Chantal Sébire : la souffrance instrumentalisée ?

Chantal Sébire demandait à la justice le droit de recevoir la mort. Sans surprise, le Tribunal de Grande Instance de Dijon a refusé, hier, sa requête. L’Alliance pour les Droits de la Vie s’interroge : « Pourquoi, d’une part, les propositions médicales d’accompagnement et de soins palliatifs sont-elles, non seulement, refusées, mais encore caricaturées, comme s’il ne s’agissait que de plonger la patiente dans le coma, alors que les protocoles analgésiques les plus performants n’ont, semble-t-il, pas été envisagés sérieusement ? ». Anuncioblog rebondit : n’est-ce pas chercher à légiférer une “euthanasie pour tous” ?

L’Alliance pour les Droits de la Vie (www.adv.org) dit en effet « prendre acte de la décision logique du Tribunal de Grande Instance de Dijon de rejeter la demande de Chantal Sébire et de l’Association « pour le Droit de mourir dans la dignité » (ADMD) de lui administrer un suicide médicalement assisté ».

« La souffrance morale provoquée par la maladie dont souffre Madame Sébire inspire le respect et une certaine pudeur, souligne l’ADV, même si elle fait preuve d’un grand courage et d’une indéniable vitalité. C’est pourquoi l’Alliance pour les Droits de la Vie, non seulement s’est montrée prudente dans la façon d’aborder cette situation présentée aux Français mais encore veut faire part aujourd’hui de son profond malaise devant l’exploitation médiatique et judiciaire qui en est faite par un mouvement pro-euthanasie ».

Et de poser une question difficile : « L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité n’a-t-elle pas manipulé les Français en prétendant avoir trouvé une « faille juridique » permettant d’euthanasier Madame Sébire ? Créer et entretenir une émotion malsaine et un suspens judiciaire factice nous conduit aujourd’hui dans l’impasse ».

Précisément, l’ADV pose deux questions : « Pourquoi, d’une part, les propositions médicales d’accompagnement et de soins palliatifs sont-elles, non seulement, refusées mais encore caricaturées comme s’il ne s’agissait que de plonger la patiente dans le coma, alors que les protocoles analgésiques les plus performants n’ont, semble-t-il, pas été envisagés sérieusement ? ».

D’autre part, l’ADV s’interroge : « Comment libérer aujourd’hui Chantal Sébire, mais aussi ses trois enfants, d’une instrumentalisation qui ne peut que l’enfermer dans l’intention suicidaire, et l’en protéger ? ».

L’ADV s’appuie sur son expérience d’accompagnement pour dire : « Pour spectaculaire qu’il soit, ce drame de la maladie et de la dépendance n’est pas si différent de ce que nous rencontrons au quotidien, au travers des services d’aide aux personnes en fin de vie que nous animons ».

L’ADV souligne le danger d’entrer – entre autres – dans une dynamique de l’exclusion. « Nous savons bien que le choix d’un cas emblématique vise à faire basculer notre système de santé dans le suicide médicalement assisté, ajoute le communiqué. Ce serait entrer dans la logique de l’exclusion des personnes gravement malades ou handicapées. Ce serait cautionner l’idée fausse qu’elles n’ont plus de places dans notre société. Ce serait laisser gagner la peur plutôt que la confiance qui se confirme chaque fois qu’on fait l’effort d’accompagner jusqu’au bout les personnes qui vont mourir, sans jamais prétendre qu’elles ont perdu leur dignité ».

L’ADV rappelle que Chantal Sébire, une ancienne institutrice de 52 ans, mère de trois enfants, défigurée et rendue aveugle par une “esthesioneuroblastome”, une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale, a déposé une requête sur la suggestion de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) devant le tribunal de grande instance de Dijon pour obtenir le droit d’être euthanasiée. Cette requête a été rejetée lundi 17 mars : « Même si la dégradation physique de Mme Sébire mérite la compassion, le juge en l’état de la législation française ne peut que rejeter sa demande », souligne le magistrat. La requête de Mme Sébire « s’oppose au code de déontologie médicale, lequel dispose que le médecin n’a pas le droit de délibérément donner la mort ». Elle « s’oppose également au code pénal » qui condamne l’assistance et l’aide au suicide, poursuit l’ordonnance en énumérant des articles de la Convention européenne des droits de l’Homme et du code de la Santé publique.

Chantal Sébire a lancé le 26 février dernier un appel diffusé sur France 3 Bourgogne, repris par France 3 national et France 2 dans les journaux du soir pour qu’une loi sur l’euthanasie soit votée. Elle a également écrit à Nicolas Sarkozy. Très rare – seuls 200 cas ont été recensés dans le monde depuis 20 ans -, la maladie est incurable et son évolution provoque une déformation spectaculaire et irréversible du visage et des souffrances. Refusant d’être « mise dans un état second » pour calmer ses souffrances, Mme Sébire réclame qu’on l’aide à mourir en accord avec ses trois enfants et dénonce le fait que la loi sur la fin de vie votée en 2005 ne permette pas l’euthanasie.

Un cas finalement relativement rare, militant pour une législation d’envergure qui ouvrirait la porte à une euthanasie plus facile, une “euthanasie pour tous” ?

Source : Catholique.org

3 réflexions sur « Chantal Sébire : la souffrance instrumentalisée ? »

  1. furgole

    L’avis d’un expert:
    Jacques Attali :

    ‘Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société ; il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement, plutôt qu’elle ne se détériore progressivement.’

    ‘On pourrait accepter l’idée d’allongement de l’espérance de vie à condition de rendre les vieux solvables et de créer ainsi un marché.’

    ‘Je crois que dans la logique même du système industriel dans lequel nous nous trouvons, l’allongement de la durée de la vie n’est plus un objectif souhaité par la logique du pouvoir.’

    ‘L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté, et la liberté fondamentale c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.’

    ‘L’euthanasie deviendra un instrument essentiel de gouvernement.’

    Extraits de son livre L’homme nomade , Ed. Le Livre de Poche, 2005

  2. Jean-Baptiste

    Merci de votre post. C’est effarant ! A nous de faire bouger les lignes en annonçant le Christ ?

  3. Paul

    dimanche 30 mars. 23 H sur M6 : un reportage sur Chantal Sébire. Il utilise l’émotion, la sensibilité, la compassion afin de faire pencher la balance sur l’euthanasie. Au passage, on y voit le président de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité).
    J’écoute ce reportage en même temps que j’écris. Les paroles de Chantal sont belles. En parlant de ses enfants elle dit : "on s’aime."
    Aujourd’hui, je pense que le débat est faussé sur la question de l’euthanasie. Au nom de l’Europe, on parle de pays européens où l’euthanasie est quelque chose de légal (mais sous conditions : Belgique, Pays-Bax et Luxembourg).
    Le problème est que nous vivons dans une société où Dieu se fait moins présent et où c’est l’homme qui choisit.
    La souffrance fait partie de notre quotidien, de près ou de loin. Nous y sommes confrontés. Certains supportent la souffrance, d’autres non. La souffrance est quelque chose de personnel. Mais au nom de quel droit peut-on autoriser à donner la mort ???
    Je suis bien conscient, en regardant ce reportage, que Mme Chantal Sébire, souffrait terriblement. Je partage toute la souffrance que ses enfants, son entourage a pu vivre pendant des années. Je ne suis pas un médecin spécialiste en soins palliatifs, ni même un grand avocat du barreau de Paris.
    Mais comme l’a dit Jean-Paul II, "un monde sans Dieu est un monde qui meurt". C’est un monde qui s’autodétruit.
    Prions sans cesse et toujours pour la vie, même pour les personnes qui souffrent. La souffrance est qulque chose d’insoutenable, mais il nous faut l’accepter. Le Christ a souffert et a accepté la souffrance. Certes, de mon fauteuil où j’écris ce commentaire, je reconnais que je suis à mille lieues de vivre ce qu’a pu vivre Mme Sébire. Mais , je crois que pour comprendre vraiment tout l’enjeu qu’il y a derrière cette question de l’euthanasie, il y a au départ le choix de vouloir la vie ou de ne pas la vouloir. Le cas des malades en fin de vie est une question éthique qu’il faut, à mon avis, traiter correctement. En France, je pense que nous avons des médecins, des juristes, des penseurs tout à fait compétents en la matière, mais que je nommerai pas.
    Prions, vivons dans l’espérance de la Vie.
    En ce dimanche de la divine Miséricorde, je prie pour Chantal Sébire qui est, malgré son suicide, une enfant de Dieu et que Dieu n’a certainement pas manqué d’aimer.

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