Nicolas Sarkozy est-il contre la laïcité ?

A en croire l’entretien donné au Parisien et Aujourd’hui en France, le Chef de l’Etat est opposé à la laïcité non pas comme le droit de croire ou non, mais à une laïcité comme un outil “de combat”, autrement dit le laïcisme. Il reprend aussi à son compte la phrase de Jean-Paul II à Longchamp « pour le croyant, Dieu est en chaque homme », celle d’André Malraux « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas », et reconnaît réfléchir lui-même à la question « pourquoi la naissance et quoi après la mort ? ». Des questions capitales si l’on veut préserver, aussi, pour les chrétiens, le droit d’annoncer le Christ.

NICOLAS TEINDAS. En Arabie saoudite, vous avez dit « Dieu est dans le coeur de chaque homme ». Est-ce votre opinion personnelle où vous exprimiez-vous en tant que chef d’Etat ?

Nicolas Sarkozy : En Arabie saoudite se joue une partie absolument essentielle. C’est le pays gardien des lieux saints, la Mecque, et l’Arabie saoudite doit tenir face aux extrémistes. Le roi Abdallah d’Arabie saoudite, quelques semaines avant mon voyage, est allé voir le pape, ce qui est un geste extraordinaire pour le gardien des lieux saints de l’Islam. Il lui a dit: « Ce que nous avons en commun, les religions, est beaucoup plus important que ce qui nous divise ». C’est un geste considérable ! J’ai donc fait un discours sur les religions en disant qu’il était scandaleux de tuer, d’exclure au nom des religions. J’ai dit qu’il n’y a pas un mot de la Torah, pas un mot de la Bible, pas un mot du Coran qui prône la violence, la haine et l’extrémisme. Et que tout devait être fait pour éviter la guerre des religions entre l’Islam et l’Occident. Voilà pourquoi j’ai parlé des religions. Pour le croyant, Dieu est en chaque homme. C’est une phrase que j’ai reprise d’une homélie de Jean-Paul II quand il est venu parler aux JMJ à Longchamp. Je ne dis pas que la religion est la réponse à tous nos problèmes. Mais je constate que quand on a abandonné la morale religieuse, on a abandonné également la morale laïque, et on n’a plus du tout fait de morale. Je respecte ceux qui ne croient pas. Moi-même je ne suis pas pratiquant. Mais Malraux a dit « Le XXI e siècle sera religieux ou ne sera pas ». Le grand problème du monde, c’est d’éviter que les extrémistes fassent basculer le monde dans une guerre des religions. Je crois profondément à la laïcité, mais je ne pense pas que la laïcité doive être une laïcité de combat. La laïcité, c’est reconnaître un droit, le droit de croire ou de ne pas croire. La politique, ça sert à organiser la vie entre la naissance et la mort. Mais ce n’est pas la politique qui répond à la question « Pourquoi la naissance et quoi après la mort ? » C’est ce qu’on appelle la quête de sens. Je ne dis pas qu’il n’y a que le spirituel qui peut y répondre, mais pour beaucoup ça compte. Chaque fois qu’on va à l’enterrement d’un membre de sa famille ou d’un ami, on se dit : la seule chose dont on est sûr, c’est que ça nous arrivera. Je ne suis pas le seul à y réfléchir.

Source : Le Parisien

3 réflexions au sujet de « Nicolas Sarkozy est-il contre la laïcité ? »

  1. jerome

    Suis-je le seul à trouver qu’il oscille entre intuitions intéressantes, grosses imprécisions, et erreurs manifestes ?
    En particulier, dire qu’on abandonne la morale tout court quand on abandonne la morale religieuse, c’est dire qu’il n’existe de morale que religieuse. C’est donc nier qu’il y a une loi naturelle qui peut être reconnue par tous, par un travail de la raison. C’est renoncer en définitive à fonder une véritable morale commune à tous.
    Dire qu’il n’y a rien dans la Torah, la Bible et le Coran qui prône la violence ou la haine, c’est plein de bonnes intentions, mais cela résiste mal à l’épreuve des faits, c’est-à-dire à la lecture des textes (je ne parle pas de la lecture spirituelle qui en est proposée au sein de chaque tradition religieuse — celle-ci, au demeurant, semble demeurer minoritaire en ce qui concerne le Coran, où un certain nombre de pages, lues au sens littéral, ont de quoi faire peur).
    Se réjouir de voir le roi d’Arabie Saoudite aller voir le Pape, oui, très bien, mais en attendant, dans ce pays qu’il qualifie de rempart contre l’extrémisme, les chrétiens n’ont pas le moindre début de liberté de culte. Qu’est-ce que ça doit être dans un pays extrémiste, alors !

    Dans ce domaine plus qu’ailleurs, il faut se méfier d’un volontarisme qui confine à la naïveté.

  2. Paul

    En faisant tout simplement un constat, Sarkozy dit blanc un jour et noir le lendemain.
    Pour ma part, en ce qui concerne son discours à Latran, j’y ai vu énormément de "religieusement correct". Il ne faut pas prendre les chrétiens pratiquants pour des dupes.

  3. Laurent

    J’aimerais rappeller que dans la Bible aussi une lecture littérale peut révéler des passages d’une violence et une haine qui n’ont rien à envier à celles du Coran…

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