficaces existent. Mais comme le paludisme n’est pas transmis par le péché des hommes elle semble moins s’y intéresser (idem pour les médias, les gouvernement etc….)

  3. hervémorin

    Vous dites que le pape est le principal ennemi du monde marchand et que c’est pour cela qu’il cristallise autant de haine chez les médias C’est faux. J’en veux pour preuve que le dalaï-lama, lui, est aimé par les medias. Il doit donc y avoir une autre explication.

  4. MDo

    Le pape s’intéresse à tout, la preuve, ce qu’il a dit pendant son voyage au Cameroun:

    « Je pense aussi à tous les malades et, spécialement ici, en Afrique, à ceux qui sont victimes de maladies comme le sida, le paludisme et la tuberculose. Je sais combien chez vous l’Église catholique est fortement engagée dans une lutte efficace contre ces terribles fléaux, je l’encourage à poursuivre avec détermination cette œuvre si urgente. À vous qui êtes éprouvés par la maladie et la souffrance, à toutes vos familles, je souhaite apporter de la part du Seigneur un peu de réconfort, vous redire mon soutien, et vous inviter à vous tourner vers le Christ et vers Marie qu’il nous a donnée pour Mère. Elle a connu la douleur, et elle a suivi son Fils sur le chemin du Calvaire, en conservant dans son cœur l’amour même que Jésus est venu apporter à tous les hommes. »

    Simplement, si on attend les médias pour savoir ce qu’il dit réellement aux gens, alors évidemment, ça ne va pas du tout! C’est pour cela qu’il se déplace et qu’il parle directement aux personnes concernées.

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