Cardinal Vingt-Trois : « Allons-nous nous mobiliser pour annoncer l’Evangile ? »

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France, était jeudi 5 novembre l’invité de Face au Chrétiens, une émission animée par Dominique Gerbaud et coproduite par Radio Notre-Dame, RCF et La Croix. Il était interrogé par Isabelle de Gaulmyn (La Croix) Jean-François Bodin (RCF) et Mathias Terrier (Radio Notre-Dame). Comment partager cette chance d’être chrétien, c’est-à-dire se lancer dans l’évangélisation, s’interroge le cardinal. Extraits.

L’Assemblée plénière des évêques réfléchit, à Lourdes, à l’avenir des communautés chrétiennes. Est-ce un problème de réorganisation, face à la diminution du nombre de prêtres et de moyens ?

Les problèmes d’organisation sont le reflet d’autres questions. Si l’on se contente de traiter de problèmes d’organisation, on change le mobilier mais on ne résout pas les problèmes. Cette situation de réduction de moyens nous conduit à nous interroger sur la manière dont l’Église, en France aujourd’hui, perçoit sa mission, et comment elle va essayer d’y répondre. On hérite de 36 000 communes, donc 36 000 paroisses : que va-t-on en faire ? On peut toujours faire des plans Orsec, redécouper, réorganiser… Allons-nous nous épuiser à réajuster perpétuellement des circonscriptions territoriales, qui vont prendre une telle ampleur qu’elles ne signifieront plus rien ? Ou bien plutôt nous mobiliser pour annoncer l’Évangile aujourd’hui, dans la situation qui est la nôtre ?

N’y a-t-il pas chez certains évêques un constat d’échec, qui explique que l’on a du mal à se poser la question de la réorganisation ?

Oui, de deux points de vue. Un constat de désillusion, car dans les 70 dernières années, on a nourri un certain nombre d’espérances. Or, les résultats n’ont pas été au rendez-vous, et il y a eu une suite de désillusions. Et puis, un sentiment d’échec plus personnel et plus culpabilisant, celui des « grands-parents » que sont les évêques – car nous avons l’âge de grands-pères – qui n’ont pas réussi à transmettre ce qui leur tenait à cœur. C’est un sentiment culpabilisant. On se dit : c’est parce que j’ai mal fait. Cela repose sur une autre illusion, à savoir qu’il y aurait un mécanisme automatique de transmission de la foi, comme l’on transmet la pratique de l’anglais ou des mathématiques. Non, on peut faire très bien, on peut être bon chrétien, et puis se tromper, sans que l’on soit coupable !

Dans la foi, il y a avant tout la liberté personnelle du choix. Nous ne sommes pas à la fin des temps, nous ne sommes qu’à un moment de l’histoire. Avec cette réflexion, nous avons dépassé le sentiment stérile que l’on aurait dû faire autrement. Arrêtons de régler nos comptes avec nous-mêmes, avec nos voisins, et essayons de prendre conscience de la chance d’être chrétiens. Nous sommes privilégiés, parce que nous héritons d’une richesse et d’un trésor : comment va-t-on les partager ?

Source : La Croix

2 réflexions au sujet de « Cardinal Vingt-Trois : « Allons-nous nous mobiliser pour annoncer l’Evangile ? » »

  1. Pascal

    nous avons dépassé le sentiment stérile que l’on aurait dû faire autrement
    Eh bien bravo !
    Je ne sais pas comment vous y arrivez, mais la blessure évoquée dans la deuxième partie de cet article, c’est bien vous qui l’avez infligée aux fidèles dont vous aviez la charge.
    Les fidèles blessés ont le devoir de pardonner ; cela n’invalide pas les faits pour autant, et leur reconnaissance pourrait aider la cicatrisation.

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